Selon le constat de Mongabay, plus de 200 permis miniers ont été révoqués ces derniers mois par plusieurs gouvernements africains. Au Sénégal, le gouvernement a annoncé, le 12 mars 2026, la révocation de 71 licences minières « dans le cadre d’un audit des contrats du secteur extractif ». Plusieurs titulaires de permis n’ont pas respecté leurs obligations contractuelles, selon les autorités. La mesure est accompagnée d’autres actions, notamment le gel des comptes d’une filiale du groupe singapourien Indorama, impliqué dans un litige financier avec l’État sénégalais.
Au Niger, les licences aurifères de trois sociétés ont été révoquées par le gouvernement, le 3 mars 2026, pour des impayés de taxes depuis 2023, défaut de rapport technique et financier annuel, ainsi que pour « non-respect des normes environnementales en vigueur », selon un communiqué du Conseil des ministres, publié à cet effet. Au Cameroun, les autorités ont annoncé, mi-février, le retrait des autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée accordées aux opérateurs, pour non-respect des exigences administratives et environnementales prévues par le Code minier du pays. Le ministère des Mines a justifié cette décision par la mise sur pied d’une « stratégie de traçabilité de l’or ».
Au Mali, c’est plus de 90 permis d’exploration de l’or, de la bauxite, du fer, de l’uranium et des terres rares qui ont été révoqués, fin 2025. Plusieurs filiales de groupes miniers internationaux sont concernées, notamment Harmony Gold d’Afrique du Sud, Iamgold du Canada, Cora Gold du Royaume-Uni, ainsi que Birimian Gold et Resolute Mining d’Australie. Dans la même période, au Mozambique, le gouvernement a décidé de suspendre toutes les licences minières dans la province de Manica, pour lutter contre « l’exploitation illégale de l’or et la pollution des rivières », permettre aux autorités de « réorganiser le système d’octroi des permis » et renforcer les contrôles environnementaux. En Guinée, dans la foulée, 46 licences minières ont été révoquées par les autorités pour « accélérer le développement du secteur minier » et s’assurer que les détenteurs de permis exploitent effectivement les ressources attribuées.
Pour Freddy Kitoko, avocat international congolais et expert des questions minières, ces différentes décisions indiquent une « prise de conscience des dirigeants africains, qui se rendent compte que les multinationales gagnent plus que leurs pays ».
« Les multinationales exploitent les minerais bruts, les exportent, puis reviennent vendre les produits finis plus chers aux mêmes pays dans lesquels elles exploitent les minerais. Et après, elles nous laissent la pauvreté et les trous », dit Kitoko à Mongabay. « La solution durable serait que les États africains gèrent bien les ressources issues de l’exploitation minière. Les prochains partenariats doivent profiter aux pays africains et à leurs populations », dit Kitoko.
Image de bannière : Une mine ouverte dans une forêt. Image de Elodie Toto pour Mongabay.