Plus de la moitié des aires marines protégées dans le monde, soit trois zones marines protégées sur quatre, sont polluées par les eaux usées environnantes, selon les données d’une étude, pointant du doigt l’Afrique de l’Est comme l’un des points les plus critiques avec 87 % de ses aires marines protégées touchées.
Cette pollution touchant « 73 % des aires marines protégées » de la planète provient principalement, selon l’étude publiée ce mois par des chercheurs du Centre for Biodiversity and Conservation Science de l’université du Queensland en Australie, des eaux domestiques mal traitées ou rejetées sans traitement, riches en azote et dégradant fortement les écosystèmes marins. En termes d’intensité, l’Afrique de l’Est subit une pression de 55,5, soit un niveau six fois plus élevé qu’en Australie par exemple, où ce score n’est que de 9,0.
Dans la région de l’océan Indien, englobant de nombreuses nations côtières et insulaires d’Afrique, les zones censées être protégées sont en réalité bien plus polluées que les eaux environnantes restées à l’état sauvage. Globalement, la pollution moyenne est « dix fois plus élevée » à l’intérieur des aires marines protégées que dans les zones non protégées. « Ces niveaux élevés de pollution en Afrique s’expliquent principalement par un faible taux de traitement des eaux usées, lié à une urbanisation rapide, un déficit d’infrastructures et une gouvernance encore limitée du secteur de l’assainissement », explique Gaétan Gbodja, expert béninois en conservation de la biodiversité et des écosystèmes, qui n’a pas participé à l’étude.
Au-delà des moyennes mondiales, les chercheurs alertent sur le sort des zones tropicales côtières, notamment celles situées à moins de 50 kilomètres des côtes. Sur les 1 855 aires marines protégées analysées globalement, 1 644 d’entre elles, soit 90 %, subissent des rejets massifs de pollution issus des eaux usées. Ce manque de protection menace directement la survie des mangroves, des herbiers marins et des coralliens, qui sont, selon les chercheurs, les piliers de notre biodiversité. Gbodja explique à Mongabay que, bien que l’eau circule librement, la pollution ne se répartit pas uniformément. Elle se concentre souvent près des villes et des fleuves, et peut être accumulée ou plutôt déplacée par les courants, ce qui explique pourquoi certaines zones sont plus polluées que d’autres. « Par exemple, le lac Nokoué au Bénin, connecté à l’aire marine protégée de Donaten, peut concentrer des polluants en raison de ses apports continentaux et de son faible renouvellement hydrique. Ainsi, certaines aires marines protégées agissent comme des zones d’accumulation », dit-il.
Image de bannière : Des oiseaux au Kenya. Image de flightlog via Wikimedia Commons (CC BY 2.0)