En Afrique, les oiseaux migrateurs sauvages constituent un facteur majeur de transmission de virus vers d’autres organismes, y compris les humains, selon une étude menée par des ornithologues de l’université de Jos au Nigeria, en collaboration avec leurs collègues de plusieurs institutions de recherche suédoises.
Leur analyse des données sur ces oiseaux ont démontré pour la première fois que les déplacements d’oiseaux migrateurs d’Europe et d’Asie vers l’Afrique de l’Ouest favorisent la propagation de la dengue, du chikungunya, du Zika et de la fièvre jaune.
Dickson Matthew, l’un des auteurs de l’enquête, a déclaré que « cette migration vers l’Afrique de l’Ouest est une stratégie adaptative des oiseaux sauvages, pour pallier le manque de nourriture pendant l’hiver, en Europe ».
« Les oiseaux exotiques constituent un réservoir de ces maladies virales, et leur contact avec d’autres espèces permet au virus de se propager plus rapidement, en raison de sa capacité à s’adapter à différents vecteurs de transmission ».
Selon les chercheurs, le changement climatique modifie la transmission de ces virus par les oiseaux migrateurs, considérés comme des réservoirs d’agents pathogènes. Les oiseaux servent de principaux hôtes-réservoirs et transportent ainsi des virus transmis par des moustiques, vecteurs des maladies des zones infectées vers des zones jusque-là indemnes, au cours de leurs migrations. La transmission d’un hôte infecté à un hôte sain se fait principalement par les moustiques Aedes, une famille de moustiques piquant surtout le jour et transmettant des maladies comme la dengue, le chikungunya, le Zika et la fièvre jaune. Leurs cycles de transmission dépendent fortement des conditions climatiques présentes en Afrique de l’Ouest. Des pays comme le Nigeria, le Bénin, le Sénégal et le Burkina Faso jouent le rôle clé de zones d’alimentation, de repos et de reproduction partielle pour ces oiseaux migrateurs.
Camille Tchankpan, ornithologue béninois travaillant depuis 2020 sur les oiseaux migrateurs, affirme que le Virus du Nil occidental (VNO), transmis par les moustiques et responsable de la fièvre du Nil occidental, figure parmi les maladies transmises par les insectes les plus présents et répandus en Afrique de l’Ouest. Il y est considéré comme le plus endémique. « Ce virus circule activement entre les oiseaux migrateurs sauvages et les moustiques […] sa présence en Afrique de l’Ouest reste constante, mais souvent sous-documentée et négligée ».
Tchankpan estime que l’Afrique de l’Ouest reste une région importante pour les oiseaux migrateurs, avec de nombreuses espèces se déplaçant durant les périodes hivernales en Europe et en Asie. Par contre, le Sahel, comprenant des pays comme le Mali, le Niger, le Sénégal et le Nigeria, est une zone d’hivernage essentielle pour ces oiseaux.
Image de bannière : La Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus), une petite espèce de mouette migratrice pendant ses périodes de reproduction. Image de Shiv’s fotografia via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).