Au Cameroun, les producteurs de cacao vivent le chaud, depuis quelques semaines. Le prix du kilogramme de fèves de cacao, ayant connu une évolution contrastée ces dernières années, et ayant atteint un pic de 6 000 francs CFA (11 USD) en juin 2024, s’est effondré à 1 200 francs CFA (2 USD) au 27 février 2026, selon l’Office national du cacao et du café (ONCC).
Ainsi, ceux qui avaient misé sur la culture du cacao en abandonnant même les cultures vivrières, notamment dans les régions productrices de cacao, se retrouvent dans une situation de grande incertitude. « Je me souviens qu’en 2024, personne, parmi mes frères et moi, n’avait mis une bouture de manioc dans le sol, encore moins les arachides. On ne parlait que du cacao. Il fallait mettre à jour les anciennes plantations abandonnées et ça demandait beaucoup d’énergie et de temps », dit Roger Menyeng, agriculteur installé dans le village Nkilzock dans la région du Centre. « Le cacao nous a donné l’argent au cours de ces deux dernières années. J’ai construit ma maison et j’ai construit une petite cuisine à ma femme. Pour ce qui est des vivres, on doit maintenant tout acheter au marché, et même jusqu’à présent, car nous n’avons rien planté. Nous aurions quand même dû faire un petit champ de vivres chaque année, mais l’argent du cacao nous a emportés », ajoute Menyeng.
Dans les marchés, la concentration sur le cacao a alimenté l’inflation des produits vivriers, tels que le manioc, car les prix ont augmenté de manière significative. « Les gens étaient seulement concentrés sur leurs champs de cacao. Et même maintenant, les choses n’ont pas changé. J’ai appris que le prix du cacao a baissé. J’espère que les gens vont recommencer à travailler les vivres », dit Chanceline Ambassa, une revendeuse au marché périodique de Nkilzock, un village de la région du Centre.
Sur ce coup, Ambassa pourra compter sur les agriculteurs comme Menyeng, ayant décidé de retourner à ses cultures vivrières, sans toutefois abandonner celle du cacao. « Je ne vais pas laisser mon champ rentrer dans la forêt à cause de cette baisse ; je continue de l’entretenir. Mais là, je suis obligé de trouver un peu de temps pour les autres cultures ; vous comprenez qu’il n’y aura plus assez d’argent pour en acheter au marché. J’ai déjà terminé le défrichage de mon champ depuis. Je vais mettre le manioc, l’arachide, le maïs, le macabo comme d’habitude », dit-il.
Les revenus issus du cacao ne permettant plus de s’offrir tout au marché, les agriculteurs se retrouvent ainsi obligés de diversifier leurs cultures pour subvenir à leurs besoins.
Image de bannière : Des macabos en vente au marché périodique de Nkilzock. Image de Leonel Balla pour Mongabay.