Alors que le retour progressif des pluies marque une nouvelle transition saisonnière en Afrique australe, la forêt de miombo se transforme. Ses feuilles passent du rouge cuivré au vert profond avant de se dorer à nouveau, un cycle visible chaque année. « La couleur des feuilles, que vous voyez, est une stratégie d’adaptation au climat. Les arbres laissent tomber les feuilles pendant une période. Les feuilles vont sécher et perdre la couleur verte, parce qu’il n’y a plus d’eau. C’est une forme d’adaptation pour chaque espèce », explique le professeur Héritier Khoji, enseignant à la Faculté d’agronomie de l’université de Lubumbashi et spécialiste du miombo.
Selon les experts, la structure même de cette forêt participe à son adaptation. Les cimes plates filtrent la lumière, laissant se développer un sous-bois herbeux. Le changement de couleur des feuilles accompagne le rythme des saisons : rouge cuivré entre août et septembre, avant le retour des pluies ; vert foncé lorsque celles-ci s’installent durablement ; puis doré dès avril-mai, au début de la saison sèche.
Couvrant environ 2,7 millions km2 dans le sud-est de la RDC, en Zambie, en Tanzanie, en Angola, au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe, cette forêt est, selon la FAO, le plus grand écosystème de savane boisée au monde. Située à la rencontre de la savane et de la forêt sèche, elle abrite des forêts-galeries et une biodiversité riche, notamment des zèbres, des hippopotames, des éléphants, ainsi que diverses espèces d’antilopes et de rongeurs dans les Parcs nationaux de l’Upemba et de Kundelungu.
D’après la FAO, le miombo nourrit plus de 150 millions de personnes, qui y tirent du bois-énergie et du charbon de bois, utilisés comme principaux combustibles dans des villes comme Lubumbashi et Kolwezi, en l’absence d’un accès suffisant à l’électricité. Il fournit également des insectes comestibles, des plantes médicinales et des champignons.
Cette région joue aussi un rôle hydrologique majeur. De nombreux cours d’eau et lacs y prennent leur source et convergent vers le fleuve Congo. Mais cette capacité de régulation est aujourd’hui confrontée à une pression croissante. L’exploitation minière et la déforestation se sont intensifiées depuis le début des années 2000, entraînant une réduction progressive des surfaces forestières.
« Si l’on n’y prend garde, les conséquences de la déforestation et de la dégradation seront réelles, au-delà même du miombo du Katanga. Elles vont toucher carrément le pays dans sa globalité et certainement aussi l’Afrique centrale ou tous les pays du bassin du Congo », souligne la directrice du Parc national de l’Upemba, Christine Lain, lors d’un atelier consacré aux liens entre énergies, mines et miombo, tenu à Lubumbashi, mi-février 2026.
Image de bannière : Vue aérienne d’une forêt de miombo dans le district de Nyimba, en Zambie. Image de Mokhamad Edliadi/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).