- S’il est vrai que des progrès sont visibles en Afrique, des lacunes persistent aussi dans la connaissance des risques, la prévision, la diffusion des alertes et l’action jusqu’au dernier kilomètre concernant les systèmes d’alerte face aux chocs climatiques.
- Selon Mashauri Muliro, représentant du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques et catastrophes en Afrique de l’Ouest, les populations doivent être placées au centre des Systèmes d’alerte précoce et bénéficier des technologies jusqu’au dernier kilomètre.
- En prélude à la COP31 en Turquie, Mashauri Muliro appelle les pays africains à renforcer leur plaidoyer pour un financement conséquent du mécanisme de financement des pertes et dommages, tout en maintenant la dynamique de l’initiative « Alerte précoce pour tous » au-delà de 2027, en dépit des lacunes persistantes.
Quelques heures après la clôture du Forum africain « Alerte précoce pour tous », organisé par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes, l’Organisation météorologique mondiale, l’Union internationale des télécommunications et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en partenariat avec la Commission de l’Union africaine, du 2 au 4 septembre 2026, à Addis-Abeba, en Éthiopie, Mongabay s’est entretenu avec Mashauri Muliro, représentant du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR) en Afrique de l’Ouest.
Alors que les pays africains renforcent leurs systèmes d’alerte face aux inondations, aux sécheresses et aux autres risques climatiques, il revient dans cet entretien sur les principales faiblesses de la chaîne d’alerte, l’importance du dernier kilomètre et le rôle des communautés. Il insiste également sur la nécessité de maintenir les efforts engagés au-delà de 2027.

Mongabay : Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, les inondations, les sécheresses et les épisodes de chaleur affectent les communautés, les agriculteurs, les pêcheurs et les écosystèmes. Où se situe le principal maillon faible des Systèmes d’alerte précoce, notamment dans la production de l’information ?
Mashauri Muliro : Je pense que le principal maillon faible doit être analysé sur l’ensemble de la chaîne du Système d’alerte précoce. Il y a d’abord la connaissance des risques. Nous n’avons pas toujours des cartographies actualisées des zones les plus affectées. Nous n’avons pas, non plus, une connaissance suffisamment complète du niveau d’exposition et de la vulnérabilité des populations.
Il reste donc beaucoup à faire sur ce premier pilier, qui consiste à disposer d’une bonne connaissance des risques.
Nous rencontrons également des difficultés dans la partie « détection et prévision », notamment parce que nous ne disposons pas toujours de données suffisamment fiables.
Il y a ensuite la question de la dissémination et de la communication : comment faire en sorte que les informations atteignent effectivement les populations, jusqu’au dernier kilomètre ? Cela concerne particulièrement les zones rurales. Enfin, il faut pouvoir anticiper et répondre à temps.
À travers l’initiative « Alerte précoce pour tous », il y a toutefois de grandes avancées. Depuis son lancement en 2022, nous constatons des progrès considérables dans la mise en place des Systèmes d’alerte précoce. Mais il faut reconnaître qu’il existe encore des lacunes.
Mongabay : Comment intégrer les connaissances et les observations des communautés vivant au contact des forêts dans les Systèmes d’alerte précoce, afin qu’elles deviennent de véritables actrices du dispositif ?
Mashauri Muliro : Il faut savoir qu’un Système d’alerte précoce n’est efficace que s’il est centré sur les personnes. Nous devons donc toujours veiller à ce que l’information puisse atteindre les derniers kilomètres, là où vivent les populations.
Les communautés vivant à proximité des forêts font partie des groupes, que nous considérons comme particulièrement exposés, mais aussi comme étant parmi les plus éloignés des Systèmes d’alerte précoce.
Il est donc très important de développer des mécanismes permettant de les atteindre, notamment grâce à une bonne couverture téléphonique et à différents moyens de communication et de diffusion.
Un autre élément doit être pris en considération, à savoir que nous ne devons pas considérer ces populations uniquement comme des victimes. Il faut les voir comme des acteurs qui prennent des décisions, ayant des opinions et qui contribuent de manière significative aux chaînes de valeur.
Pour bien contextualiser un Système d’alerte précoce centré sur les personnes, il faut donc considérer la population, non pas comme une victime, mais comme un véritable acteur.

Mongabay : On parle beaucoup aujourd’hui de satellites, d’intelligence artificielle et de données météorologiques pour anticiper les catastrophes. Comment faire pour que ces innovations atteignent réellement les derniers kilomètres, notamment les communautés les plus éloignées ?
Mashauri Muliro : Comme je l’ai indiqué, il existe encore un défi au niveau de la dissémination et de la communication.
Pour assurer une bonne couverture, nous devons adopter une approche multicanale. Cela signifie qu’il faut utiliser tous les moyens de dissémination disponibles.
Par exemple, la diffusion cellulaire constitue l’un des moyens les plus efficaces pour atteindre les populations du dernier kilomètre. Mais nous devons également utiliser d’autres méthodes, notamment les connaissances locales et les leaders d’opinion au sein des communautés.
L’objectif est d’atteindre tout le monde, partout, dans tous les coins et recoins.
Mongabay : La dégradation des forêts, des zones humides et d’autres écosystèmes peut-elle aggraver les risques d’inondation, de sécheresse ou d’érosion ? Dans quelle mesure leur protection et leur restauration doivent-elles faire partie des stratégies de réduction des risques de catastrophe ?
Mashauri Muliro : La dégradation des forêts contribue à de nombreuses catastrophes. Lorsqu’on parle des inondations, il existe un lien direct entre la dégradation des forêts et ces phénomènes, notamment parce que les forêts jouent un rôle important dans l’absorption de l’eau.
Il faut également considérer cette question dans le contexte du changement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre sont étroitement liées à la dégradation des forêts, qui contribue elle-même au changement climatique et à ses effets, notamment les inondations et les sécheresses.
Une bonne gestion des risques de catastrophe doit donc inclure des mesures et des approches visant à réduire la dégradation des forêts.
La lutte contre cette dégradation fait ainsi partie des approches permettant à la fois d’atténuer le changement climatique et de réduire certains des facteurs aggravant les inondations, les sécheresses et d’autres risques.

Eboulement sur la Route nationale 1 entre Libreville et Lambaréné au Gabon. Image de Ultima Cogito via Wikimedia Commons.Mongabay : Du 9 au 20 novembre prochain, se tiendra la COP31 en Turquie. À l’approche de cette conférence, quels sont, selon vous, les principaux enjeux et préparatifs pour les pays africains, notamment en matière de financement de l’adaptation au changement climatique ?
Mashauri Muliro : Par rapport aux discussions autour de la COP, un élément qui ressort particulièrement concerne le mécanisme de financement des pertes et dommages. C’est une question qui est discutée depuis longtemps, et nous avons été heureux de voir qu’elle est désormais passée du stade des discussions à celui de la mise en œuvre du mécanisme.
Une première fenêtre d’appel à propositions, pour le développement de projets liés au mécanisme de financement des pertes et dommages, a été lancée, et plusieurs pays ont pu soumettre des projets.
Ce qui est important, notamment dans les discussions autour de la COP, c’est de voir comment les pays africains vont négocier, discuter et plaider pour renforcer ce mécanisme de financement constituant l’un des mécanismes les plus utiles pour couvrir les pertes et dommages.
Il est également important de souligner que ce mécanisme ne concerne pas uniquement la réponse aux catastrophes. Il prend en compte l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la connaissance des risques jusqu’à l’intervention.
Il est donc important de poursuivre le plaidoyer et de défendre un financement conséquent de ce mécanisme.
Mongabay : Quel est votre mot de fin à l’issue de cet entretien et de ce forum consacré aux Systèmes d’alerte précoce, en Afrique ?
Mashauri Muliro : Nous avons eu de très bonnes discussions au cours de ce forum consacré aux Systèmes d’alerte précoce, en Afrique.
Ce qui est important aujourd’hui, c’est de réfléchir à la suite du mécanisme. Il faut se rappeler qu’il a été planifié avec l’objectif d’assurer une couverture globale des Systèmes d’alerte précoce, jusqu’en 2027. Or, nous nous rapprochons de cette échéance.
Les pays africains doivent donc réfléchir à leur positionnement et peut-être plaider pour la continuité des activités, car il y a eu des avancées, mais il existe encore des lacunes qu’il faut combler. Je pense qu’en 2027, nous n’aurons pas atteint une couverture globale. Mais une dynamique est déjà engagée, et il faut désormais réfléchir à la manière de la maintenir.
Image de bannière : Eboulement sur la Route nationale 1 entre Libreville et Lambaréné au Gabon. Image de Ultima Cogito via Wikimedia Commons.