La Banque mondiale paie au rabais la tonne de carbone dans le Maï-Ndombe, ce qui ne plaît pas à certains élus nationaux de cette province de l’Ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Ces derniers l’ont fait savoir le mois dernier dans une correspondance adressée au président Félix Tshisekedi et à l’Assemblée nationale. Joseph Bobia, qui dirige le Bureau de veille et de gouvernance des ressources naturelles (BVGRN), une ONG environnementale basée à Kinshasa, craint que cette procédure ne bloque le projet de crédit carbone du Maï-Ndombe, conclu en 2018 entre Kinshasa et la Banque mondiale. « Nous avons mis énormément de temps à élaborer le plan de partage de bénéfices. Et c’est ce qui a amené la Banque mondiale à signer le contrat avec le gouvernement congolais », explique Bobia.
Le député Pierre-Castro Bamboka, élu de Kiri dans le Maï-Ndombe, explique que les contrats de crédit carbone dévaluent doublement le crédit carbone local. Au moins 30 % des émissions réellement évitées sont sous-estimées. Bien plus, la tonne de carbone est achetée à 5 USD contre 15 à 30 USD sur le marché volontaire, selon le même député. Le Maï-Ndombe, région de la forêt équatoriale congolaise couvrant une partie du Couloir vert, un projet de conservation communautaire et de développement durable, a vendu 11 millions de tonnes de carbone entre 2019 et 2025. Dans le cadre du partenariat avec la Banque mondiale, la région prévoit notamment la plantation de 4000 arbres. Près de 17 millions USD sur les 19 ont déjà été reçus et doivent financer des projets communautaires, notamment pour les peuples autochtones.
Mais, selon Bamboka, les contrats avec la Banque mondiale empêchent les entreprises et promoteurs potentiels des projets carbones d’utiliser leurs propres technologies de mesure des capacités de stockage du carbone dans la région, et de vendre les crédits carbones sur les marchés internationaux. D’où son appel aux autorités congolaises à protéger ces acteurs privés. Les députés du Maï-Ndombe ont aussi mobilisé l’Assemblée nationale afin qu’elle institue une commission pour clarifier les enjeux juridiques et financiers du partenariat, et trouve le meilleur compromis avec le Fonds carbone de la Banque mondiale.
Contacté par Mongabay à ce sujet, le ministre provincial de l’Environnement du Maï-Ndombe, Jean Claude Nongo, estime qu’il n’y a pas de conflit autour du projet de crédit carbone avec la Banque mondiale. « Ils ne demandent pas qu’on puisse revoir afin que l’argent revienne dans leur poche. Mais plutôt que l’argent aille servir les intérêts de la province. Je crois que les députés n’avaient pas connaissance du projet et de son exécution », a déclaré Nongo.
Image de bannière : La forêt de miombo en RDC. Image Didier Makal pour Mongabay.