Chaque jour, dans le monde, les femmes et les filles consacrent 250 millions d’heures pour chercher de l’eau. Tel est l’un des constats d’un rapport des Nations unies, publié le 22 mars 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Ce rapport révèle qu’elles sont non seulement absentes des décisions prises concernant l’eau, mais que le changement climatique aggrave aussi cette charge chaque année, surtout en Afrique, où « seuls 58 % des habitants ont accès à un service de base en eau potable ». La dégradation des écosystèmes des zones humides et des forêts réduit également la capacité des populations africaines à sécuriser l’eau et l’alimentation, rendant la collecte d’eau plus longue et plus difficile. « Un accès insuffisant à l’eau impose une lourde charge en temps aux femmes, en particulier dans les zones rurales, et un meilleur accès pourrait leur faire économiser l’équivalent de 77 millions de jours de travail par an », souligne le rapport.
Ursula Doriane Dountio Saha, spécialiste en changement climatique et biodiversité au Cameroun, explique à Mongabay que ce fardeau est un « problème pertinent » touchant les femmes professionnellement actives et perturbant l’apprentissage des élèves et des étudiantes. « On a souvent l’impression que ce problème ne touche que les zones arides, pourtant il concerne même les côtes littorales, où parfois il y a de l’eau, mais non potable », indique Dountio Saha, qui ne figure pas parmi les auteurs du rapport.
La pression sur l’accès à l’eau, selon le rapport, est d’autant plus critique que l’économie africaine et la sécurité alimentaire en dépendent fortement : « 79 % des prélèvements d’eau douce » sont destinés à l’agriculture, un secteur qui emploie plus de « 45 % de la population ». L’irrégularité des pluies et les sécheresses prolongées perturbent les activités agricoles et intensifient la concurrence pour l’eau.
Ces tensions sont renforcées par des limites structurelles dans la gestion de l’eau. En 2022, par exemple, moins de 30 % des pays africains avaient intégré des objectifs liés au genre dans leurs politiques nationales de l’eau, freinant du coup la prise en compte des inégalités dans les réponses publiques, selon le rapport. « Tous les secteurs sont touchés par cette inégalité, pas seulement celui de l’eau. Les femmes sont souvent perçues comme des observatrices, tandis que les hommes occupent davantage des rôles décisionnels. Cela dit, les mentalités évoluent. Même si les chiffres montrent que l’Afrique accuse encore un retard dans l’intégration du genre dans les politiques publiques, cette dynamique est en train de changer et pourrait bientôt permettre une meilleure inclusion des femmes dans les processus de décision », affirme Dountio Saha.
Image de bannière : Une femme fait du vélo avec son bébé pour aller chercher de l’eau, dans le village de Sorobouly, près de Boromo, au Burkina Faso. Image de Ollivier Girard/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).