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Guinée : Les communautés impliquées et accompagnées pour renforcer la conservation de la Réserve de biosphère de Ziama

  • La forêt classée de Ziama, au sud-est de la Guinée, est l’une des importantes réserves de biosphère du pays et l’une des grandes forêts tropicales primaires d’Afrique, abritant des espèces emblématiques, dont les éléphants de forêt d’Afrique, les chimpanzés d’Afrique de l’ouest, les pangolins géants et les hippopotames pygmées.
  • Le dernier inventaire de 2016 indique 32 individus d’éléphant de forêt d’Afrique répertoriés et plusieurs espèces végétales menacées. Pour préserver cette biodiversité, les communautés sont impliquées à travers des comités de villages riverains.
  • L’implication des communautés est matérialisée par diverses initiatives visant à promouvoir des pratiques agricoles durables et le renforcement des capacités des producteurs agricoles sur les méthodes de blocage des éléphants autour des cultures.

Ce mercredi 19 août 2026, l’un des sentiers menant au Centre de gestion de la forêt classée de Ziama, à Sérédou, dans le sud-est de la Guinée, enregistre le passage d’un éléphant de forêt d’Afrique (Loxodonta a. cyclotis). Trompe plongée dans une flaque d’eau bordée d’herbes vertes des deux côtés, ce pachyderme profite du temps nuageux qu’il fait pour s’abreuver. La scène se produit sous les regards et les ovations de quelques enfants de la localité scandant son nom « Noko », une appellation issue de la communauté Loma, l’un des groupes ethniques de la localité de Sérédou.

En avançant de quelques pas vers lui, nous remarquons que son œil gauche peine à s’ouvrir. Conséquence d’une attaque dont il a été victime. « C’est suite aux dégâts qu’il a causés sur les cultures des riverains à Zoboroma, un village riverain à la réserve, qu’il a été agressé physiquement par les communautés à la machette et au fusil. Ce qui a endommagé son œil gauche en juin 2026 », dit Ibrahima Kalil Baldé, responsable de programme chargé de l’orientation stratégique, de la planification et du suivi-évaluation de la Réserve de biosphère de Ziama, un espace d’une superficie de 119 mille hectares.

Depuis 2026, cet éléphant est assisté médicalement et nutritionnellement par les gestionnaires du site de Ziama avec l’accompagnement des partenaires d’appui. « Avec l’appui des partenaires et des institutions internationales, aujourd’hui nous parvenons à relever les défis de conservation à travers la sensibilisation, l’intervention communautaire, mais aussi l’application de la loi », déclare Baldé.

Une vue lointaine de la Réserve de biosphère de Ziama, à Sérédou, dans le sud-est de la Guinée. Image de Mohamed Slem Camara pour Mongabay.

Dans la forêt classée de Ziama, le braconnage, les agressions, le déboisement, la pression humaine font partie des menaces responsables de la disparition de nombreuses espèces et de la destruction de leurs habitats.

Selon Baldé, en 2006, un inventaire a signalé 210 éléphants contre 18 à 20 éléphants de forêt d’Afrique en 2016, en raison des guerres, de l’expansion des activités humaines et surtout du braconnage entre 2008 et 2010, au moment où les surveillants étaient en formation. Cette période a connu beaucoup d’abattages, surtout du côté du Liberia, faute d’une quasi absence de conservation.

« Suite à la conservation appuyée par les partenaires dont Fauna et Flora International, ce chiffre a augmenté. À travers la pause caméra selon les quadrants, on a identifié 32 individus d’éléphant de forêt d’Afrique. Et parmi eux, beaucoup d’éléphanteaux. Ce qui veut dire qu’il y a la reproduction et qu’il y a aussi des femelles. Aujourd’hui, je crois que si nous parvenons à faire un inventaire de ce genre à travers des pauses sélectives, on pourrait se retrouver avec un nombre élevé d’éléphants. Mais le chiffre que nous pouvons donner aujourd’hui, c’est 32 individus d’éléphant de forêt d’Afrique dans la réserve », souligne-t-il.

Il n’y pas que les éléphants qui soient menacés dans la biosphère de Ziama : les pangolins en font également partie. Mais il est difficile d’avoir un nombre exact d’individus répertoriés. « Tout ce que je peux dire est qu’à Ziama, nous avons deux espèces de pangolin : les pangolins ventre blanc (Phataginus tricuspis) et les pangolins à ventre noir (Phataginus tetradactyla). Il y a des données qui indiquent aussi la présence des pangolins géants (Manis gigantea) », a-t-il affirmé, tout en annonçant l’installation de dispositifs pour confirmer leur existence.

A Ziama, un nombre important d’espèces végétales fait également face à des menaces liées aux activités humaines et aux risques de disparition. C’est le cas de Pleioceras afzelia (Gymnosiphon samoritoureanus) et de Garcinia kola (petit cola), une espèce fortement exploitée par les communautés riveraines, non seulement pour ses fruits, mais aussi pour son tronc à forte croissance.

L’éléphanteau Noko aperçu sur l’un des sentiers menant vers le site de gestion de la Réserve de biosphère de Ziama en Guinée. Image de Mohamed Slem Camara pour Mongabay.

Les initiatives de conservation et d’implication communautaire

Pour préserver les différentes espèces (animales et végétales) et conserver leur écosystème, le Centre de gestion de la réserve et ses partenaires ont opté pour une approche participative basée sur l’implication des communautés.

Selon Baldé, dès 2022, des comités de 11 personnes ont été installés dans 31 villages et dans cinq communes rurales de la sous-préfecture de Sérédou. « Nous avons commencé d’abord par la sensibilisation des communautés sur l’importance de la forêt. Ensuite, nous avons procédé à l’installation des comités de conservation villageoise. Ces comités accompagnent les conservateurs et servent de pont entre ces derniers et les communautés pour véhiculer les messages sur l’importance de la réserve », dit-il.

Au-delà des sensibilisations, Baldé évoque l’organisation des activités sur le terrain. « Nous déployons mensuellement les équipes de patrouille avec divers mandats. D’autres partent pour la reconnaissance, d’autres pour le suivi et la rétrospection…Dans le cadre de la reconnaissance, nous partons avec les membres du comité de conservation villageoise. Ils observent les dégâts qui sont dans la réserve pour sensibiliser les autres », dit-il.

Rencontré à son bureau situé non loin de la forêt Ziama à Sérédou, le responsable du développement communautaire et de la gouvernance de Fauna & Flora International, Etienne Loua, fait partie de ceux qui ont installé ces comités de conservation dans les localités riveraines.

Selon lui, ces initiatives d’appui se sont concrétisées grâce à un certain nombre de projets dans les domaines de l’agriculture, de la recherche des semences et de l’agro foresterie. Il y a aussi l’appui au niveau de la gouvernance. « Ce que nous faisons avec les communautés, c’est la formation en matière de protection de la réserve, la sensibilisation, la vulgarisation des lois et règlements de protection de la réserve. Ces personnes qui servent d’interface de la communauté auprès des gestionnaires de la réserve sont déjà formées. Ce sont elles aussi qui, à leur tour, font la transmission des messages et le contrôle au niveau de ces communautés pour le respect de ces principes et lois ».

« Dans chaque comité, il y a deux chargés de protection qui font des patrouilles une à deux fois par semaine, pour vérifier si les parents respectent et appliquent les consignes. S’ils voient quelqu’un faire un dégât, ils le conseillent pour lui dire que la forêt n’appartient pas aux gardes forestiers, mais plutôt à eux. Si elle est détruite, les conséquences seront pour la communauté. Au cas où ils n’arrivent [les citoyens aperçus en train de commettre un dégât, Ndlr] pas à comprendre, c’est en ce moment que nous [les agents du site de gestion, Ndlr] sommes saisis », a expliqué le sous-lieutenant Oyé Guilavogui.

Foromo Onivogui, producteur agricole, montrant un plant de café Ziama dans son champ situé à 2 km de Sérédou centre. Image de Mohamed Slem Camara pour Mongabay.

Mesures d’accompagnements et initiatives d’appui des communautés

Au nombre des mesures d’accompagnement prises, figurent l’élevage d’animaux domestiques, dont ont bénéficié Massadou, Baimana, Boo et Pilibaye. A ceux-ci, s’ajoutent 75 agriculteurs, dont 33 femmes ayant volontairement abandonné définitivement la culture des bas-fonds au cœur de la réserve, et relocalisées sur des parcelles fixes de leurs terroirs respectifs pour faire l’agriculture, l’élevage, le maraîchage, la saponification et la pisciculture.

Au-delà des formations et des sensibilisations, l’apiculture a été promue dans neuf villages (Massadou, Boussedou, Bô, Baimani, Zebela, Sibata 1, Koima, Bayama et Nomotorono) pour prévenir des dégâts causés par les éléphants.

« Cet accompagnement vise non seulement à soutenir les volontaires qui ont décidé de quitter librement les bas-fonds de la forêt, mais aussi à empêcher les éléphants de rentrer dans les champs avec la présence des abeilles », a dit à Mongabay au téléphone, Balla Yombouno, président du comité central, chargé de la coordination de l’ensemble des comités de conservation.

« Les personnes qui font l’apiculture ont de la chance que les éléphants ne rentrent pas dans leurs cultures. La stratégie qui est menée ici, c’est d’installer les ruches autour des cultures. Puisque l’abeille est un élément dissuasif des éléphants. Lorsque ces ruches sont déjà installées, habitées, cela permet un refoulement des éléphants auprès de ces cultures. Donc, cela réduit les dégâts. Deuxième aspect, ils permettent aux bénéficiaires de gagner de l’argent en vendant du miel. Troisième aspect, les communautés elles-mêmes disent que le miel est un médicament. Tout ceci contribue à l’amélioration des conditions de vie des communautés », renchérit Etienne Loua.

Un pangolin à ventre noir (Phataginus tétradactyle) dans la réserve de Ziama. Image prise par Centre de gestion de la forêt classée de Ziama, à Sérédou, dans le sud-est de la Guinée.

Des bénéficiaires visiblement contents mais insatisfaits.

A Irié, un district situé à 18 km de Sérédou, les pépinières du café Ziama (Coffea arabica) et de petits colas (Garcinia Kola) sont transplantées dans des plantations situées à 2 km de la ville.

Woyé Koivogui, producteur agricole à Irié, est l’un de ces bénéficiaires. Coupe-coupe en main, il affirme avoir obtenu au total 250 pépinières composées de cafés Ziama, de colas et de petits colas. En nous montrant ces plants qui poussent au milieu des herbes pulvérisées à l’aide des herbicides, Koivogui s’en réjouit : « C’est en 2026 qu’on nous a donné ces pieds pour quitter les bas-fonds de la réserve. Je suis content ».

Même sentiment de satisfaction chez Foromo Onivogui, également bénéficiaire : « Moi aussi, j’ai fait du café (café Ziama), du petit cola et du cola (Cola nitida). Les caféiers que le projet nous a donnés, c’est ce que j’ai planté ici. Ils nous les ont donnés pour que nous quittions la forêt. Moi, j’ai laissé ma culture qui est au bas-fond de la forêt », déclare-t-il, en déplorant les dégâts causés par les éléphants.

Ruche d’abeille installée à Sérédou vers la piste de Kinandou, hors de la forêt. Image fournie par le Centre de gestion de la forêt classée de Ziama, à Sérédou, dans le sud-est de la Guinée.

A la question de savoir si la chasse se fait toujours au sein de la réserve de Ziama, Foromo Onivogui répond : « Ici, la chasse est interdite. Quand on te voit avec un fusil, on t’attrape. Un jour, un monsieur est venu ici chasser les aulacodes (Thryonomys). Mais il a été interpellé et envoyé à Macenta pour la suite de la procédure ».

Quant à Tanou Siba Koivogui, le doyen d’âge du groupement bénéficiaire dans le district d’Irié, l’appui de l’Etat guinéen et de ses partenaires permet de réduire, voire de mettre fin au braconnage. « Avant, d’autres faisaient la chasse et l’agriculture dans la forêt, ce qui ne se fait plus actuellement ».

Malgré l’obtention de ces plants, le producteur agricole plaide pour une vaste assistance. « On nous demande encore de laisser les bas-fonds. Mais où aller chercher à manger ? », s’interroge-t-il, avant de poursuivre : « C’est pourquoi, on demande au projet de nous venir en aide en nous donnant plus de cacaos (Theobroma cacao), de cafés, de palmiers…Si nous n’avons pas ça, ça ne sera pas facile de quitter les bas-fonds. Il faut qu’ils envoient beaucoup et qu’ils patientent jusqu’à ce que les plantes soient à maturité ».

« À travers le projet, on mène assez de sensibilisation auprès de nos parents…Car si nos parents comprennent, cette forêt est d’une utilité énorme pour nous. On y trouve assez d’espèces », précise-t-il.

Un chimpanzé avec son bébé pris par les cameras pièges dans l’aire centrale de la réserve. Image fournie par le Centre de gestion de la forêt classée de Ziama, à Sérédou, dans le sud-est de la Guinée.

Les impacts de l’approche communautaire

Grâce aux initiatives de suivi, de surveillance et d’implication de la communauté à travers les comités de conservation, les gestionnaires de la réserve de Ziama se réjouissent des résultats obtenus.

« Dans les années 2018 et 2019, on pouvait ramasser, pendant 10 jours d’activités de terrain, plus de 100 étuis de calibre 12. On démantelait également jusqu’à 300 à 400 pièges dans la réserve. Aujourd’hui, avec les efforts de sensibilisation, nous croyons que cela a vraiment diminué. Parce que quand vous rentrez dans la brousse, vous pouvez beaucoup parcourir sans trouver des indices de braconnage. Il y a la réfection sur les empiètements agricoles. Et nous remarquons la présence de la faune à travers les empreintes, les crottes…Cela prouve qu’il y a beaucoup d’impacts positifs sur la conservation de la biodiversité de Ziama », explique Ibrahima Khalil Baldé.

« En plus, à l’heure qu’il fait, la distance de fuite entre les humains et les animaux a diminué », souligne le sous-lieutenant Oyé Guilavogui, avant de mettre un accent sur les espèces végétales menacées. « Ici, nous avons au moins 30 espèces végétales menacées, à l’intérieur de Ziama, que nous sommes en train de conserver, sur lesquelles nous menons des activités pour essayer de collecter des graines pour en faire des pépinières, et les réintroduire ».

Les autorités locales estiment que Ziama est plus qu’une forêt, mais un sanctuaire de biodiversité à préserver : « Cette forêt équilibre les écosystèmes. Elle nous nourrit. Elle nous fournit des ressources, dont les médicaments et l’eau potable provenant de la nature. Elle contribue à la régulation du climat », a dit Diarra Béavogui, le maire de la commune rurale de Sérédou.

La première autorité communale affiche sa volonté de poursuivre la sensibilisation dans le cadre de la préservation et de la protection de cette biodiversité.

Remise des ruches à Boo située à 28 km de Sérédou. Image fournie par Balla Yombouno, président du comité central, chargé de la coordination de l’ensemble des comités de conservation.

Image de bannière : L’éléphanteau Noko aperçu sur l’un des sentiers menant vers le site de gestion de la Réserve de biosphère de Ziama en Guinée. Image de Mohamed Slem Camara pour Mongabay.

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