- En République démocratique du Congo, plusieurs opérations anti-trafic, menées ces dernières semaines, dans plusieurs provinces, ont abouti à la saisie de produits issus du braconnage d’animaux sauvages, dont une peau de lion à Butembo, 60 kilogrammes d’ivoire à Kolwezi et une cargaison de viande boucanée à Ubundu dans la province de la Tshopo.
- Ces opérations interviennent alors que la RDC fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola. Au 26 août 2026, le pays comptait 5 794 cas confirmés, dont 2 786 décès.
- Selon les spécialistes, la pauvreté, le chômage et le manque d’alternatives économiques alimentent la pression sur la faune.
- Pour les acteurs de la conservation, la lutte contre le trafic des espèces fauniques passe par un meilleur contrôle du trafic, l’application de la réglementation, des alternatives économiques pour les communautés dépendantes et un renforcement de la surveillance sanitaire.
L’organisation Congo Conserv a annoncé la saisie de 60 kilogrammes d’ivoire à Kolwezi, dans la province du Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), lors d’une opération menée le 26 août 2026. Dans un communiqué publié sur son compte facebook, cette organisation, engagée dans la lutte contre le trafic illégal des espèces sauvages en RDC, indique que deux suspects présumés impliqués dans le transport et la commercialisation de l’ivoire ont également été interpellés par la police nationale congolaise, lors de cette opération de collecte de renseignements, d’enquêtes de terrain et d’identification progressive des itinéraires et des acteurs impliqués dans le trafic.
« Les premières déclarations recueillies auprès des suspects indiquent que l’ivoire pourrait provenir de l’Angola et être entré en RDC par un poste-frontière avant d’être acheminé vers Kolwezi. Ces déclarations doivent encore être vérifiées et faire l’objet d’investigations complémentaires », précise l’organisation.
À Butembo, dans la province du Nord-Kivu, une opération, menée le 24 août dernier contre le trafic d’espèces sauvages, a permis de récupérer une peau de lion, selon toujours Congo Conserv. « La récupération d’un spécimen issu du trafic ne constitue qu’une partie de la réponse. L’identification des individus, des facilitateurs et des réseaux impliqués demeure essentielle », souligne Conserv Congo dans une note d’information sur sa page facebook.
Cette saisie intervient une semaine environ après l’abattage d’un lion, dans la nuit du 19 août, entre les villages d’Odumbe et de Ndjedi, dans le territoire de Katako-Kombe, dans la province du Sankuru située dans la partie centrale du pays. Selon Christophe Akongo, secrétaire général de l’ONG Action pour la promotion et la protection des peuples autochtones et des ressources naturelles (APPACOL-PRN), cet incident s’inscrit dans un contexte marqué par la persistance de la chasse illégale, du commerce et du trafic d’animaux sauvages. « Nous alertons chaque jour pour qu’on appréhende les trafiquants. Il y a l’abattage des espèces sauvages, leur commercialisation, mais aussi le trafic illégal qui nous échappe. Nous n’avons pas le pouvoir d’arrêter les malfrats. Le Sankuru est actuellement l’épicentre de l’abattage d’espèces sauvages. Au-delà du lion abattu, les bonobos sont également massacrés », a-t-il déclaré au téléphone à Mongabay.
Akongo souligne aussi les difficultés liées à la prise en charge des animaux saisis. « La province du Sankuru est au milieu de deux parcs nationaux : le Parc national de la Salonga et le Parc de la Lomami. […] Pour la plupart des gens, voir un animal signifie le tuer, le manger ou le vendre. La question de la conservation pose donc problème », explique-t-il.
Selon lui, son organisation ne dispose pas encore d’un centre de réhabilitation ou d’un sanctuaire. Après les saisies effectuées par les autorités compétentes, l’organisation accueille temporairement certains animaux dans ses locaux avant d’organiser, en collaboration avec le ministère de l’Environnement, leur transfert vers des sanctuaires appropriés. « Récemment, nous avons envoyé trois mangabeys dorés et un cercopithèque ascagne », précise-t-il.

Une pression accrue dans un contexte d’Ebola
Ces saisies et ces cas de braconnage surviennent alors que la RDC fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola prenant de l’ampleur dans le pays. L’abattage illicite d’un crocodile dans la Tshopo, une province touchée par la maladie à virus Ebola, constitue un autre cas récent de pression exercée sur la faune sauvage. L’épidémie s’est étendue à six provinces et 60 zones de santé dans la partie orientale du pays. Au 26 août 2026, la RDC recensait 5 794 cas confirmés, dont 2 786 décès et 1 293 guéris. Deux nouvelles zones de santé, Biena et Manguredjipa, ont été touchées au Nord-Kivu. La vaccination avec le vaccin Ervebo a également débuté dans la zone de santé de Buta, dans la province du Bas-Uélé.
Au Sankuru, par exemple, la situation du braconnage et de la consommation de la viande de brousse inquiète, alors qu’une flambée des cas d’Ebola menace sa partie orientale. Christophe Akongo pense que la mobilisation et la sensibilisation restent l’unique stratégie, bien que peu efficace. « Nous sommes dans la forêt équatoriale et, à tout moment, nous faisons face à des zoonoses. Nous menons des actions de sensibilisation et accompagnons les peuples autochtones pygmées et les communautés locales dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité sanitaire, mais cela ne suffit pas », dit-il. « Nous avons besoin d’un accompagnement technique. Nous ne sommes pas suffisamment appuyés pour éradiquer le problème du braconnage. L’abattage, le braconnage et le trafic illégal d’espèces sauvages nous inquiètent particulièrement pendant cette période. Pour l’instant, nous nous limitons à la sensibilisation. Les commerçants ambulants et d’autres acteurs continuent leurs activités illégales », précise-t-il.
Il n’existe toutefois pas, à ce stade, de données permettant d’établir que le braconnage ou le trafic d’espèces sauvages sont à l’origine de l’épidémie actuelle. La manipulation d’animaux morts ou malades, la chasse et certaines pratiques liées à la viande de brousse peuvent constituer des situations d’exposition à des agents zoonotiques. Pour les acteurs de la conservation, cette réalité plaide pour une approche intégrant la santé humaine, la santé animale et la protection de la biodiversité.

En Tshopo, un crocodile tué malgré l’intervention des autorités
Le 27 août dernier, au secteur de Walengola Lowa, dans le territoire d’Ubundu, dans la province de la Tshopo située à l’est du pays, les autorités environnementales ont également dénoncé l’abattage illicite d’un crocodile. Dans une dépêche publiée par l’Agence congolaise de presse, Djey Amisi, superviseur territorial de l’Environnement à Ubundu, l’animal aurait été capturé alors qu’un homme pratiquait la pêche. Une cargaison de viande boucanée, en provenance du PK 147 et destinée à Kisangani, a été saisie au poste de contrôle du PK 122, sur la RN4, dans le territoire d’Ubundu, par les agents de la Supervision territoriale de l’environnement.
Selon la direction du Parc national de l’Upemba, deux hommes ont volontairement remis deux pangolins vivants aux équipes du parc, au lieu de les vendre ou de les consommer. Les animaux, considérés comme des espèces intégralement protégées, ont été examinés par l’équipe de biomonitoring avant leur relâchement dans leur milieu naturel. Pour Faustin Kambale Mahamba, conservateur et responsable du Département de conservation communautaire du parc, cet acte fait suite aux séances de sensibilisation menées en juin, et témoigne d’une évolution dans la perception de la faune par certaines populations riveraines. « Le geste de deux habitants du village de Kibula illustre le rôle que peuvent jouer les communautés locales dans la protection des espèces menacées. Le fait que la communauté de Kibula nous les ait remis vivants prouve que le message de sensibilisation passe », a souligné le Parc d’Upemba dans une note d’information publiée sur son site web officiel.
Akongo propose notamment de renforcer la surveillance communautaire, de développer des activités alternatives et de mieux associer les populations locales aux efforts de conservation.
« Nous encourageons la mise en place d’une surveillance communautaire faune-santé. Dans chaque territoire, où la chasse est importante, nous comptons former des relais communautaires capables de signaler les animaux retrouvés morts ou malades, d’alerter sur les cas d’abattage, ainsi que sur les personnes présentant des symptômes après un contact avec la faune. Ces informations seront transmises simultanément aux services de santé et de l’environnement, plutôt que de travailler séparément », explique-t-il.
Il préconise également le développement d’activités alternatives, notamment l’élevage, la pisciculture et d’autres activités génératrices de revenus, afin de réduire la dépendance des communautés à la viande de brousse et, par conséquent, la pression exercée sur la faune. « Il faut offrir des activités alternatives aux communautés. La répression seule ne suffira pas dans les zones où la chasse constitue l’unique source de protéines. Il faut promouvoir l’élevage familial, la pisciculture, l’apiculture et la valorisation durable des produits forestiers non ligneux. Il est indispensable de renforcer la conservation communautaire et de poursuivre la création d’aires protégées au Sankuru », dit-il.
Image de bannière : Animaux sauvages braconnés dans la province du Sankuru, en République démocratique du Congo. Image de APPACOL-PRN fournie par Christophe Akongo avec son aimable autorisation.
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