- L’avenir de l’élevage africain dépend plus du développement des systèmes résilients adaptés aux réalités locales que de l’augmentation du cheptel.
- La restauration des pâturages devient un levier majeur de résilience.
- Le défi pour l’Afrique n’est plus de trouver des solutions, mais de les déployer à grande échelle pour rendre son élevage plus résilient au climat.
Malgré l’intensification des sécheresses, la dégradation des pâturages et l’irrégularité croissante des précipitations, l’Afrique dispose déjà de solutions pour renforcer la résilience de son secteur pastoral.
Plusieurs experts et décideurs politiques, réunis en marge du Forum africain sur les systèmes alimentaires à Kigali, au Rwanda, soulignent l’importance pour le continent de s’adapter aux nouveaux défis climatiques.
Professeur Appolinaire Djikeng, directeur général de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), souligne l’urgence de transformer les systèmes d’élevage africains, afin de mieux résister à l’intensification des chocs climatiques, tout en continuant à fournir de la nourriture, des revenus et des moyens de subsistance à des millions de personnes.
Pour lui, l’Afrique dispose de solutions nécessaires pour transformer son élevage, mais elle doit encore pouvoir concilier productivité, résilience climatique, restauration des terres et sécurité alimentaire.
Dans son récent rapport publié en avril 2026, ILRI montre en particulier que les systèmes d’élevage de l’Afrique centrale et de l’Ouest subissent une pression croissante sous l’effet des sécheresses, de l’irrégularité des précipitations, du stress thermique, de la dégradation des pâturages et de la raréfaction de l’eau.
L’élevage africain sous pression climatique
L’institut souligne que la restauration des terres de pâturage dégradées sera essentielle pour renforcer la résilience climatique des communautés pastorales et agro-pastorales de la région.
« L’avenir de l’élevage africain ne se joue pas dans le nombre d’animaux, mais dans notre capacité à bâtir des systèmes plus productifs et résilients face au changement climatique », affirme le Pr Djikeng dans une interview exclusive accordée à Mongabay.
En effet, ILRI indique que l’accélération du changement climatique pourrait réduire de moitié la production de lait et de viande en Afrique, si aucune action n’est engagée.

En Afrique, environ 270 millions de personnes dépendent directement de l’élevage pour leurs moyens de subsistance. Dans son dernier rapport publié en décembre 2022, IRLI affirme que ces populations, principalement composées d’agro-éleveurs et de pasteurs, sont confrontées au stress thermique, à la baisse de la disponibilité du fourrage et aux effets croissants du changement climatique, particulièrement dans la région du Sahel.
Pour faire face à ce phénomène, les ministres en charge de l’Elevage et de l’agriculture de huit pays africains (Nigeria, Ouganda, Niger, Mali, Malawi, Rwanda, ‘Ethiopie et Botswana), ainsi que leurs représentants, se sont engagés à renforcer leur coopération, lors d’une table ronde organisée le 3 septembre 2026, à ce forum.
Passer des solutions à l’action
Les ministres de ces huit pays, ainsi que Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi, ancien président du Botswana, ont examiné ensemble les solutions plus prometteuses pour améliorer la productivité de l’élevage.
Parmi les pistes avancées pour contrer l’intensification des sécheresses et la dégradation des pâturages, figurent l’amélioration génétique du cheptel, une alimentation animale mieux adaptée aux conditions climatiques, le renforcement de la santé animale, ainsi qu’une gestion durable de l’eau et des pâturages.
L’enjeu est également économique, alors que le changement climatique accentue les pressions sur les systèmes alimentaires africains.
L’Afrique consacre chaque année entre 70 et 100 milliards USD aux importations alimentaires, en partie en raison d’une productivité agricole encore inférieure à celle d’autres régions du monde. Dans le même temps, le continent abrite près de 20 % du cheptel bovin mondial, mais ne produit qu’environ 5 % du lait de la planète.
Cette faible productivité intervient alors que la demande en aliments d’origine animale devrait fortement augmenter, dans un contexte où le changement climatique exerce déjà une pression croissante sur les systèmes d’élevage africains.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les aliments d’origine animale constituent déjà le groupe alimentaire le plus coûteux pour les populations africaines, tandis que l’accès à une alimentation saine demeure particulièrement difficile. La demande pourrait augmenter de 280 % d’ici à 2050, selon les projections de l’OMS.
Professeure Lindiwe Majele Sibanda, présidente du Conseil de la Zimbabwe National University of Science and Technology (NUST), enseignante à l’Université de Pretoria et coprésidente du Food Planet Prize, estime que l’Afrique ne manque ni de potentiel ni de ressources pour développer son secteur de l’élevage.
« Ce qui nous a longtemps fait défaut, c’est notre capacité à connecter tous ces éléments, à passer à l’action et à déployer les solutions à grande échelle », affirme-t-elle dans une brève interview accordée à Mongabay.

Adapter l’élevage aux réalités locales
Si Pr. Djikeng reste optimiste quant à la mise en œuvre des engagements pris par les pays africains à Kigali, Pr. Lindiwe estime, pour sa part, que la priorité doit se focaliser sur la promotion des solutions susceptibles de renforcer la résilience du secteur de l’élevage africain face aux chocs climatiques.
Mais Dr Shirley Tarawali, chercheuse honoraire à ILRI, souligne la nécessité de développer des systèmes d’élevage intégrés, durables et adaptés aux réalités locales, afin de mieux résister aux chocs climatiques.
« Pour l’Afrique, améliorer la productivité de l’élevage apparaît comme l’une des meilleures voies pour produire davantage, tout en réduisant la pression exercée sur les ressources naturelles », confie-t-elle à Mongabay.
Image de bannière : Un troupeau de bœufs en transhumance. Image de Tofnature via Wikimedia Commons.
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