Madagascar compte désormais produire du pétrole lourd pour son indépendance et sa sécurité énergétiques qui restent jusqu’à présent tributaires des pays du Golfe Persique, d’où la Grande Île importe ses hydrocarbures. Une production de 300 barils par jour, qui sera décuplée vers 2028, démarrera prochainement.
Yanto Sianipar, administrateur général de Madagascar Oil, a annoncé lors d’une conférence de presse à Antananarivo, le 5 mars 2026, la reprise officielle de la production de pétrole lourd sur le champ onshore de Tsimiroro, dans l’Ouest de l’Île. Les réserves de ce champ pétrolier, estimées à 1,7 milliard de barils d’huile lourde, exploitables durant un demi-siècle, génèreront un revenu annuel de 40 à 50 millions USD.
En activité depuis 2004, Madagascar Oil, exploitée par Benchmark Group, une société énergétique internationale détenue par des actionnaires américains et indonésiens basée à l’Île Maurice, après une phase de test réussie, a arrêté sa production en 2016, pour de multiples raisons en lien avec les marchés internationaux ayant fortement affecté l’industrie mondiale du pétrole et du gaz.
« Nous relançons la production avec une organisation solide et une approche opérationnelle et technologique prudente. Notre priorité est de positionner Tsimiroro sur une trajectoire de stabilité et de développement continu à long terme », a dit Sianipar. La compagnie vise ainsi à densifier l’approvisionnement de ses clients sur les Hautes Terres centrales et dans le Nord du pays.
« Nous avons depuis longtemps appelé à l’effectivité de l’exploitation de l’huile lourde de Tsimiroro pour que les Malgaches tirent profit de la richesse que nous avons chez nous. C’est une bonne nouvelle que la production reprendra, dans la mesure où les actuelles hostilités au Moyen-Orient auront sûrement des répercussions sur les prix des hydrocarbures dans le monde », a dit à Mongabay, au téléphone, Elia Rebevahiny, président du parti nationaliste Otrikafo.
Connu pour son engagement envers les questions socioéconomiques et écologiques, Otrikafo demande à l’État d’être ferme vis-à-vis des impacts environnementaux de l’extraction. « Cette compagnie doit disposer d’un budget à consacrer aux écosystèmes. Madagascar est maintenant une île rouge si elle était verte ».
Le bloc pétrolier de Tsimiroro couvre un périmètre d’environ 6 670 kilomètres carrés et l’huile lourde à y pomper se situe à une profondeur de 40 à 300 mètres. Pour ce faire, le procédé d’extraction par injection de vapeur in situ est utilisé avec des quantités d’eau considérables dans une zone peu dotée de ruisseaux.
En 2012, les Amis de la Terre France ont publié un document dans lequel leur organisation a fait part de son inquiétude vis-à-vis de l’activité extractive à Tsimiroro. Le champ pétrolier jouxte deux aires protégées, dont le Tsingy de Bemaraha, le plus vaste site protégé de Madagascar (157 710 hectares) inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1990.
Image de bannière : Une installation pétrolière de Madagascar Oil. Image de Madagascar Oil fournie par Rivonala Razafison.