Près de « 97 % des espèces de poissons migrateurs d’eau douce » figurant sur la liste de la Convention sur les espèces migratrices (CMS), un traité international des Nations unies dédié à la protection des espèces migratrices, sont menacées d’extinction. Un rapport publié, en marge de la Conférence mondiale sur les espèces migratrices, qui se tient depuis le 23 mars 2026 au Brésil, attribue ce déclin aux barrages bloquant leur migration, à la pollution, à la dégradation des habitats et à la surpêche.
Selon le rapport, les barrages et autres infrastructures obstruent les routes migratoires, empêchant les poissons d’accéder à leurs zones de reproduction ou d’alimentation. La modification des débits des rivières, liée à l’hydroélectricité ou à l’irrigation, les perturbe également. À cela s’ajoutent la dégradation des habitats, la pollution, la surexploitation et les captures accidentelles. « La spécificité des poissons migrateurs d’eau douce réside dans leur traversée des frontières nationales au cours de leur cycle de vie, ce qui complique leur conservation. Le fleuve Congo ou le Nil, par exemple, traversent plusieurs pays », souligne Arnaud Tiafack, médecin vétérinaire camerounais spécialisé dans la conservation de la biodiversité, qui n’a pas participé à la rédaction du rapport.
Les poissons migrateurs d’eau douce jouent un rôle important dans de nombreuses régions du monde. En Afrique, les anguilles africaines, citées dans le rapport, sont pêchées, vendues sur les marchés ou transformées selon les pratiques locales, par lesquelles elles sont notamment fumées, séchées ou préparées fraîches. Elles constituent, d’après le rapport, « une ressource importante pour l’alimentation et les économies riveraines », contribuant à la réduction de la pauvreté. Selon la FAO, des millions de personnes dépendent « directement ou indirectement de la pêche pour vivre ».
Le rapport met en avant plusieurs pistes pour inverser le déclin des poissons, notamment le renforcement des mécanismes de protection internationale, en intégrant davantage d’espèces dans les listes existantes, en développant des plans d’action spécifiques, en aménageant ou en supprimant les obstacles liés aux cours d’eau.
Le rapport recommande aussi une meilleure coordination des politiques de pêche entre pays, afin de limiter la surexploitation et de protéger les périodes de reproduction. La mise en place de zones protégées et de réserves halieutiques fait partie des mesures proposées. Enfin, le développement des systèmes de suivi et de partage de données est jugé indispensable pour améliorer la connaissance des espèces et adapter les politiques de gestion. « Toutes ces solutions sont louables, mais il faut une volonté politique entre États, afin de coordonner les actions. Tant que chaque pays agira de son côté, le déclin continuera certainement », a indiqué Arnaud Tiafack à Mongabay.
Image de bannière : Des alevins de tilapias (Oreochromis Niloticus) du lac Édouard dans une pirogue de pêcheurs à Vitshumbi. Image de Mongabay.