Une étude, publiée en février 2026, par deux organisations camerounaises indique une présence de plus en plus importante des femmes dans la filière cacao, mais précise que leur travail demeure toujours peu visible.
Menée dans trois régions et 10 localités du Cameroun, l’étude souligne une insécurité foncière généralisée, un déséquilibre dans la gestion des revenus, une vulnérabilité accrue des femmes autochtones et une méconnaissance du Règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE). « Nous avons constaté que le cacao était essentiellement une culture conduite par des hommes (…) On se rend compte aujourd’hui que de plus en plus de femmes s’impliquent dans cette culture (…) Elles ont un rôle important dans les différentes étapes de la production… », a déclaré Dr Samuel Nguiffo, un des auteurs de l’étude.
Cependant, une certaine marginalisation reste présente, selon les chercheurs. « Tout part du foncier. Une femme peut passer 20 ans à entretenir une plantation, et il suffit d’un décès, d’un beau-frère décédé, d’un arrangement coutumier mal tourné, pour qu’elle se retrouve sans rien. Et tant que la terre n’est pas sécurisée, tout le reste — les formations, les certifications, les beaux programmes d’autonomisation — demeure du vent », affirme Balthazar Atangana, expert sur les questions de genre au Cameroun.
D’après ce dernier, les coopératives auraient pu être un levier de justice sociale. Mais, « elles restent des espaces très masculins, alors même que les femmes en constituent la colonne vertébrale productive. Or, c’est là que se négocie l’accès aux acheteurs sérieux, aux certifications, aux intrants. La formation suit la même logique. Les sessions techniques, les nouvelles exigences du RDUE, tout ça atterrit chez le « chef d’exploitation », qui est presque toujours un homme ».
Pour plus de justice sociale, certaines organisations intègrent les femmes dans la production dans le cadre de projets communautaires. « Nous mettons en place un système, où les femmes des communautés locales participent à l’agroforesterie. Nous veillons à l’inclusion des femmes dans chaque village, où nous distribuons des plants de cacao (…) Nous aidons également les femmes à gérer correctement leurs exploitations et lors des ventes groupées. Cela leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles grâce aux revenus générés par la vente du cacao », a souligné Lesly Akenji, responsable de projet pour l’ONG AWF.
Les chercheurs fondent leur espoir sur le RDUE, comme levier de justice sociale et de transformation de la filière, à travers des mesures de sécurisation foncière des femmes, l’accès à l’information et à la formation, le soutien à l’entrepreneuriat agricole féminin, la participation aux coopératives et aux instances de gestion.
Image de bannière : Une cacaocultrice dans le village Kagnol, dans l’Est du Cameroun. Image de Nfor Manda Lum (Africa Wildlife Foundation) avec son aimable autorisation.