- Le gouvernement ivoirien espère voir la Côte d’Ivoire devenir “leader en matière d’intelligence artificielle”.
- Le secteur agricole est une priorité du gouvernement de Côte d’Ivoire, en matière d’intelligence artificielle.
- Des défis demeurent, quant à la question de l’inclusion, tant au niveau du besoin de développer des modèles accessibles à tous, dans diverses langues, que des besoins en équipement technologique.
A la conférence Vivatech de juin 2026, qui s’est déroulée à Paris, en France, le stand de Côte d’Ivoire était animé par une délégation composée d’une trentaine de représentants de la tech, de start-ups, ainsi que de dix PME. Les acteurs d’un écosystème présents pour tenter de nouer des partenariats techniques et financiers dans l’objectif d’accélérer le développement économique de ces entreprises.
Le gouvernement ivoirien y était représenté par Stéphane Coulibaly, directeur de l’Innovation, des start-up et du secteur privé au ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique. Stéphane Coulibaly œuvre dans une direction ministérielle qui englobe trois sous-directions : l’innovation technologique et les technologies émergentes (comprenant l’intelligence artificielle), le développement des compétences et de l’inclusion numérique, ainsi que les start-up et l’entrepreneuriat technologique.
Lors d’un échange sans langue de bois, Mongabay a interviewé cet homme au cœur de l’élaboration de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle en Côte d’Ivoire, sur les objectifs, mais aussi les défis rencontrés par le gouvernement ivoirien pour une l’intelligence artificielle la plus inclusive et éthique possible.

Mongabay: En quoi consiste la stratégie en intelligence artificielle du gouvernement pour les citoyens de Côte d’Ivoire ?
Stéphane Coulibaly : Elle repose sur trois piliers essentiels : l’investissement dans les fondations, l’inclusion dans le déploiement, et la gouvernance, afin de garantir une intelligence artificielle éthique et responsable.
Mongabay : Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans le déploiement de cette stratégie ?
Stéphane Coulibaly : Ils sont nombreux. Nous souhaitons travailler simultanément sur les différents chantiers essentiels à la construction d’une intelligence artificielle souveraine, en Côte d’Ivoire. Cela implique de travailler sur plusieurs fronts à la fois, ce qui constitue un véritable défi. Nous devons mobiliser les compétences nationales, afin de travailler ensemble, de manière coordonnée et alignée, pour atteindre nos objectifs. Si nous parvenons à cet alignement, avec un soutien institutionnel fort de l’État ainsi que des financements adaptés, nous pensons pouvoir nous positionner comme leader régional en matière d’intelligence artificielle.
Mongabay : Pourquoi est-il important de développer une intelligence artificielle africaine, et même ivoirienne ?
Stéphane Coulibaly : Parce que nos réalités sont souvent différentes de celles sur lesquelles les modèles étrangers ont été entraînés. Il est donc essentiel que ces intelligences artificielles répondent aussi à nos réalités locales, afin d’offrir à nos populations des solutions adaptées à leur contexte et à leurs besoins. Notre objectif est non seulement d’utiliser les solutions existantes pour créer rapidement des cas d’usage à impact concret, mais aussi de préparer l’avenir avec une intelligence artificielle locale, ivoirienne, régionale et africaine, capable de mieux répondre aux besoins de nos populations.
Mongabay : Concrètement, qu’entendez-vous par « répondre à nos réalités » ?
Stéphane Coulibaly : L’exemple le plus simple concerne les langues locales. En Afrique, nous avons de nombreuses langues, et en Côte d’Ivoire particulièrement. Près de 40 % de la population ivoirienne ne parle pas le français, mais une langue locale. Aujourd’hui, lorsqu’une grande entreprise diffuse une publicité uniquement en français, elle exclut une partie importante de la population. Une intelligence artificielle capable de traduire automatiquement les contenus dans les langues locales permettrait d’inclure davantage de citoyens dans la vie économique et dans le développement numérique. L’inclusion constitue d’ailleurs notre deuxième pilier.
Mongabay : En quoi est-il notamment important de développer l’intelligence artificielle dans le secteur agricole en Côte d’Ivoire ?
Stéphane Coulibaly : C’est l’un des secteurs les plus importants, puisqu’il représente une part essentielle de l’économie ivoirienne et concerne environ 40 % de la population active, directement ou indirectement. Il est donc crucial d’optimiser ce secteur. Nous disposons de terres agricoles importantes, mais notre productivité reste inférieure à celle d’autres pays qui produisent davantage sur des superficies plus réduites. Grâce aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, nous voulons moderniser notre agriculture, afin d’améliorer la productivité et la rentabilité.
Mongabay : Pouvez-vous nous partager des exemples déjà efficaces, aujourd’hui, dans le pays?
Stéphane Coulibaly : Nous avons par exemple Livraix, une start-up qui facilite le transport des marchandises agricoles. Nous avons également d’autres solutions capables de détecter les maladies des plantes à partir de photographies analysées par l’intelligence artificielle. Certaines intelligences artificielles étrangères ne reconnaissent pas les maladies spécifiques aux cultures africaines. Les équipes locales ont donc développé leurs propres modèles, afin de répondre à ces besoins particuliers.

Mongabay : Pourquoi est-il important pour le gouvernement de miser sur les jeunes start-up ivoiriennes aujourd’hui ?
Stéphane Coulibaly : Il existe un véritable potentiel ! Nous avons des talents qu’il faut identifier, accompagner et mettre en valeur. Notre rôle est de montrer au monde que la Côte d’Ivoire regorge d’innovateurs proposant des solutions pertinentes et adaptées aux besoins du marché. Nous accompagnons ces start-up lors d’événements internationaux comme VivaTech. Nous avons également participé à des missions au Japon et à des programmes d’immersion aux États-Unis. Nous organiserons également l’Ivoire Tech Forum, qui se tiendra du 10 au 13 novembre à Abidjan, et constituera la vitrine de l’innovation technologique ivoirienne.
Mongabay : Lorsque l’on parle d’intelligence artificielle en Côte d’Ivoire, la question des données, du coût d’ Internet et de la connectivité revient souvent. Comment relever ce défi ?
Stéphane Coulibaly : La connectivité constitue effectivement un véritable défi. Notre objectif est de couvrir progressivement l’ensemble du territoire, grâce à plusieurs solutions complémentaires : la fibre optique, les solutions satellitaires et d’autres technologies. Mais au-delà de l’accès à Internet, il faut aussi permettre aux populations de l’utiliser. Si Internet arrive dans un village où personne ne possède d’ordinateur ou de smartphone, son impact restera limité. Il faut donc adopter une approche globale en développant simultanément les équipements, les usages et les services dans des domaines comme l’éducation, la santé ou encore l’agriculture.
Mongabay : Vous avez mentionné que la Côte d’Ivoire ambitionne de devenir un leader de l’intelligence artificielle dans la sous-région, voire sur le continent. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Stéphane Coulibaly : Oui. La Côte d’Ivoire est l’une des principales économies africaines et souhaite devenir un leader de l’innovation technologique et de l’intelligence artificielle. Nous avons adopté une stratégie nationale, mais une stratégie n’a de valeur que si elle est correctement exécutée. Notre feuille de route comprend sept piliers et quarante projets structurants. Si nous parvenons à les mettre en œuvre, nous pensons pouvoir occuper une place de premier plan.
Mongabay : Qu’est-ce qui sera déterminant pour réussir ?
Stéphane Coulibaly : L’alignement. C’est le maître mot. Nous devons être alignés au sein du ministère, mais également entre les différents ministères, le secteur privé, les partenaires publics et l’ensemble de l’écosystème. Tout le monde doit partager la même vision et avancer dans la même direction. Notre ambition est de bâtir des fondations solides en matière de données, d’infrastructures, de développement des compétences, de recherche et d’innovation. Nous voulons ensuite développer des cas d’usage pour l’administration, les entreprises, le secteur privé et les citoyens, tout en mettant en place une gouvernance garantissant une intelligence artificielle éthique et responsable.
Image de bannière: Des participants et exposants à la conférence Vivatech tenue en juin 2026 à Paris en France. Image fournie par Juliette Chapalain.
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