- Un rapport révèle queles pays les plus vulnérables au changement climatique consacrent une part importante de leurs ressources au remboursement de leur dette.
- 65 pays vulnérables au changement climatique consacrent près de 65 % de leurs recettes nationales au service de la dette, et dépensent près de 225 fois plus pour son remboursement que pour l’action climatique.
- Les remboursements des dettes prévus au Sénégal représentent plus de 600 fois les dépenses consacrées à l’action climatique.
Selon un rapport, les pays les plus vulnérables au changement climatique consacrent une part importante de leurs ressources au remboursement de leur dette, au détriment des dépenses consacrées à l’action climatique.
Emanant de ActionAid International, une organisation basée en Afrique du Sud, oeuvrant pour éradiquer la pauvreté et l’injustice dans le monde, le document indique que 65 pays vulnérables au changement climatique consacrent près de 65 % de leurs recettes nationales au service de la dette, et dépensent près de 225 fois plus pour son remboursement que pour l’action climatique.
Cette pression financière pourrait compliquer les efforts de protection des ressources naturelles et des écosystèmes dans les pays forestiers du Sud.
« Les pays du Sud paient environ 225 fois plus en remboursements de dettes qu’ils ne reçoivent de financements climatiques sous forme de subventions : 8 800 milliards de dollars de remboursements en 2026, contre 39 milliards de dollars de subventions climatiques en 2024, selon les dernières estimations. 93, 5 % des pays les plus vulnérables au changement climatique sont en situation de surendettement ou courent un risque important de l’être », indique le rapport.
ActionAid estime que cette situation crée un cercle vicieux entre dette et crise climatique. Selon l’organisation, la nécessité de générer des revenus pour rembourser les créanciers peut pousser certains États à privilégier des activités économiques fortement dépendantes des ressources naturelles, notamment l’exploitation des combustibles fossiles et certaines productions agricoles destinées à l’exportation. Le rapport affirme que ces flux financiers peuvent ainsi contribuer à accroître les pressions exercées sur l’environnement.

Au Sénégal, l’étude souligne l’ampleur de la pression exercée par le service de la dette sur les finances publiques. ActionAid estime que les remboursements prévus représentent plus de 600 fois les dépenses consacrées à l’action climatique.
« Derrière ces chiffres, se cachent des choix impossibles entre le service de la dette et l’investissement dans l’agroécologie, les services publics et la résilience climatique. Les femmes et les filles, qui subissent de plein fouet les impacts du changement climatique, sont alors touchées de manière disproportionnée par les coupes budgétaires dans les services publics, alors même qu’elles sont à la pointe des solutions pour un avenir plus resilient », révèle le rapport rendu publique le 16 septembre dernier.
Arthur Larok, secrétaire général d’ActionAid International, précise que les crises de la dette et du climat sont étroitement liées. L’organisation considère qu’une réduction du poids de la dette pourrait permettre aux États de dégager davantage de ressources pour l’adaptation climatique et les services publics.
« Trop longtemps, les crises de la dette et du climat ont été traitées séparément. Cette étude révèle à quel point elles sont étroitement liées, et quantifie le coût dévastateur qu’elles engendrent », indique le rapport.
Elle recommande notamment l’annulation des dettes jugées « impayables ou injustes » pour les pays consacrant plus de 10 % de leurs recettes au remboursement de leur dette extérieure. Aussi, appelle-t-elle à instaurer une suspension automatique du service de la dette pour les pays frappés par des catastrophes climatiques, et à créer une convention-cadre des Nations unies sur la dette souveraine.
Interrogé, Maneno Ndavugha Kakule, directeur général du Clean Development Action for Planet (CDAP), un cabinet specialisé dans la réalisation d’études d’impact environnemental et social, basé au Nord-Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), estime que le véritable défi n’est pas seulement de trouver plus d’argent pour protéger les forêts, mais de changer la nature du financement ».
Pour Ndavugha, qui s’est confié à Mongabay au telephone, « un pays qui protège une forêt d’importance mondiale ne devrait pas être obligé de s’endetter davantage pour le faire; la forêt doit cesser d’être considérée uniquement comme une ressource à exploiter, et devenir aussi une source de revenus lorsqu’elle est conservée ».
Image de bannière: Sécheresse dans le nord du Yobe au Nigeria. Image de via Wikimedia Commons.