- Les énergies sont mixées, pour le fonctionnement des ménages, dans un contexte d’instabilité et de non-fiabilité de leurs sources.
- C’est le constat qu’a fait Mongabay, en République démocratique du Congo. A Lubumbashi et à Kolwezi, par exemple, certains ménages mixent jusqu’à cinq sources d’énergies.
- Mais au sommet de ce mix, trône le makala, charbon de bois en lingala et en swahili, connu comme l’un des moteurs de la dégradation des forêts autour des grandes villes congolaises.
Le 1er septembre 2026, jour de la rentrée des classes en République démocratique du Congo (RDC), Béatrice Feza, la trentaine, s’est levée à 5 heures du matin. Elle a allumé le gaz pour préparer le petit déjeuner à ses deux garçons. Rapidement, elle a amené les enfants à l’école. Pour elle, le gaz est pratique pour chauffer l’eau ou pour des repas rapides. « Au lieu d’attendre 20 à 30 minutes pour allumer le brasero. Avec le gaz, même lorsque je me réveille en retard, je m’en sors bien », explique-t-elle.
De retour à la maison, vers 7 heures du matin, Feza allume un générateur électrique et remplit sa citerne d’eau. « Après les travaux d’hier soir et de ce matin, j’espérais que la Société nationale d’électricité allait nous rétablir l’électricité, cette nuit, pour faire tourner la pompe. Le système solaire que nous utilisons peut le faire. Mais la pompe consomme beaucoup d’énergie et pourrait endommager le système. J’ai recours donc au groupe électrogène pour ça », explique la jeune mère.
Plus tard, vers midi, Feza allume le charbon de bois sur un brasero, un dispositif métallique de 20 cm de diamètre. Elle l’allume deux à trois fois par jour. C’est sa principale source d’énergie. « Les foyers améliorés changent peu les habitudes : on continue à cuisiner avec le makala. Mais ils permettent d’utiliser moins de makala et d’avoir une cuisson rapide », explique à Mongabay au téléphone, Jean-Pierre Kayembe, directeur général d’Halt-Bank, une institution financière engagée dans la promotion du crédit carbone communautaire.
Le charbon de bois et l’électricité s’alternent quand c’est possible
Le charbon de bois constitue la principale source d’énergie pour la majorité des ménages de Lubumbashi, de Kinshasa, de Goma ou de Kisangani en RDC. Cette source d’énergie s’impose depuis plusieurs décennies, alors que seulement moins de 25 % de la population a accès à l’électricité.
Pour faire face à ce déficit, l’essentiel de l’électricité produit depuis le barrage d’Inga, dans le sud-ouest du pays, étant consommée essentiellement dans l’industrie minière dans le sud-ouest, plusieurs foyers mixent leurs énergies.
Journaliste et responsable de La Guardia Magazine, un média congolais en ligne, Godelive Nyemba vit dans un quartier de Lubumbashi où l’électricité est prépayée sur le réseau de la SNEL. Mais elle n’a l’électricité que trois à quatre matins sur sept, alors qu’elle doit cuisiner et effectuer d’autres tâches ménagères avant de s’occuper des tâches professionnelles. Elle a alors recourt au makala, disponible lorsqu’elle en a besoin.
Selon Nyemba, le choix de l’énergie dépend des usages recherchés. Pour prépare le haricot, par exemple, elle préfère l’électricité, alors que lorsqu’elle veut du poisson braisé, elle allume le brasero. Lorsqu’elle a du courant, elle en profite pour repasser les habits, alors que le solaire ne lui sert que ’pour l’éclairage, utilisant ainsi des lampes rechargeables durant le jour. Le mix énergétique que pratiquent plusieurs ménages, selon elle, relève donc de la nécessité. « Il y a un besoin qui n’est pas comblé, et chaque famille trouve les moyens de pouvoir combler ses besoins à sa manière. […] Ce n’est pas seulement une question d’aisance, c’est une question de survie », explique Nyemba.

Mixer ses énergies ou ses défis énergétiques ?
Les mix énergétiques semblent être dictés par le degré de déficit énergétique que subissent les utilisateurs. Dans les villes toujours en extension comme Kinshasa et Lubumbashi, les nouveaux quartiers tirent des lignes électriques sur le réseau national (SNEL) qui n’en produit pas suffisamment, et pendant que les vieux quartiers n’en ont pas en permanence ou de bonne qualité. Les ménages multiplient alors des sources énergétiques, parce qu’aucune ne satisfait durablement l’ensemble de leurs besoins, explique Germain Mukalay, ingénieur électricien et responsable de la société TAT, qui propose des centrales solaires aux ménages à Lubumbashi.
« Avec notre réseau SNEL, que vous ayez l’énergie ou pas, vous aurez des délestages, vous aurez des déficits énergétiques. Même si vous avez l’énergie, c’est tellement peu que vous ne pourrez pas utiliser certains appareils », poursuit Mukalay.
Recourir à diverses sources énergétiques devient alors inévitable pour ceux qui le peuvent, selon Kayembe. « On ne peut pas se fier à une seule source d’énergie, parce qu’aucune d’elles n’est sûre. […] C’est ce qui amène le ménage à utiliser tantôt telle source, tantôt telle autre, selon sa disponibilité », explique-t-il au téléphone à Mongabay.
Mukalay et Kayembe et bien d’autres personnes interrogées indiquent qu’il faut mixer parfois jusqu’à cinq sources d’énergies pour trouver son équilibre. Ce qui a un coût parfois élevé. A Kolwezi, par exemple, Chris Kasong a résolu de remplacer sensiblement le charbon de bois par du gaz liquéfié. Deux bombonnes attendent toujours dans la maison. Or, il arrive couramment, à Kolwezi comme à Lubumbashi, que le gaz vienne à manquer chez les fournisseurs durant plusieurs jours.
« Je prendrai le solaire pour une simple raison : l’économie à long terme, et le fait que l’énergie solaire ne dépend que de moi. La gestion, la maintenance, tout cela dépend du propriétaire de cette source », dit Mukalay.
Mais pour la solution solaire, le coût est encore peu accessible. Il faut débourser au moins 3 500 USD pour un système stable, encore qu’il n’est pas suffisant pour des applications lourdes comme le pompage d’eau. Et c’est là que le makala s’impose, non pas en tant que meilleure solution, souligne Mukalay, mais comme un produit culturel. Mais une faiblesse de ce produit, selon Mukalay, est qu’en plus d’une cuisine lente, il amplifie la disparition des forêts.

Construire une transition énergétique par le bas
Dans le cadre de la transition énergétique, le mix énergétique concerne l’usage de différentes sources d’énergie, dans le but de réduire une forte consommation des sources moins écologiques. Ce processus implique, dans bien des cas, des politiques publiques à l’échelle des Etats ou des collectivités. Dans le cadre des pratiques domestiques en RDC, Jean-Pierre Kayembe suggère de prendre en considération les solutions locales. Selon lui, impliquer les populations permet de ne pas limiter la transition énergétique aux seules inventions technologiques.
Alors que ni le gaz, ni le bois/charbon, ni les groupes électrogènes, ni le solaire n’offrent des garanties de disponibilité ou d’accessibilité rassurantes, le mix énergétique apparaît comme une quête de sécurité domestique, selon Kayembe. « Comme c’est difficile, il faut combiner une, deux, trois, voire quatre sources, parce que si l’une n’est plus disponible, j’ai recours à l’autre pour satisfaire mes besoins », explique Mukalay.
Si le prix des sources d’énergie ou d’électricité n’est pas déterminant dans les pratiques énergétiques, les gens recourent souvent à ce qu’ils ont l’habitude d’utiliser comme énergie. Ils s’attachent aux sources fiables et disponibles. Dans ce cas, selon Kayembe, la persistance du charbon de bois, par exemple, dépend des conditions matérielles qui permettent ou empêchent de changer de source. Il suffirait alors d’agir sur ces facteurs et de baisser, par exemple, la demande de makala.
Les adaptations individuelles et non coordonnées, en termes de mix énergétiques domestiques, selon Kayembe, ne peuvent devenir une transition durable que lorsque les ménages sont associés, au niveau des politiques publiques, à l’analyse des problèmes et à la construction des solutions.
Image de bannière : Des sacs de makala (charbon de bois) sud un site de fabrication sur la route Busanga, à une centaine de kilomètres de Kolwezi dans le Lualaba, en RDC. Image de Didier Makal.
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