- À quelques semaines de l’interdiction des plastiques à usage unique prévue le 20 septembre 2026, les sachets plastiques restent largement produits et vendus en Guinée.
- Face aux effets néfastes du plastique pour l’environnement, les spécialistes appellent à une transition progressive, accompagnée d’alternatives fiables.
Le 20 septembre 2026 consacre l’entrée en vigueur de l’interdiction des objets plastiques à usage unique en Guinée. Cette mesure portant interdiction de la fabrication, de l’importation, de la détention, en vue de la commercialisation et de l’utilisation de certains emballages et objets en plastique à usage unique, avait été prise en septembre 2024 par le gouvernement guinéen, pour réduire la pollution liée aux déchets plastiques dans le pays. Une période transitoire avait été accordée, afin de permettre aux entreprises concernées de s’adapter. Une première échéance de six mois a concerné notamment l’importation des matières premières servant à fabriquer les plastiques à usage unique.
Mais à quelques semaines de l’échéance du 20 septembre, force est de constater que les sachets plastiques restent largement présents dans les commerces, et continuent d’être produits dans certaines unités industrielles.
Dans plusieurs villes du pays, on constate aussi que la transition est loin d’être achevée. Dans une boutique située à Sangoyah, dans la banlieue de Conakry, la capitale, où sont produites 1 000 tonnes de déchets par jour, selon des données de la Fédération guinéenne des gestionnaires des déchets (FEGEDEG), les sachets plastiques sont toujours disponibles à la vente. « Non, je ne suis pas au courant de cette décision de l’État. Le plastique est devenu cher, mais on n’a pas de mal à nous en procurer », confie Ibrahim Maiga.
Malgré les différentes échéances fixées par le gouvernement, la fabrication des emballages plastiques se poursuit encore dans certaines unités de production. Un employé d’une unité de TOPAZ Multi-Industries SA, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, affirme que la production continue dans les installations de l’entreprise. « On continue de produire toujours des emballages plastiques dans la nouvelle usine de notre unité de Matoto, et c’est le même cas à Manéah aussi », dit-il.

Selon les informations publiées par TOPAZ, l’entreprise dispose de deux unités de production de sacs plastiques, l’une à Manéah, dans la préfecture de Coyah, située à environ 50 km de Conakry, et l’autre dans son complexe industriel de Matoto dans la commune de Conakry.
L’entreprise indique que son usine de Manéah, construite en 2000 sur une superficie de 1,92 hectare, est spécialisée dans la production de sacs destinés notamment aux secteurs alimentaire et minier, à la construction, aux travaux publics, ainsi qu’aux besoins domestiques. TOPAZ affirme employer plus de 1 500 travailleurs permanents, et annonce une production d’environ 27 000 tonnes de sacs plastiques par an.
L’entreprise indique également importer ses matières premières d’Asie et d’Europe. Il s’agit notamment des polymères comme le polyéthylène basse densité linéaire (LLDPE) et le polyéthylène haute densité (HDPE).
La poursuite de cette production soulève une autre interrogation : les entreprises ont-elles réellement commencé leur transition vers des alternatives qui remplacent les plastiques à usage unique ?
Pour Mamadou Yaya Baldé, chef du Département gestion des déchets à l’Institut de recherche environnementale de Guinée (IREG), cette transition doit être menée avec beaucoup de rigueur.
Il met notamment en garde contre une confusion fréquente autour des plastiques présentés comme « biodégradables ». « Il faut d’abord lever une confusion très répandue : ce dont un plastique est fait et ce qu’il devient à la poubelle sont deux questions distinctes. Un plastique fabriqué à partir de canne à sucre peut rester dans la nature aussi longtemps qu’un plastique issu du pétrole », a-t-il dit.
Pour le chercheur, la véritable question est de savoir dans quelles conditions le matériau peut réellement se dégrader. « Les plastiques biodégradables possèdent, dans leur structure, des points de rupture que les micro-organismes savent attaquer, comme une porte d’entrée. Les plastiques ordinaires n’en ont aucune. C’est tout l’écart entre un matériau que la nature peut digérer et un matériau qu’elle ne peut que briser en miettes ».

Pourquoi faut-il interdire les plastiques à usage unique ?
Pour ce spécialiste en gestion des déchets, l’interdiction des plastiques à usage unique répond à un problème environnemental réel. Leur durée d’utilisation est très courte, alors que leur présence dans l’environnement peut se prolonger pendant de très longues périodes. « Tout part d’une disproportion : quelques minutes d’utilité, plusieurs siècles de présence dans l’environnement », a-t-il dit.
« Le sachet ne disparaît donc jamais vraiment : il se casse. Le soleil et le frottement le brisent en morceaux de plus en plus petits jusqu’aux microplastiques, puis à des particules invisibles à l’œil nu. Ces fragments circulent alors dans les sols, les eaux, et jusque dans les organismes vivants », précise-t-il.
Les conséquences sont également visibles dans les zones urbaines du pays. Les sachets abandonnés peuvent notamment obstruer les caniveaux et favoriser les problèmes d’écoulement des eaux. « En Guinée, deux effets sont visibles immédiatement. Les sachets bouchent les caniveaux, ce qui aggrave les inondations et crée des eaux stagnantes, où prolifèrent les moustiques. Et le brûlage des ordures à l’air libre dégage des fumées contenant des substances toxiques », affirme Baldé.
Interdire les plastiques ne doit pas signifier simplement les remplacer par n’importe quelle matière. « Il faut regarder le produit sur toute sa vie ; depuis la matière première jusqu’au moment où il devient un déchet. C’est ce qu’on appelle l’analyse du cycle de vie », souligne ce spécialiste en gestion des déchets.
La réussite de cette politique dépendra surtout de la capacité de l’État à contrôler le marché, à accompagner les entreprises et à développer les alternatives. « Une interdiction que tout le monde peut respecter protège mieux l’environnement qu’une interdiction ambitieuse que tout le monde contourne », conclut Baldé.
Après plusieurs tentatives, le ministère de l’Environnement et du développement durable n’a pas donné suite à la demande d’interview de Mongabay. Mais, dans un reportage diffusé sur la télévision nationale (RTG), le ministre de l’Environnement et du développement durable, Fassou Théa, s’est rendu à Topaz, pour s’assurer de l’arrêt de la fabrication des plastiques à usage unique, dans cette unité industrielle.
« Topaz s’est mis à notre disposition pour se prêter à toutes les questions, et leur bonne volonté nous rassure. Nous quittons ici avec l’assurance que, d’ici le 21 septembre, nous aurons quelque chose de très positif à présenter au gouvernement, qui va aller dans le sens de l’éradication complète de ces plastiques à usage unique », a déclaré le ministre à la presse.
Image de bannière : Un tas de déchets plastiques jonche la chaussée dans un quartier de Conakry. Image de Mansa Moussa Mara pour Mongabay.
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