- L’artisanat minier emploie 100 000 exploitants artisanaux, voire beaucoup plus encore, selon les estimations qui varient selon les sources, en République démocratique du Congo.
- Dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, il est crédité de 15 à 20 % des productions de cobalt-cobalt congolais, voire plus.
- Il reste cependant marqué par de nombreuses irrégularités, caractéristiques de ce qu’un récent rapport décrit comme une « gouvernance par tolérance », pleine de pièges.
- Ce phénomène semble s’observer dans d’autres secteurs des ressources naturelles congolais, tel que celui des forêts.
Situé à environ 60 kilomètres de Kolwezi, la capitale provinciale du Lualaba située dans le sud-est de la RDC, la carrière artisanale de Shabara de 9 000 exploitants, gérée par la Coopérative minière du Katanga (Comakat), est établie sur un permis d’exploitation (PE658 appartenant à Mutanda mining, filiale du groupe suisse Glencore.
Ce permis a été cédé depuis 2010, par Chabara SARL, une joint-venture créée par l’Etat congolais via sa société de cuivre et de cobalt Gécamines et Dino Steel International du groupe Bazano.
La même année 2010, le ministre des Mines a créé, sur une partie de ce permis minier, une zone d’exploitation artisanale (ZEA) qu’il a rapidement supprimée au profit du détenteur industriel du permis.
Aujourd’hui, la Comakat reste sur ce site en considérant son accord de coopération de 2010 avec Chabara SARL, qu’elle estime toujours valide. Or, Glencore s’estime concurrencée sur son propre site, dont elle aimerait exploiter le gisement, qu’exploite Comakat avec ses partenaires commerciaux ayant produit au total 2060 tonnes de cuivre en 2023.
C’est ce que souligne le rapport « Le piège de la tolérance : cuivre-cobalt artisanal dans le Haut-Katanga et le Lualaba », publié le 6 août 2026, par Ebuteli, un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence basée à Kinshasa et à Goma.

Une ZEA « tolérée », sémantique d’une gouvernance par « tolérance »
« Shabara », qui est une carrière artisanale, est ainsi une « ZEA tolérée », c’est-à-dire sans reconnaissance légale. Puisqu’elle n’a pas d’existence légale et opère sur un permis déjà attribué. Bien plus, des services et agents de l’État y perçoivent des taxes, notamment sur les opérations telles que les chargements des minerais dans des camions, qui les convoient aux fonderies, alors qu’il s’agit d’une activité illégale.
Ainsi, se réalise le modèle typique de cette gouvernance, selon Jacques Mukena, chercheur à Ebuteli. « Le modèle typique de cette gouvernance par tolérance, c’est qu’une activité est à la base illégale à un point ou à un autre, mais les autorités ou les services publics de l’État taxent cette extraction. On l’a vu dans un site d’extraction dans le Lualaba, appartenant à un industriel », explique Mukena à Mongabay, par appel via vidéoconférence.
Avec 100 000 artisanaux actifs dans la région, selon Ebuteli, les ZEA ne suffisent pas pour accueillir toute la demande. Certains s’imposent alors sur des sites illégaux, sans en être délogés. Sur le plan sécuritaire, ces travailleurs restent exposés aux accidents, qui sont récurrents. Aussi, sans protection juridique, ces artisanaux demeurent exposés aux expulsions par les détenteurs des titres miniers qu’ils occupent.
Par ailleurs, ce climat de travail instable favorise la rente profitant aux intermédiaires, à certains agents publics et à des coopératives minières, selon le même rapport.

Exploitation forestière, tolérance et manque à gagner pour l’Etat
Alphonse Maindo, professeur à la Faculté des sciences politiques de l’université de Kinshasa et responsable de Tropenbos, un réseau international d’organisations œuvrant pour l’amélioration de la gouvernance et de la gestion des paysages forestiers dans les régions tropicales, dont le siège est basé aux Pays-Bas, suit depuis plus d’une décennie les transformations de la forêt équatoriale à partir de Kisangani, dans le nord de la RDC.
Il explique, dans un entretien téléphonique avec Mongabay, que la gouvernance par tolérance décrite par Ebuteli procède d’une pratique observée dans le secteur forestier depuis longtemps. Il pense qu’il s’agit d’une anarchie organisée pour permettre aux puissants de s’enrichir.
Maindo note, par exemple, qu’un permis portant sur 30 m³ peut servir pour 60 m³ ou beaucoup plus. Et certains exploitants « achètent un agrément et un permis de coupe, et ils l’utilisent pour plusieurs personnes », faute de contrôle sérieux, pourtant facile à réaliser, note Maindo. Puisque, explique-t-il, l’État peut exercer un contrôle partout où le bois est extrait.
La tolérance dans le secteur forestier fait aussi que du bois, indique-t-il-, arrive à Kinshasa, au Port de Kinkole par exemple, sans éléments de traçabilité. Il reçoit des marquages seulement avant son exportation, en violation des procédures existantes. Cette pratique, qui a été dénoncée en 2013, dans un rapport de Greenpeace, semble perdurer.
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Aussi, pourtant interdite, l’exploitation à des fins commerciales des perches prospère dans les villes comme Kinshasa, Kisangani, Goma ou Lubumbashi, en plein boom immobilier, où elles perdent à soutenir les bétons. Et des services publics perçoivent des taxes sur ces activités illégales, indique encore Maindo.

Formaliser les artisanats miniers et forestiers…
Dans le domaine aurifère, en outre, la presse rapporte des pratiques similaires. Des étrangers sont impliqués dans l’exploitation artisanale de l’or, comme l’illustre l’épisode de l’expulsion en 2024 des citoyens chinois, pris en flagrant délit d’exploitation illégale d’or. L’ONG canadienne IMPACT, spécialisée dans les ressources naturelles en contexte d’insécurité, indique sur son site web que 98 % de l’or artisanal ne seraient pas retracés en RDC, selon un rapport des experts de l’ONU.
Pour sa part, plaidant pour la reprise en main du secteur par l’État, le directeur de DRC Gold Trading SA, la société publique qui retrace l’or en RDC, a déclaré en mars 2026, que 50 tonnes d’or artisanal continuent d’échapper chaque année aux circuits officiels, causant un manque à gagner de 7,5 milliards USD.
Selon Ebuteli, il faut des choix assumés au niveau gouvernemental pour formaliser le secteur artisanal du cobalt-cuivre. Il suggère de créer des ZEA, d’encadrer le secteur, d’établir une fiscalité accessible et de renforcer la protection sociale et les conditions de travail.

Après avoir laissé s’installer durablement l’économie informelle, pense Mukena, l’État ne peut plus la supprimer ou la formaliser par une simple décision administrative.
« Toutes les politiques de formalisation partent d’un cadre qui ne correspond pas à la réalité. […] On va vous référer au texte, on va vous dire qu’il faut exercer l’activité dans les ZEA, mais elles n’existent pas ou ne sont pas créées. […] C’est un problème qu’on a laissé pendant très longtemps et aujourd’hui, c’est très difficile d’arrêter ou de formaliser ça avec un arrêté ministériel. Il faut prendre des mesures qui vont prendre plusieurs années, peut-être pour trouver des débouchés pour ces personnes qui travaillent dans les mines. Il faut les recenser, il faut savoir qui ils sont », explique Mukena.
Si elle avait lieu, dans le secteur du bois, la formalisation devrait nettement améliorer les recettes publiques, selon Maindo. En revanche, indique-t-il, elle pourrait rendre le bois local inaccessible à plusieurs personnes. En effet, selon cette source, sa production informelle influence son prix abordable à ce jour.
Image de bannière : Des sacs chargés de minerais bruts de cuivre/cobalt à la carrière UZK à Kolwezi en RDC. Image de Didier Makal.
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