Les petits producteurs de cacao, au Cameroun, pourraient se voir exclure du marché européen malgré les avancées enregistrées dans la mise en conformité aux exigences du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE).
D’après une note de position publiée en mars 2026 par le Réseau pour la promotion de l’agroécologie au Cameroun (REPAC), la principale plateforme nationale de la société civile engagée dans la promotion de l’agroécologie, ces producteurs risquent une exclusion en raison de l’interdiction de la mise sur le marché européen du cacao issu des terres déboisées après le 31 décembre 2020.
Or, au Cameroun, la distinction entre forêts, jachères et systèmes agroforestiers est difficile, ce qui complique la démonstration de la conformité.
L’exclusion risque également d’être motivée par le déficit de système de traçabilité fiable, l’absence d’identification de nombreux producteurs et de titres fonciers.
Le RDUE exige la production du cacao conformément à l’ensemble des législations nationales applicables, incluant le droit foncier, le droit du travail, la fiscalité et la réglementation environnementale.
Malheureusement, « l’absence fréquente de titres fonciers limite la capacité des petits producteurs à fournir les preuves requises », explique la note.
« Beaucoup de producteurs ont hérité des champs de leurs grands-parents qui l’utilisaient sans titres fonciers. Ils n’ont pas de moyens techniques et financiers pour établir ces titres. Il faut un accompagnement de l’État, à travers par exemple l’exonération de certains frais », explique Alphonse Djam Djam, vice-président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de cacao du Cameroun.
Le RDUE impose la géolocalisation complète des exploitations et la conservation de leurs coordonnées GPS. La note indique que bien que près de « 90 % des parcelles exportatrices » soient déclarées géolocalisées au Cameroun, plus de « 50 % des producteurs restent non identifiés » et les données existantes sont marquées par des duplications, des incohérences et une absence de centralisation.
« Les exportateurs ont géolocalisé les parcelles dans lesquelles ils achètent le cacao et ont conservé ces informations. Ce qui veut dire que le producteur ne peut pas directement accéder au marché européen, parce qu’il ne détient pas les informations liées à sa parcelle. Il est obligé de toujours vendre à l’intermédiaire exportateur et est à la merci de cet exportateur qui fixe le prix d’achat », explique Djam Djam.
Cette situation « limite la fiabilité du système de traçabilité », conclut la note.
L’autre conséquence, d’après Djam Djam est que « le non-écoulement du cacao sur ce marché va entrainer une baisse des revenus et pousser les producteurs vers les circuits informels et moins rémunérateurs », en accentuant les inégalités au sein de la filière.
Image de bannière : La conformité au RDUE s’est avérée difficile pour les petits producteurs. Image de KokoDZ via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).