- De nombreux experts appellent l’Afrique à mettre l’agriculture au centre de son adaptation climatique.
- Selon le Global Center for adaptation, seulement 25 % du financement de l'adaptation climatique en Afrique est principalement orienté vers l'agriculture.
- Un ancien haut responsable africain aux négociations climatiques estime que l’Afrique passera à côté de son adaptation climatique, sans l’agriculture.
Selon le professeur George Manful, conseiller au groupe des négociateurs africains sur le climat en marge du Forum africain sur l’agri Food, qui s’est tenu du 1er au 4 septembre dans la capitale rwandaise, les pays africains devraient miser sur l’agriculture comme levier pour l’adaptation au changement climatique.
Il a expliqué, lors d’un entretien avec Mongabay, que le continent africain n’atteindra jamais son pic en matière d’adaptation climatique, tant qu’il n’est pas en mesure de valoriser les petits et grands fermiers en vue de l’autosuffisance alimentaire.
« Il est essentiel que les cultures et les systèmes alimentaires africains s’adaptent au changement climatique, car l’agriculture et l’adaptation climatique vont de pair dans les débats actuels », a-t-il dit à Mongabay.
Selon Global Center on adaptation, le financement de l’adaptation climatique en Afrique est principalement orienté vers l’agriculture (25 %), mais sa mise en œuvre à grande échelle est freinée par la fragmentation des marchés et le manque d’alignement des priorités des entreprises.
Le professeur Manful révèle que l’investissement des 25 % du financement de l’adaptation climatique dans l’agriculture est insuffisant au regard des importants besoins au niveau la filière alimentaire africaine. Celle-ci ayant été victime, ces dernières décennies, des effets du changement climatique, avec notamment la sécheresse réduisant les récoltes, les inondations isolant les marchés, le coût élevé de l’énergie compromettant le stockage frigorifique et des mesures commerciales mal conçues faisant grimper les prix.
Pour lui, les plans nationaux, les sommets africains et les négociations climatiques de l’ONU donnent lieu à de nombreux engagements, mais l’agriculture semble délaissée, alors qu’elle est un tremplin essentiel sur lequel le continent doit miser pour sa prospérité.
« Le travail de Charm el-Cheikh sur la mise en œuvre de l’action climatique dans l’agriculture et la sécurité alimentaire devrait être capitalisé », dit le prof Manful.

David Michael Terungwa, fondateur du Global Initiative for Food Security and Ecosystem Preservation, croit que la question des pertes et dommages nécessite également des explications claires.
« L’Afrique consacre une part plus importante de son financement climatique à l’adaptation que toute autre région, mais les niveaux de financement en valeur absolue restent largement insuffisants pour protéger les systèmes agroalimentaires », souligne-t-il à Mongabay.
« Des pays pollueurs devraient rendre des comptes, notamment en mobilisant des ressources financières et technologiques importantes pour l’agriculture ici en Afrique. Lorsque des terres sont emportées par les eaux ou que du bétail est perdu, le soutien doit être apporté en temps opportun, être équitable et accessible », ajoute-t-il.
Il se dit « sidéré » que la moitié des financements allouées à l’adaptation climatique soit en forme de prêts et de dettes ; ce qui, selon lui, hypothèque les possibilités africaines en termes d’agriculture.
Il estime que dans les débats sur l’agriculture et le système alimentaire, les nations africaines devraient se focaliser sur la souveraineté alimentaire, pas sur la sécurité alimentaire.
« Le financement de l’adaptation est principalement orienté vers l’agriculture (27 %), mais sa mise en œuvre à grande échelle est freinée par la fragmentation des marchés et le manque d’alignement des priorités des entreprises », précise Dr Terungwa.

Jean-Jacques Muhinda, directeur régional Afrique de l’est et australe de Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), reconnaît cependant qu’il est impossible de parler de l’adaptation climatique en Afrique sans évoquer l’agriculture.
« Les systèmes agroalimentaires et agricoles africains devraient se développer, afin que les petits exploitants agricoles puissent renforcer leur résilience face aux chocs climatiques, avec notamment l’accès aux finances, aux technologies et au savoir », dit-il à Mongabay.
Selon la Banque africaine de développement (BAD), environ plus de 60 % des terres cultivables non encore exploitées de la planète se trouvent en Afrique, mais le continent africain demeure l’exportateur net des produits alimentaires.
Frederick Otieno de Power Shift Africa, un think-tank basé au Kenya, estime que le fait de miser sur l’agriculture, en tant que secteur d’adaptation au changement climatique et de résilience, apporte de nombreux avantages aux agriculteurs et aux communautés qui tirent leurs revenus et leur alimentation des productions agricoles.
« Des mesures telles que la collecte de l’eau, l’irrigation et l’agriculture de conservation contribuent non seulement à protéger les moyens de subsistance, mais permettent également aux sociétés de mieux résister aux effets du changement climatique », dit-il à Mongabay.
Image de bannière : Cultivateur en territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Image de Prosper Heri Ngorora pour Mongabay.