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L’île Maurice introduit l’écocide dans sa législation

Yannick Kenné 7 Mai 2026

L’île Maurice a inscrit, le 18 avril 2026, l’écocide, comme une disposition, dans sa loi relative à la lutte contre le blanchiment d’argent et les crimes financiers.

Désormais, dans cet État insulaire rattaché à l’Afrique et situé à l’ouest de l’océan Indien, le crime contre l’environnement, encore appelé écocide, est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans.

La loi prévoit également des amendes financières, des mesures de réparation, une possible exclusion de tout financement public ou de toute autorisation, ainsi que des obligations de remise en état de l’environnement, à l’encontre de toute personne physique ou morale coupable de crime contre l’environnement.

Ladite loi définit l’écocide comme « un acte illicite ou arbitraire commis en connaissance de la réelle probabilité que ces actes causent des dommages graves à l’environnement, qu’ils soient étendus ou durables ».

Cette définition cadre étroitement avec celle formulée par le groupe d’experts indépendants pour la définition juridique de l’écocide, réuni en 2021, par l’ONG Stop Ecocide international.

D’après Jojo Mehta, Chief Executive Officer de cette organisation à but non lucratif, l’importance du pas franchi par l’île Maurice, dans la criminalisation de l’écocide, va au-delà de son cadre national.

« Les petits États insulaires en développement jouent un rôle de plus en plus déterminant dans les débats juridiques internationaux sur les atteintes graves à l’environnement, notamment à travers la proposition, portée par le Vanuatu, les Fidji et les Samoa, visant à inscrire l’écocide au Statut de Rome de la Cour pénale internationale », a dit Mehta dans un courriel à Mongabay.

Pour les petits États insulaires en développement en particulier, ce dernier souligne que les atteintes à l’environnement sont caractérisées par l’élévation du niveau des mers, la perte de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes marins, pouvant avoir des répercussions directes sur les systèmes alimentaires, la sécurité de l’approvisionnement en eau douce en raison de la salinisation des nappes phréatiques, les moyens de subsistance et les droits humains fondamentaux, notamment les droits à la santé, à l’eau, au logement, à la culture et, en fin de compte, à la vie elle-même, ainsi que sur le bien-être des générations futures.

Outre l’île Maurice, la République démocratique du Congo (RDC), le Congo-Brazzaville, le Burundi, le Zimbabwe, le Ghana ou la Zambie figurent parmi les pays africains ayant fait progresser la loi sur l’écocide, de diverses manières.

Certains pays soutiennent l’initiative menée par le Vanuatu, les Fidji et les Samoa à la Cour pénale internationale ; d’autres poursuivent des voies juridiques nationales, tandis qu’un engagement régional se développe au sein de l’Union africaine.

Image de bannière : Faune et flore de l’Île du Sud, St, Brandon, Îles Cargados Carajos en île Maurice. Image de MauriceBer via Wikimedia Commons. 

Cameroun : Près de 700 kilogrammes d’écailles de pangolin saisis

Léonel Balla 7 Mai 2026

Six cent soixante kilogrammes d’écailles de pangolin ont été saisis le 5 mai dernier, dans la ville de Yokadouma, dans le département du Boumba-et-Ngoko, à l’Est du Cameroun.

Cette opération, menée par les agents du corps national des Eaux et Forêts du Cameroun, a permis de mettre la main sur une cargaison estimée à environ 1 320 pangolins abattus, une espèce en voie de disparition dans le monde et classée espèce protégée de classe A au Cameroun.

Selon Alahdi Halla, le délégué départemental des Forêts et de la faune du département du Boumba-et-Ngoko, cette saisie est le fruit de plusieurs semaines de renseignements, menés conjointement avec Last Great Ape, une organisation non gouvernementale (ONG) militant pour l’application des lois sur la protection de la faune sauvage en Afrique. La cargaison était contenue dans 12 sacs, mais les identités des trafiquants n’ont pas été révélées pour le moment, en raison de leur présomption d’innocence, selon la loi camerounaise.

Cette saisie intervient dans un contexte où le prix des écailles de pangolin a diminué de près de 45 à 70 % au cours de ces dernières années dans le pays, selon WildAid, une ONG engagée dans la protection de la faune sauvage. Ainsi, des activistes de la conservation, comme Simon Denyer de WildAid, ont placé, en cette baisse de la demande chinoise, un espoir de préservation de cet animal au Cameroun et en Afrique centrale. Mais il semble que ce ne soit pas le cas, au regard de cette importante saisie réalisée dans le pays.

Selon une nouvelle loi adoptée en juillet 2024, « toute personne impliquée dans la capture, l’abattage, la détention ou la commercialisation du pangolin ou de ses parties (écailles, viande) s’expose à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 20 ans et à une amende pouvant atteindre 50 millions francs CFA (100 000 USD) ».

Dans ce sens, le ministère des Forêts et de la faune du Cameroun (MINFOF) a annoncé le 2 mai dernier, dans un communiqué de presse , la condamnation de quatre personnes le 22 avril 2026 à cinq ans d’emprisonnement chacune pour leur implication dans le trafic de pangolins, « un crime qui menace la survie de cette espèce en danger critique d’extinction », précise le communiqué.

« De plus, un individu particulièrement odieux, responsable de la mutilation de pangolins par l’ablation de leur langue à Lobo l’année dernière, a été condamné à sept ans d’emprisonnement », indique le même communiqué.

Cette source précise par ailleurs que ces nouvelles condamnations portent à 20 le nombre de personnes emprisonnées depuis la lutte lancée en 2024 contre le trafic illégal d’espèces sauvages, et que 410 pangolins ont déjà été secourus.

Image de bannière : Un pangolin sauvé des griffes des braconniers au Cameroun par les équipes de l’association « visiter le Cameroun avec moi ». Image de Ludovic Abanda Ntsama avec son aimable autorisation.

Au Gabon, une intelligence artificielle permet de surveiller l’état de la biodiversité sur les sites miniers

Anne Nzouankeu 7 Mai 2026

Au Gabon, un outil basé sur l’intelligence artificielle appelé Gentia et la plateforme d’analyse Mozaic Earth permettent de mesurer la biodiversité et la restauration écologique sur des sites miniers. Le système développé par le groupe minier et métallurgique Eramet, et sa filiale gabonaise, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), qui exploite le gisement de manganèse de Moanda au sud-est du Gabon, l’un des plus riches au monde, a fait l’objet d’un test pilote concluant présenté le 29 avril 2026.

Combinant intelligence artificielle, images satellites, drones et données de terrain, cette solution permet de mesurer et de suivre la réhabilitation des sites après l’extraction, notamment la reconstitution des sols et la reforestation. Les tests de terrain, selon Eramet, ont été menés entre septembre et décembre 2025 sur « cinq sites représentant différentes étapes de la réhabilitation post-minière ». Ils ont été validés par les scientifiques de l’Herbier national du Gabon, le centre scientifique du pays qui étudie et conserve les plantes. Au terme du test, l’outil a réussi à distinguer les espèces plantées par l’homme de celles qui recolonisent naturellement le site, ainsi qu’à détecter précocement les espèces exotiques envahissantes.

Le test est jugé « hautement encourageant », selon Eramet, car il prouve que l’on peut désormais évaluer de manière scientifique si une entreprise minière a réellement réussi à restaurer le site à la fin de ses activités. Les concepteurs affirment que cette solution permet de surveiller des surfaces immenses en un temps record, contrairement aux inventaires classiques réalisés à pied par des botanistes lents et limités géographiquement.

Manual Venceslas Prossie, expert camerounais en cartographie appliquée à la gestion durable des territoires et en télédétection, affirme à Mongabay que cette approche est scientifiquement crédible, car elle a été validée par l’Herbier national du Gabon. « La combinaison d’images satellites, de drones et d’observations de terrain est aujourd’hui l’une des meilleures méthodes pour suivre la restauration écologique. Mais, sans validation scientifique locale, une intelligence artificielle de biodiversité reste fragile. Ici, les données ont été contrôlées par des spécialistes des plantes, ce qui renforce fortement la fiabilité du modèle », souligne Prossie.

Ce dernier met toutefois en garde contre une trop grande confiance dans les intelligences artificielles. « Une intelligence artificielle ne remplace pas totalement l’expertise humaine. Les résultats dépendent de la qualité des données d’entraînement, des conditions climatiques et surtout du nombre d’espèces réellement connues dans les bases de données. En forêt tropicale, où la biodiversité est extrêmement complexe, il peut encore y avoir des erreurs d’identification. L’utilisation de l’intelligence artificielle doit toujours être combinée aux méthodes traditionnelles humaines, comme les relevés écologiques réalisés par des experts », dit Prossie.

Image de bannière : Une mine ouverte dans une forêt. Image de Elodie Toto pour Mongabay.

Une mine ouverte dans une forêt. Image de Elodie Toto pour Mongabay.

Le Kenya reboisé avec 47 460 arbres en une journée

Anne Nzouankeu 6 Mai 2026

En 24 heures, l’environnementaliste canadien Antoine Moses a mis en terre, au Kenya, « 47 460 propagules de mangroves », dans la localité de Mirarani. Moses a réalisé cet exploit avec le soutien de Kenya Forest Service, l’agence publique kényane chargée de la gestion, de la protection et de la restauration des forêts, des communautés locales et des partenaires de conservation comme Earthlungs. « Cette initiative a mis en lumière, à l’échelle mondiale, les écosystèmes de mangroves, des zones tampons côtières essentielles qui demeurent parmi les plus menacées au monde », a indiqué Kenya Forest Service dans une annonce, le 1ᵉʳ mai dernier, sur le réseau social X.

Aristide Tehou Comlan, expert béninois en aménagement et gestion des ressources naturelles, déclare à Mongabay que la plantation d’arbres est une bonne initiative pour l’atténuation des impacts du changement climatique. « Les forêts de palétuviers des mangroves sont très adaptées pour la séquestration du gaz carbonique. Ce gaz devient du carbone stocké dans l’écosystème, appelé carbone bleu. Le carbone bleu a une capacité de stockage souvent supérieure aux forêts terrestres », dit Tehou Comlan.

Toutefois, selon l’expert, pour profiter de ce carbone bleu, il faut que les plants puissent survivre jusqu’à leur maturité. « Les propagules de mangrove sont des jeunes pousses prélevées directement sur l’arbre et plantées sans passage en pépinière. Avec près de 15 ans dans l’aménagement forestier, l’expérience a montré que les taux de survie sont d’environ 90 % lorsque le plant a fait au moins un an en pépinière. Il y a beaucoup de pertes avec les jeunes plants, avec des taux de survie parfois de 25 % », souligne Tehou Comlan.

« Ces plantations sont souvent réalisées dans des bas-fonds ou des zones humides, où les phénomènes de marées hautes et basses sont fréquents. Lorsque la marée est haute, elle emporte les jeunes plants. En revanche, les plants issus de pépinière et âgés d’au moins un an résistent mieux, y compris face aux feux de brousse, contrairement aux jeunes palétuviers », précise Tehou Comlan.

L’expert béninois indique que « dans le cas de cette initiative, il faut prendre toutes les mesures contre les feux sauvages », mais aussi « craindre la marée haute qui dévaste généralement une grande partie des propagules de palétuviers ».

Selon Kenya Forest Service, le Kenya met en œuvre actuellement une stratégie nationale de reboisement incluant la plantation d’« environ 15 milliards d’arbres d’ici à 2032 », afin d’augmenter sa couverture forestière, qui est passée d’environ 12 % en 1990 à près de 6 % en 2010, avant de remonter progressivement à environ 8,83 % en 2021.

Image de bannière : Une mangrove au Kenya. Image Ordercrazy via Wikimedia Commons (Domaine public).

Une mangrove au Kenya. Image Ordercrazy via Wikimedia Commons (Domaine public).

Le Cameroun mettra fin à l’exportation des grumes de bois le 1er janvier 2028

Adrienne Engono 6 Mai 2026

À partir du 1er janvier 2028, le Cameroun ne va plus exporter des grumes de bois dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et en République démocratique du Congo (RDC).

Le ministre des Forêts et de la faune (MINFOF), Jules Doret Ndongo, dans un arrêté ministériel en date du 28 avril 2026, en conformité à la résolution prise à la réunion des ministres des Forêts des États membres de la CEMAC et celui de la RDC, le 23 février 2024, à Bangui, en République centrafricaine, a publié une liste des essences de bois à n’exploiter qu’après leur transformation.

L’arrêté du MINFOF, qui s’inscrit dans le respect des résolutions de Bangui, fait passer de 76 à 91 les essences de bois interdites à l’exportation sous forme de grumes. Dans la foulée, selon le MINFOF, on retrouve 23 essences de promotion pouvant toujours être exportées sous forme de grumes, mais avec une surtaxe à l’exportation des produits forestiers non transformés.

Christ William Dongmo Donfack, expert en aménagement des ressources forestières et fauniques, a expliqué, au téléphone à Mongabay, que la présence de certaines essences de catégorie exceptionnelle dans la liste de 91, comme l’Iroko, le Doussié rouge, le Moabi, est encourageante, parce qu’elles sont précieuses et souvent ciblées par les partenaires internationaux, qui devront désormais les transformer sur place et booster le développement local.

Sur le plan environnemental, il propose d’accompagner cette dynamique par la création des unités de transformations conformes aux normes environnementales avec un système de suivi.

Troisième levier de développement au Cameroun, le secteur forêt contribue à la création de milliers d’emplois, notamment dans la filière bois d’œuvre industrielle.

Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS) du Cameroun, ce secteur apporte 3,8 à 4% de contribution au Produit intérieur brut, et génère environ 60 milliards francs CFA, soit 100 millions USD par an.

Mais, depuis quelques années, la filière bois enregistre des baisses à l’exportation dues à la conjoncture internationale, entraînant par contrecoup une baisse de recettes.

Image de bannière : Des camions chargés de grumes de bois sur un route boueuse dans la forêt d’Eséka dans la région du Littoral (Cameroun) pendant la saison des pluies. Image de Photokadaffi via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).

Des camions chargés de grumes de bois sur un route boueuse dans la forêt d'Eséka dans la région du Littoral (Cameroun) pendant la saison des pluies. Image de Photokadaffi via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).

Cameroun : L’élevage de poulets de chair pour protéger le Parc national de Boumba Bek

Léonel Balla 5 Mai 2026

La formation en élevage de poulets de chair contribue à limiter la destruction des forêts du Parc national de Boumba Bek, situé dans la région de l’Est du Cameroun.

Selon les responsables de Action for Sustainable Development (ASD), une ONG camerounaise spécialisée dans la protection de l’environnement, et à l’initiative de la formation, l’élevage des poulets s’est révélé comme une alternative pour limiter la dégradation des forêts de ce parc d’une superficie d’environ 280 000 hectares.

Les constats de l’ONG ont montré une importante perte du couvert forestier autour du parc et l’expansion des activités liées au braconnage.

En se rapprochant des communautés Bakas de Yokadouma, vivant autour de ce parc, pour comprendre les raisons pour lesquelles elles s’adonnent au braconnage et coupent les arbres, l’ONG s’est rendue compte que ces communautés n’ont pas assez d’activités génératrices de revenus et considèrent la forêt comme leur seule ressource. « Quel que soit leur problème, elles se tournent directement vers la forêt. Si un membre de la communauté a un besoin, il entre dans la forêt pour couper les arbres, chasser des animaux, vendre et résoudre son problème », souligne Géneviève Ndjiki, coordinatrice nationale de ASD.

De plus, poursuit Ndjiki, les femmes en particulier éprouvent d’énormes difficultés pour accéder aux sources de protéines alternatives. « Pour se procurer du poisson ou du poulet, il faut attendre les commerçants ambulants venant de Yokadouma ou de Bertoua, parcourant parfois entre 100 et 375 kilomètres. Résultat : des produits rares, irréguliers et surtout très coûteux. Face à cette situation, la viande de brousse devient souvent la solution la plus accessible, malgré ses impacts sur la faune et la conservation ».

Aminata Sylla, la trentaine, présidente de l’Association pour le développement des Bakas de Yokadouma (ADEBAY), a, avec d’autres membres, bénéficié de cette formation dispensée principalement aux populations des villages Ngatto-Nouveau, Yokadouma et des autres villages environnants dans l’Est du Cameroun.

Pendant plusieurs jours, les participants ont reçu des notions nécessaires pour pratiquer l’élevage de poulets de chair. Au terme de la formation, un kit complet d’élevage leur a été remis pour faciliter le démarrage de leurs activités.

Ndjiki se félicite de leur engagement pour cette initiative visant à les aider à créer d’autres sources de revenus pour que leur survie ne dépende plus jamais des ressources du parc.

« Cette initiative intègre également un aspect psychologique. En effet, nous les avons entretenus sur les notions d’espèce protégée et de protection de l’environnement. Nous leur avons présenté l’importance de ces notions, afin qu’elles sachent que le parc est un véritable trésor de biodiversité, dont elles doivent choyer et protéger les ressources », souligne Ndjiki.

Image de bannière : L’un des poulaillers construits par les participants de Ngatto-Nouveau au Cameroun. Image de Léonel Balla.

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