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RDC : 30 kg d’ivoire et une peau de lion saisis à Beni

Trésor Wayitsomaya 20 Juil 2026

Une opération conjointe menée par Conserv Congo avec la police et l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), le 17 juillet 2026, à Beni, dans la province du Nord-Kivu, en RDC, a permis de saisir 30 kilogrammes d’ivoire d’éléphant (25 pièces) et une peau de lion. Trois présumés trafiquants d’espèces sauvages protégées ont été arrêtés et remis aux autorités judiciaires compétentes, indique Conserv Congo, sur sa page Facebook.

Pour Me Olivier Ndoole, juriste environnementaliste et coordonnateur de l’ONG Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), cette affaire illustre les effets de l’insécurité persistante dans l’est du pays sur les efforts de conservation.

« Trente kilogrammes d’ivoire représentent déjà une quantité importante. Lorsqu’on y ajoute une peau de lion, cela montre que notre biodiversité subit une pression de plus en plus forte. Le contexte de guerre fragilise les aires protégées, complique le travail des écogardes et offre davantage d’opportunités aux réseaux de braconnage et de trafic qui tirent profit de cette instabilité », souligne-t-il.

Selon lui, les conséquences dépassent largement la perte de quelques spécimens. « Cette biodiversité constitue un patrimoine national qui pourrait contribuer au développement économique, notamment grâce au tourisme et aux activités de conservation. Si les éléphants, les lions ou d’autres espèces disparaissent progressivement, ces pertes seront irréversibles et priveront les générations futures d’une richesse naturelle qu’il sera impossible de reconstituer », ajoute-t-il.

Ndoole estime également que la réponse sécuritaire devrait intégrer une dimension environnementale plus importante. Il recommande notamment la création de postes de contrôle spécialisés contre le trafic des espèces sauvages, et une formation des forces de défense aux enjeux de la protection de la biodiversité, dans les zones de conflit.

Pour Ranulph Hangi Muvughealava, avocat au barreau de la Tshopo, située dans l’est de la RDC, et spécialiste en gestion de l’environnement, la lutte contre cette criminalité passe aussi par une application plus rigoureuse des lois existantes.

« Les juridictions doivent appliquer les sanctions prévues avec toute la fermeté nécessaire, afin que les condamnations aient un véritable effet dissuasif. Les enquêtes devraient également permettre de remonter toute la chaîne du trafic, depuis les braconniers jusqu’aux éventuels complices au sein des services publics ou des réseaux criminels. Personne ne devrait échapper à la justice lorsqu’il s’agit de protéger le patrimoine naturel de la RDC », affirme-t-il au téléphone à Mongabay.

Pour Conserv Congo, une organisation spécialisée dans la lutte contre la criminalité faunique en RDC, cette nouvelle saisie met en évidence la nécessité de renforcer la coopération entre les services de l’État, les organisations de conservation et les autorités judiciaires, afin de freiner durablement le trafic des espèces sauvages dans le pays.

Image de bannière : Les produits d’animaux sauvages saisis à Beni, en RDC. Image de Conserv Congo.

Les produits d’animaux sauvages saisis à Beni, en RDC. Image de Conserv Congo.

RDC : Une dixième naissance de gorille ravive l’espoir dans le Parc national des Virunga

Victoire Mbuto 11 Juil 2026

Le Parc national des Virunga a enregistré une nouvelle naissance de gorille de montagne (Gorilla beringei beringei), portant à dix le nombre de naissances recensées depuis le début de cette année, d’après une annonce du parc faite le vendredi 10 juillet, dans un communiqué publié sur son compte X.

Selon le communiqué, il s’agit de la troisième naissance enregistrée cette année au sein de la famille Bageni comptant 60 individus. « Le Parc national des Virunga est heureux d’annoncer qu’une nouvelle femelle de la famille Bageni a récemment été observée avec son nouveau-né, un petit mâle. Cette femelle rejoint la famille Bageni à la suite d’une récente interaction avec la famille Walingula », précise le communiqué.

Les responsables du parc indiquent que « jusqu’à présent, en 2026, dix naissances ont été enregistrées au sein de sept familles. Cette dynamique reproductive constitue un indicateur encourageant pour les efforts de conservation des gorilles de montagne dans le secteur de Mikeno ».

Cette dixième naissance est saluée par plusieurs acteurs engagés dans la protection de l’environnement. Pour Timothée Buhashe, coordonnateur de la Brigade écologique de l’université de Goma en République démocratique du Congo, une structure estudiantine regroupant des activistes environnementaux, cette naissance est un symbole de résilience dans un contexte sécuritaire et de conservation particulièrement difficile.

« Nous avons accueilli avec beaucoup de joie cette nouvelle naissance. C’est une excellente nouvelle et une preuve que les efforts de conservation portent leurs fruits malgré de nombreux défis. Nous félicitons les écogardes, les pisteurs communautaires et tous ceux qui travaillent quotidiennement pour protéger ces gorilles », a-t-il déclaré.

Selon lui, la protection des gorilles de montagne doit demeurer une priorité, alors que l’est de la RDC est sous tension à cause du conflit opposant le M23 aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). « Nous appelons les autorités, les partenaires et les populations riveraines à renforcer les mesures de conservation, afin que le Parc national des Virunga ne soit plus un théâtre de conflits armés », a-t-il dit.

« Les communautés doivent davantage s’approprier cette lutte pour garantir la pérennité de cette espèce emblématique et de son habitat. Alors que la maladie à virus Ebola refait surface dans la région, les efforts de surveillance sanitaire doivent également être renforcés autour du parc, afin de prévenir tout risque pour la faune et les populations », a-t-il précisé.

Pour Timothée Buhashe, un activiste environnemental, l’implication des communautés locales demeure l’un des piliers de la réussite des efforts de conservation. « Les populations riveraines doivent jouer le rôle de véritables acteurs de la protection de ce patrimoine mondial. Leur engagement est indispensable pour consolider les résultats déjà obtenus. Cela passe par le dialogue avec les autorités de l’ICCN», a-t-il souligné.

Image de bannière : Le nouveau bébé gorille dans les bras de sa mère. Image du Parc national des Virunga.

Un mini-barrage construit à la main pour réduire le déficit énergétique dans un village camerounais

Yannick Kenné 9 Juil 2026

Le village Bessi, situé à 40 kilomètres de Bamenda, la capitale régionale du nord-ouest du Cameroun, est doté d’une mini-centrale hydroélectrique, mise en service, pour la première fois, en juin 2026. L’ouvrage a été construit à la main, avec l’aide d’autres villageois, à base de matériaux recyclés, par l’ingénieur camerounais en énergies renouvelables, Jonathan Atud, natif de la localité. D’une capacité de production de 15 kilovoltampères, il est alimenté grâce à la rivière du village.

« Le nombre de ménages que ce barrage peut alimenter dépend du type d’appareils électroniques dont disposent les gens dans leurs maisons. On a fait des estimations sur la base du nombre d’ampoules que ce barrage peut alimenter, et on se situe autour de 300 ampoules. Mais ça peut alimenter plus si on améliore la structure », explique Atud au téléphone à Mongabay.

Le village Bessi est connecté au réseau électrique national géré par la Société camerounaise d’électricité (Socadel), mais il est régulièrement confronté aux coupures touchant l’ensemble du pays. De plus, très peu de villageois ont les moyens de s’offrir un abonnement sur le réseau, dit Atud.

La mini-centrale hydroélectrique est donc une solution endogène qui pourrait sortir progressivement les villageois de l’obscurité. Malgré sa mise en service, elle reste confrontée à quelques soucis de maintenance. Débutée en 2017, la construction de l’infrastructure a été fortement perturbée par un conflit armé opposant le gouvernement central à des groupes séparatistes anglophones réclamant l’indépendance de cette partie du pays. Il a fallu attendre neuf ans pour qu’elle soit opérationnelle. Le village est également confronté à un assèchement de son cours d’eau en temps de sécheresse, ce qui devrait avoir des répercussions sur la production optimale de la mini-centrale hydroélectrique.

À la différence des mini-centrales hydroélectriques qu’il juge coûteuses et confrontées aux aléas climatiques, l’ingénieur camerounais Enok Louyakba, spécialiste des énergies renouvelables et promoteur d’une entreprise opérant dans ce domaine, basée à Garoua, dans le nord du pays, préconise le recours à l’énergie solaire, comme solution idoine et la mieux adaptée pour les zones rurales en Afrique.

« Le soleil est disponible partout, surtout dans la zone du Grand Nord. L’investissement est moins coûteux, et la solution est immédiate et pérenne pour la zone rurale. Alors que construire des mini-centrales hydroélectriques n’est pas évident, car la ressource en eau doit être disponible en abondance pour faire fonctionner les installations », dit Louyakba à Mongabay par téléphone.

Image de bannière : Le mini-barrage de retenue construit à la main par l’ingénieur camerounais Jonathan Atud, avec l’aide des villageois dans le village Bessi. Image de Jonathan Atud, avec son aimable autorisation.

Le mini-barrage de retenue construit à la main par l'ingénieur camerounais Jonathan Atud, avec l'aide des villageois dans le village Bessi. Image de Jonathan Atud, avec son aimable autorisation.

Cameroun : Une vingtaine d’associations dénoncent le « pillage du bois » dans une forêt vitale pour les peuples autochtones Baka

Anne Nzouankeu 6 Juil 2026

Une vingtaine d’organisations de la société civile camerounaise accusent des acteurs, impliqués dans la mise en œuvre du vaste projet d’exploitation de minerai de fer de Mbalam, de mener des opérations de pillage du bois dans la réserve de faune de Ngoyla et la forêt communautaire Djoko, toutes deux situées à l’est du Cameroun.

Selon un communiqué parvenu à Mongabay le 2 juillet 2026, ces organisations affirment qu’un permis d’exploitation minière, accordé à une société, couvre une partie de la réserve de faune de Ngoyla et l’intégralité de la forêt communautaire Djoko, habitat des peuples autochtones Baka. Elles soutiennent que des opérations d’exploitation forestière sont actuellement menées sur ces deux sites, sans qu’aucune information publique n’ait été publiée sur un éventuel déclassement de la réserve. « La forêt communautaire Djoko, principalement orientée vers la conservation, est actuellement le seul espace de la zone, où les peuples autochtones ont accès, afin de mener leurs activités traditionnelles et cultuelles », a dit à Mongabay la porte-parole du collectif des associations, sous couvert d’anonymat.

Les signataires du communiqué attirent également l’attention sur la multiplication des alertes de déforestation dans ces deux espaces forestiers. S’appuyant sur les données de Global Forest Watch, une plateforme de surveillance forestière, ils indiquent que « 42 566 alertes de déforestation » ont été enregistrées dans la réserve de faune de Ngoyla entre le 3 novembre 2025 et le 8 juin 2026, et « 2 347 » dans la forêt communautaire Djoko entre le 9 décembre 2025 et le 8 juin 2026.

Selon les organisations, ces activités menacent également les habitats de nombreuses espèces sauvages, les corridors de déplacement de la faune, les droits d’usage des communautés locales et autochtones, ainsi que la santé, la sécurité alimentaire et la transmission des savoirs traditionnels des Baka. Elles recommandent au gouvernement camerounais d’ouvrir une enquête administrative indépendante, sur les allégations de pillage du bois dans la réserve de faune de Ngoyla et de violations des droits des communautés autochtones Baka, dans la forêt communautaire Djoko.

L’UNESCO, qui ne fait pas partie des organisations signataires de ce communiqué, affirme que la dégradation du territoire des peuples autochtones Baka menace non seulement leurs moyens de subsistance, mais aussi leur identité culturelle, car « pour les Baka, la forêt est bien plus qu’une ressource naturelle : c’est un être vivant, une présence spirituelle et le fondement de leur identité culturelle ».

Image de bannière : Un village Baka dans la réserve naturelle Dja au Cameroun. Image de Earwig via Wikimedia Commons.

Un village Baka dans la réserve naturelle Dja au Cameroun. Image de Earwig via Wikimedia Commons.

RDC : Deux personnes arrêtées en possession de peaux d’Okapi et de léopard à Kisangani

Didier Makal 26 Juin 2026

A Kisangani, capitale provinciale de Tshopo, dans le Nord de la République démocratique du Congo (RDC), la police a interpellé deux personnes en possession de deux peaux d’Okapi et de léopard, grâce à l’aide de l’ONG congolaise Conserv Congo.

Les suspects ont été interpellés au cours d’une opération conduite conjointement par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), la Police nationale et le Parquet de Kisangani, d’après l’annonce faite par Adams Cassinga, responsable de Conserv Congo, spécialisée de la conservation et la traque du braconnage, le 25 juin 2026, sur le réseau social X (Twitter).

La nouvelle a été confirmée par l’ICCN à Kisangani. D’après son directeur provincial contacté par Mongabay, les suspects sont en détention depuis trois jours. « Les personnes arrêtées sont au Parquet de grande instance de Kisangani. Aujourd’hui, c’est le troisième jour », explique Kisangani, très réservé. « Ces personnes sont présumées innocentes jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie. Nous pouvons patienter pour en savoir plus. Puisque le dossier est en instruction au niveau du parquet », a indiqué Kisangani.

Peaux de léopard saisies à Kisangani en RDC. Image d'Adams Cassinga.
Peaux de léopard saisies à Kisangani en RDC. Image d’Adams Cassinga.

L’Okapi est interdit de chasse en RDC. Depuis 2025, il est classé à l’Annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES). Ce qui implique une protection totale en raison des risques d’extinction qui e concernent. « Ce niveau de protection internationale le plus élevé interdira tout commerce international d’okapis ou de leurs parties, ainsi que de leurs sous-produits », explique l’ICCN en novembre 2025.

Ces nouvelles captures rappellent d’autres captures opérées le 23 mai 2026, à Kindu, dans le Maniema. Quatre suspects ont été interpellés avec six peaux de léopard, 50 kilogrammes d’ivoire et une demi-tonne d’écailles de pangolin. A ce jour, tous ont été libérés, assure Jean-Claude Sefu, défenseur de l’environnement et représentant de l’ONG congolaise Société civile environnementale et agro-rurale du Congo.

Il assure que le personnage clé dans l’affaire, qui est un pasteur d’une église évangélique basée à Kindu, est réapparu et a repris ses activités religieuses. « Il a déclaré, dans un point de presse, que c’est son adjoint qui serait impliqué dans le braconnage et non lui », souligne Sefu.

D’après Conserv Congo, ces arrestations, comme les précédentes enregistrées à Kindu, révèlent l’existence d’un réseau de trafic illicite d’espèces fauniques à travers le pays. Ce réseau, selon cette source, pourrait impliquer des chasseurs et des transporteurs au sein des communautés proches des lieux de chasse, des demandeurs assurant la coordination entre les provinces de Bas-Uélé et du Tshopo via Kisangani.

Image de bannière : Les produits d’Okapi saisis à Kisangani en RDC auprès des deux trafiquants de faune sauvage. Image d’Adams Cassinga.

Deux nouvelles espèces de chauves-souris découvertes dans les forêts du Cameroun

Anne Nzouankeu 26 Juin 2026

Aicha Gomeh-Djame, zoologiste camerounaise affiliée à l’université de Yaoundé 1 au Cameroun, découvre deux nouvelles espèces de chauves-souris au Cameroun. Dans une étude publiée le 15 juin 2026, dans la revue scientifique ZooKeys, ses collègues et elle décrivent officiellement Glauconycteris baka et Glauconycteris lobeke, les deux espèces jusqu’alors inconnues de la science.

« Ces découvertes ont été faites lors de prospections de terrain dans une zone forestière reculée, notamment le Parc national de Lobéké, où, parmi les nombreuses chauves-souris capturées, nous avons recueilli des spécimens rares de Glauconycteris. Des analyses morphologiques, acoustiques et d’ADN détaillées ont révélé, que deux d’entre elles appartenaient à des espèces nouvelles pour la science », explique Aicha Gomeh-Djame à Mongabay dans un courriel.

D’après l’étude, les deux nouvelles espèces appartiennent au genre Glauconycteris, un groupe de chauves-souris insectivores vivant principalement dans les forêts tropicales d’Afrique subsaharienne. Ces chauves-souris se distinguent par leur petite taille, leurs larges ailes adaptées au vol en milieu forestier et leur régime alimentaire composé essentiellement d’insectes capturés en vol. Les chercheurs ont nommé les deux nouvelles espèces G. baka, en hommage au peuple autochtone Baka, gardien ancestral des forêts du bassin du Congo, et G. lobeke, en référence au Parc national de Lobéké, où l’espèce a été découverte.

Au cours de leurs recherches, les scientifiques ont également identifié pour la première fois au Cameroun, l’espèce de chauve-souris Glauconycteris superba. Cette espèce était déjà connue dans d’autres pays africains, sans avoir jamais été officiellement signalée sur le territoire camerounais. Selon l’étude, G. superba est une espèce de chauve-souris particulièrement rare. Avant cette découverte, elle n’était connue que dans « sept localités en Afrique », en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire, au Ghana et en République centrafricaine. Le Cameroun devient donc le cinquième pays où l’espèce a été officiellement signalée.

Les chercheurs affirment que sa découverte confirme l’importance des forêts camerounaises pour la conservation de cette espèce exceptionnelle.

« En nous appuyant sur ce travail, nous visons à améliorer encore les connaissances en matière de conservation des chauves-souris forestières dans la région guinéo-congolaise, à mieux comprendre leurs rôles écologiques et leur importance pour les communautés locales, telles que le peuple Baka et les gardes forestiers », explique Gomeh-Djame.

« Ces travaux montrent que la faune africaine en général et celle du Cameroun en particulier ont encore beaucoup de surprises à révéler à la science en termes de richesses d’espèces », explique, à Mongabay, le professeur Eric Bertrand Fokam, chef du Département de biologie animale et de conservation de l’université de Buéa, au Cameroun, qui n’a pas participé à la recherche.

Image de bannière : Glauconycteris lobeke. Image de Aicha Gomeh-Djame avec son aimable autorisation.

Glauconycteris lobeke. Image de Aicha Gomeh-Djame avec son aimable autorisation.

La Guinée interdit l’exportation de l’or brut et impose son raffinage local

Anne Nzouankeu 25 Juin 2026

La Guinée a annoncé, le 21 juin dernier, l’interdiction de l’exportation de l’or brut et l’obligation de raffiner le métal précieux sur son territoire avant toute commercialisation à l’étranger. « La Guinée est la deuxième réserve aurifère d’Afrique de l’Ouest. Son or quitte son sol chaque jour à l’état brut, chargé dans des avions, emporté vers des raffineries étrangères pour être transformé ailleurs, certifié ailleurs, vendu ailleurs », a expliqué le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, lors d’une rencontre à Conakry, la capitale du pays, avec les représentants des sociétés minières industrielles et les acteurs de l’exploitation aurifère artisanale. « La Guinée perçoit des miettes, des redevances calculées sur un métal, qui ne vaut pas encore son vrai prix au moment, où il franchit nos frontières. Pendant ce temps, d’autres captent la valeur ajoutée, d’autres créent les emplois, d’autres bâtissent leur ville avec notre or. Je mets fin à cela dès aujourd’hui », a-t-il indiqué.

Selon la présidence guinéenne, cette décision s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la souveraineté économique du pays sur ses ressources naturelles. Elle est également liée à l’entrée en service prochaine de la Nimba Gold Refinery, une raffinerie d’or portée par des investisseurs privés, soutenue par les autorités guinéennes, et présentée comme un outil stratégique pour le développement de la filière aurifère.

La Guinée rejoint ainsi plusieurs pays africains engagés dans la transformation de leurs ressources minières sur leur territoire avant toute exportation. Le Botswana, par exemple, est régulièrement présenté par la Banque mondiale et d’autres institutions de développement comme un exemple. Grâce à des accords conclus avec De Beers, une entreprise diamantaire fondée en Afrique du Sud et l’un des principaux acteurs mondiaux de l’industrie du diamant, le pays a progressivement développé sur son territoire des activités pour valoriser le minerai sur place.

« Au plan environnemental, la Guinée pourrait, par cette mesure, améliorer la traçabilité de sa production aurifère souvent associée à des problèmes de déforestation, de pollution des cours d’eau, d’extraction dans des zones forestières sensibles ou à proximité d’aires protégées », déclare à Mongabay, Freddy Kitoko, avocat international congolais et expert des questions minières. « La Guinée devra mettre en place des mécanismes efficaces de contrôle et accompagner les acteurs de l’exploitation artisanale dans cette transition », souligne Kitoko.

Image de bannière : Les Monts Nimba en Guinée, une réserve naturelle classée patrimoine mondial de l’UNESCO, hébergent les crapauds vivipares, une espèce rare (Nimbaphrynoides occidentalis) sous la menace de l’exploitation minière. Image de Mlanguy via iNaturalist (CC BY-NC 4.0).

Les Monts Nimba en Guinée, une réserve naturelle classée patrimoine mondial de l’UNESCO, hébergent les crapauds vivipares, une espèce rare (Nimbaphrynoides occidentalis) sous la menace de l’exploitation minière. Image de Mlanguy via iNaturalist (CC BY-NC 4.0).

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Le poisson que nous mangeons vient désormais davantage des fermes aquacoles que des océans

Anne Nzouankeu 19 Juin 2026

L’aquaculture a atteint un niveau record de 103 millions de tonnes en 2024, soit 53 % de toute la production mondiale d’animaux aquatiques et plus de 59 % des aliments aquatiques consommés par l’humanité. Elle devient ainsi, pour la première fois, la « principale source de poissons et de fruits de mer consommés dans le monde », selon le nouveau rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture (SOFIA 2026), publié le 16 juin 2026, au Kenya. Cette progression marque, selon le rapport, un tournant historique, car l’élevage de poissons, de crevettes et d’autres organismes aquatiques a dépassé la pêche de capture ayant fourni environ 92 millions de tonnes en 2024.

Le rapport souligne également que plus de 65 millions de personnes à travers le monde travaillent dans la pêche et l’aquaculture, tandis que plus de 600 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de ces activités pour leurs revenus, leur alimentation ou leurs moyens de subsistance. Les produits aquatiques jouent ainsi un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire mondiale, avec près de 89 % de la production mondiale destinée à la consommation humaine. Les poissons et autres aliments aquatiques fournissent des protéines de haute qualité, ainsi que des vitamines, des minéraux et des acides gras essentiels. Avec l’augmentation de la population mondiale et la pression croissante sur l’agriculture terrestre, ces aliments sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans l’alimentation humaine, d’après la FAO. « Alors que la population mondiale continue de croître et que les pressions sur les systèmes alimentaires terrestres s’accroissent, les aliments aquatiques deviennent une composante de plus en plus importante des stratégies mondiales de sécurité alimentaire », indique le rapport publié tous les deux ans.

Dans une déclaration accompagnant cette publication, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, déclare que ce rapport « fournit des connaissances solides, fondées sur des preuves et des données scientifiques, ainsi que des compétences avancées pour soutenir des approches et des mesures concrètes visant à parvenir à une pêche et une aquaculture durables ». La FAO avertit que le changement climatique, la pollution, la dégradation des écosystèmes aquatiques et les tensions économiques constituent des menaces majeures pour l’avenir du secteur. Pour préserver la production et les emplois qu’elle génère, l’organisation recommande le développement d’une aquaculture résiliente au climat, une gestion durable des pêches, le renforcement des chaînes de valeur et la lutte contre la pêche illégale.

Image de bannière : Des alevins de tilapia (Oreochromis Niloticus) du lac Édouard dans une pirogue de pêcheurs à Vitshumbi. Image de Mongabay.

Des alevins de tilapias (Oreochromis Niloticus) du lac Édouard dans une pirogue de pêcheurs à Vitshumbi. Image de Mongabay.

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Yaya Limdo, l’octogénaire qui a créé une forêt au Togo. Image de Jahëna Louisin/Mongabay.
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