Selon un rapport, le climat n’est pas la cause principale du conflit au lac Tchad ; il amplifie plutôt bon nombre de problèmes identifiés. Ledit rapport publié par GRID-Arendal, un centre travaillant en partenariat avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), indique que le conflit au lac Tchad s’inscrit dans un « système socio-écologique complexe », où l’environnement joue un rôle central. Les ressources naturelles, le climat, l’économie et l’insécurité sont liés et s’influencent mutuellement.
Le lac Tchad constitue une ressource essentielle pour des dizaines de millions de personnes, car il soutient la pêche, l’agriculture et l’élevage. Toutefois, selon le même rapport, les groupes armés contrôlent l’accès aux terres, aux pâturages et aux zones de pêche pour financer leurs activités. « Les insurgés sont soutenus en partie par la nourriture et l’abri qu’ils tirent des ressources naturelles, et par des financements extorqués aux pêcheurs, aux éleveurs transhumants et aux agriculteurs », disent les auteurs du rapport. À cela, s’ajoute le changement climatique, notamment l’irrégularité des pluies, les sécheresses et les inondations, accentuant la pression sur les terres et l’eau, ce qui renforce les tensions entre les acteurs.
Les déplacements de populations liés aux violences entraînent leur concentration dans certaines zones, ce qui augmente la pression sur les ressources disponibles, tandis que d’autres territoires sont abandonnés. « Les zones naturelles à végétation dense et au relief difficile d’accès, comme les zones humides lacustres et les forêts de la région, sont devenues des bastions opérationnels pour les groupes insurgés, la végétation et le terrain leur offrant un abri contre les forces de contre-insurrection », révèle le rapport.
« Les problèmes dans la région du lac Tchad sont généralement vus sous un seul angle, soit sécuritaire, soit écologique, soit du point de vue alimentaire. Un rapport qui permet de mettre ces différents angles ensemble apporte une nouvelle perspective dans le processus de stabilisation de la région », précise à Mongabay, Gaétan Gbodja, spécialiste béninois en biodiversité et conservation des écosystèmes.
Le rapport recommande de développer un « nexus conflit-environnement-humain », qui consiste à penser les politiques en intégrant simultanément la gestion des ressources naturelles, les dynamiques sociales, les moyens de subsistance et la sécurité. « Si l’on s’en tient à ce rapport, la réponse militaire seule ne suffit pas ; une réponse environnementale seule non plus. Le conflit dure depuis des années. Je pense qu’il faut maintenant des réflexions plus poussées, multidisciplinaires pour proposer des solutions adéquates, différentes de celles qui ont été proposées jusque-là », souligne Gbodja, n’ayant pas participé à la rédaction du rapport.
Image de bannière : Oryx algazelle dans la réserve de faune de Ouadi Rimé-Ouadi Achim au Tchad. Image de Inyathi via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).