Grâce à la génétique, il est possible de relier les pangolins saisis ou vendus sur les marchés à leurs lieux d’origine, et de mieux comprendre le fonctionnement des filières illégales de trafic. C’est le but d’un projet de recherche scientifique porté par des équipes des universités de Californie aux États-Unis et de Hong Kong en Chine. Le Pangolin Trafficking Project se sert de la science pour apporter des outils complémentaires aux actions menées sur le terrain par les gardes forestiers, les éco-gardes et les services de sécurité. Cette approche fondée sur la science participe à la lutte contre le trafic à grande échelle des pangolins, dont les parties sont largement utilisées, à la fois dans la pharmacopée, dans la fabrication de produits cosmétiques et comme aliment. Presque inoffensif et incapable de se défendre, cet animal est chassé avec peu de risques, ce qui explique en partie sa forte exposition au braconnage, explique, à Mongabay, le professeur Eric Bertrand Fokam, chef du Département de biologie animale et de conservation, à l’université de Buéa au Cameroun.
Selon un rapport de la CITES, l’organisme international réglementant le commerce des espèces sauvages menacées, présenté le 21 février dernier, à l’occasion de la Journée mondiale du pangolin, cet animal est aujourd’hui le mammifère le plus touché par le trafic illégal dans le monde. Entre 2016 et 2024, plus de « 2 200 saisies » ont été enregistrées dans 49 pays, représentant environ « 553 000 pangolins ou équivalents en écailles ». Les écailles sont principalement destinées à des pays d’Asie, notamment la Chine et le Viêt Nam.
En 2024, une étude des chercheurs du Pangolin Trafficking Project, portant sur 562 pangolins, publiée dans la revue Scientific Reports, parlant du commerce et de l’origine géographique des pangolins blancs d’Afrique centrale, montre que certains marchés du Cameroun recevaient des animaux capturés à plus de 600 kilomètres, notamment en Guinée équatoriale, mettant en évidence des circuits d’approvisionnement sur de longues distances à l’intérieur du continent. Dans un autre volet du projet, une carte génétique, établie à partir de 111 pangolins sauvages, a permis de comprendre que plusieurs pays africains, comme le Nigeria, le Cameroun, le Mozambique et la République du Congo, sont identifiés comme des zones d’origine de l’animal ou de son transit vers l’Asie.
« C’est un rôle clé que joue la science, car l’identification de l’origine des pangolins, victimes de trafic, permet de renforcer la lutte transfrontalière contre la criminalité liée aux espèces sauvages, en repérant les zones critiques de braconnage et en ciblant plus efficacement les interventions des autorités », conclut Fokam.
Image de bannière : Un pangolin de Temminck. Image d’Adam Tusk via Flickr (CC BY 2.0).