Selon Alphonse Djam Djam, vice-président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de cacao du Cameroun (Unaprocam), le principal regroupement de cacaoculteurs du pays, fort de 10 000 membres, au moins deux producteurs de cacao du Cameroun se seraient donnés la mort à cause de la chute du prix de vente de la fève.
« Les producteurs se sont endettés en pensant rembourser après avoir vendu. Malheureusement, le prix actuel du marché ne permet pas de rembourser les dettes. J’ai appris le décès de ces producteurs et, lorsque je me suis renseigné, on m’a expliqué qu’ils n’ont pas supporté la pression des créanciers et se sont donné la mort », dit Djam Djam à Mongabay.
Au Cameroun, troisième producteur africain et cinquième mondial, le prix bord champ du cacao, ayant atteint 5 000 francs CFA (environ 9 USD) le kilogramme lors des campagnes précédentes, est retombé autour de 1 200 francs CFA (2,16 USD), dans un contexte de baisse des prix sur le marché international. Les stocks de cacao s’accumulent dans les entrepôts, car les producteurs refusent de vendre à un prix trop bas. Djam Djam affirme que son organisation a plus de 100 000 tonnes stockées, environ le tiers de la commercialisation habituelle du pays.
Les stocks s’accumulent également en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, et au Ghana, le deuxième. Ici, le prix du cacao est fixé respectivement par les autorités ivoiriennes et par le Ghana Cocoa Board. Au Cameroun, en revanche, le prix résulte des négociations entre acheteurs et producteurs. Les producteurs camerounais disent à Mongabay vouloir désormais vendre directement aux chocolatiers, afin de réduire les marges prélevées par les intermédiaires locaux, et d’augmenter ainsi leur prix de revient.
Cette crise intervient au moment où l’application du Règlement de l’Union européenne, visant à lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts (EUDR), a été repoussée, pour la deuxième fois, au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les petites entreprises. L’EUDR s’applique à certains produits agricoles mis sur le marché de l’Union européenne ; il impose aux entreprises des obligations de traçabilité et de vérification de l’origine de ces produits. Certains producteurs estiment que sa mise en œuvre pourrait faciliter des ventes directes aux chocolatiers. « Nous voulons de l’aide pour cartographier nos plantations et détenir les données de nos parcelles, afin de pouvoir contacter directement les clients européens. Pour le moment, ce sont les négociants qui conservent nos données », souligne Djam Djam.
Image de bannière : La conformité au RDUE a été difficile pour les petits producteurs. Image de Hanay via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).