- A Madagascar, le nombre d’espèces de baobabs est ramené à sept, alors qu’il était de six avant la publication, en août 2026, d’une étude annonçant la découverte d’une nouvelle espèce, dans le Nord-Ouest de l’île.
- Des analyses génétiques de pointe, réalisées par des chercheurs exclusivement américains, ont permis d’identifier la nouvelle espèce nommée Adansonia bozy.
- La découverte en soi est une bonne chose. Mais la partie malgache dénonce l’irrespect des normes en matière de manipulation des ressources génétiques et des pratiques courantes en recherche.
- Le monde compte désormais neuf espèces de baobabs, avec une seule en Afrique et une autre en Australie du Nord. Les origines lointaines de ces dernières sont malgaches, selon d’autres chercheurs. Beaucoup de découvertes restent encore à faire.
ANTANANARIVO, Madagascar — Avec la découverte d’une nouvelle espèce par des chercheurs exclusivement américains, Madagascar compte désormais sept différentes espèces de baobab. Le résultat de leur étude, détaillant les circonstances de la nouvelle trouvaille, a été publié en août 2026, dans le journal Taxon, au grand bonheur des amoureux de la nature.
La nouvelle espèce nommée Adansonia bozy, parsemant la vallée du Sambirano, dans le Nord-Ouest de l’île, est en danger. Elle a le malheur de pousser sur une grande zone à forts rendements de produits de rente, avec le cacao et la vanille en tête. Des études supplémentaires sont nécessaires pour mieux la préserver, selon les chercheurs.
Les humains ont toujours été en contact avec cet arbre sans que les gens aient pu le distinguer des autres baobabs poussant dans la région et ailleurs. Sa présence aussi a longtemps échappé à la sagacité des chercheurs.
L’A. bozy a été confondue avec sa congénère A. za, même si des naturalistes ont suspecté, depuis le début du 19e siècle, l’existence d’une autre espèce accessoirement appelée A. alba Jum. &H.Perrier, à l’époque.
Il a fallu, plus d’un siècle plus tard, des analyses génétiques de pointe réalisées par la chercheuse Nisa Karimi, la principale auteure de l’étude citée plus haut, pour corroborer l’existence d’A. bozy dans sa thèse soutenue en 2018.
Pour ce faire, l’Américaine rattachée au Missouri Botanical Garden a collaboré avec trois chercheurs des universités de Wisconsin et d’Iowa State, ainsi que du Wisconsin Institute for Discovery, tous aux Etats-Unis.
Pour parvenir au résultat final, l’équipe a manipulé des échantillons collectés à Madagascar et disponibles auprès de diverses institutions, dont le Parc botanique et zoologique de Tsimbazaza (PBZT), situé en plein centre ville d’Antananarivo.
« Il s’agit de génétique des populations. Ils ont pris des échantillons dans des régions spécifiques, afin de réhabiliter l’A. bozy qui a été longtemps considérée comme A. za », a dit à Mongabay, dans une conversation en ligne, Dr Guy Eric Onjalalaina, de la Taxonomy and Flora of Tropical East Africa, Wuhan Botanical Garden, Chinese Academy of Sciences.

Processus d’identification de la nouvelle espèce
Mais le véritable processus d’identification de la nouvelle espèce s’est amorcé dans les années 2010, dans le cadre d’un dispositif de recherche en partenariat avec « Forêts et biodiversité », ayant associé le Centre international de recherche en agronomie et développement (Cirad), et le Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa, Madagascar), l’institution publique malgache habilitée à faire la demande de permis de recherche scientifique pour toute manipulation des ressources génétiques pour le Cirad.
« Cette découverte remonte à novembre 2014, lors d’une expédition d’étude des baobabs et de leur écologie que j’avais organisée entre Mahajanga et Nosy Be [littoral nord-ouest, Ndlr]. L’analyse préalable d’images satellites ayant révélé de nombreux sites d’intérêt sur cette portion de côte, je m’étais rendu sur place en pirogue tout le long de ce trajet pour mener mes recherches », a expliqué dans un courriel, à Mongabay, le biogéographe français Cyrille Cornu, chercheur et chargé de communication auprès du Cirad à Montpellier, en France.
Un mystérieux géant à l’écorce lisse et grise a attiré, selon lui, son attention. Son assistant (un technicien malgache) et lui ont alors pensé avoir affaire à un représentant de l’espèce madagascariensis fréquente dans le Nord-Ouest de l’île. « Sauf que l’arbre était couvert de feuilles, contrairement aux madagascariensis rencontrés auparavant dans la région à cette période », a ajouté Cornu.
« En regardant de plus près, nous avons aperçu une fleur au sommet de sa couronne, ce qui était extrêmement surprenant sachant que l’espèce madagascariensis fleurit habituellement entre février et avril », a-t-il poursuivi.
Après plusieurs essais infructueux, le chercheur et son assistant ont réussi à détacher cette fleur à l’aide d’une gaule empruntée dans un village proche. « La fleur en main, notre surprise fut totale. Avec 42 centimètres de long, sa taille dépassait de loin celle des plus grandes fleurs de baobab observées jusqu’alors, qui tournent autour d’une trentaine de centimètres », a indiqué le biogéographe.
Les fruits de ce spécimen les ont également fort étonnés. « De très petite taille, ils ne contenaient pas plus d’une dizaine de graines pour les plus grands. Convaincus d’avoir affaire à un spécimen hors norme, nous avons collecté quelques fruits, ainsi que des échantillons d’écorce et de feuilles », a-t-il précisé.
« De retour à Antananarivo, j’ai transmis une partie de ces échantillons à David Alexander Baum [co-auteur de l’étude citée plus haut, Ndlr] aux Etats-Unis, pour mener des analyses génétiques. Je suis ravi de voir que ces prélèvements ont pu contribuer à la publication scientifique, et faire avancer la connaissance sur cette nouvelle entité », a dit Cornu.
Pour avoir participé aux expéditions du Cirad-Fofifa, le professeur Jean Michel Leong Pock Tsy, expert en biologie moléculaire et actuellement directeur général du Fofifa, a dit au téléphone : « Nous avons estimé à l’époque qu’il s’agirait d’A. alba [une appellation donnée en 1910 à l’A. bozy, Ndlr]. Mais nous ne sommes pas allés trop loin ».
Frustration de la partie malgache
Dans une conversation en ligne, Cornu a indiqué que les individus révélés par les Américains sont localisés dans la région du Sambirano, en refusant de mentionner la localité de sa surprise de 2014, pour préserver le site.
A trois reprises, l’étude publiée dans le journal Taxon cite Cornu parmi les fournisseurs des renseignements et des ressources génétiques utiles à la découverte d’A. bozy. La section « Remerciements » mentionne même qu’il [avec une autre chercheure du nom de Diana Mayne] a gracieusement envoyé des échantillons aux chercheurs américains.
Des questions se posent alors quant à leur habilitation à le faire, car il s’agit d’une espèce endémique et de ressources génétiques de Madagascar, et, à ce titre, ils devaient disposer de permis valable.
Interrogée par courriel à ce sujet, Dr Karimi dit : « Je croyais que Mayne et Cornu avaient obtenu ces prélèvements légalement, bien que je n’aie participé à aucune de leurs expéditions ». Elle a aussi dit avoir collaboré ultérieurement avec Mayne pour des prélèvements à travers l’Afrique continentale, et s’être occupée de l’obtention des autorisations nécessaires sur place.
Dr Karimi reconnaît que Cornu travaillait à Madagascar, soit pour le Cirad, soit à titre indépendant [pour le tournage des films]. « J’ai appris, après avoir discuté avec l’équipe du PBZT, qu’ils [deux employés du parc, Ndlr] avaient été sur le terrain avec lui. J’en ai donc déduit que les prélèvements avaient été effectués légalement », a-t-elle ajouté.
« Depuis 2019, je ne mène plus de travaux scientifiques de ce genre, mais simplement des voyages d’observation des baobabs comme tout un chacun », a précisé Cornu.
Toutefois, sa réponse ne dit pas clairement que sa collègue et lui avaient l’autorisation de fournir des échantillons aux autres chercheurs. Après quelques échanges, il a envoyé sur Messenger un fichier audio disant qu’ils avaient un ordre de mission signé du Fofifa lors de la mission de 2014.
Il a aussi cité Pr Leong Pock Tsy qui faisait, selon ses dires, les analyses génétiques, et c’était en complément de son travail qu’ils avaient envoyé des échantillons à Baum, en précisant que cette même mission n’était pas destinée à faire des prélèvements pour des analyses génétiques.
« Moi, je suis biogéographe. A l’époque, je travaillais sur l’écologie des baobabs. C’est très différent : leur écologie, l’impact du changement climatique et celui de la déforestation. Les publications en mon nom portent en général sur ces sujets et non sur la génétique », a-t-il indiqué.
Au téléphone, Pr Leong Pock Tsy a expliqué qu’il dirigeait durant 7 ans des activités de recherche sur les baobabs avec le Cirad, en partenariat avec l’université d’Antananarivo.
« Cornu était un responsable au sein du projet de recherche. Puis, il prenait une disponibilité vis-à-vis de son institution au profit des activités privées, qui ne lui permettaient pas de prendre des échantillons au nom de la recherche. J’insiste là-dessus, car ça nous appartient », a dit à Mongabay le patron de Fofifa.
Poursuivant son explication, l’expert généticien malgache a évoqué les normes concernant l’accès et le partage des avantages (APA) découlant de l’utilisation des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles associées à Madagascar.
« Quand il s’agit d’étude génétique, surtout à des fins commerciales, le chercheur doit impérativement aller d’abord à la rencontre des populations locales. Elles sont en droit d’exiger des contreparties, parce qu’elles sont détentrices des ressources génétiques, qui coûtent très cher au niveau mondial », a expliqué Dr Onja Razanamaro, botaniste et directrice du PBZT.
Pourtant, lesdites normes APA semblent avoir été bafouées. Pr Leong Pock Tsy a catégoriquement nié n’avoir signé aucune autorisation d’exportation d’échantillons pour les analyses génétiques aux Etats-Unis.
« L’information m’a surpris. Personnellement, en ma qualité de directeur général du Fofifa, l’exportation sans passer par aucune institution publique, soit le Fofifa, soit l’université, est illégale. C’est notre propriété. Elle appartient à Madagascar. Il est des règles à suivre. C’est une question d’espèce endémique et ça n’a pas suivi la procédure normale », a-t-il indiqué.
« Non, non et non. Nous n’avons jamais fait d’échange d’échantillons. Cornu a agi de son propre chef. Il aurait pris des échantillons durant ses périples, avec son assistant. Et ce n’est pas la première fois qu’il se comporte de la sorte. Il a fait pareil en publiant un article sur les lézards du Sud, avec un chercheur américain, sans avoir eu l’autorisation ni de moi, ni du Cirad, ni de l’université », a ajouté le responsable.
La frustration de la partie malgache n’en reste pas là. L’absence d’aucun natif dans la liste des auteurs fait froncer les sourcils. Tous les co-auteurs sont exclusivement des Américains, alors que le processus a impliqué des Malgaches.
« Dès qu’un chercheur étranger fait travailler un Malgache pour sa recherche, bien que celui-ci n’ait participé ni à l’analyse ni à la rédaction, il a l’obligation de citer son collaborateur national comme co-auteur. La possession des ressources génétiques est encore plus importante que la participation à l’analyse et à la rédaction », a indiqué Dr Razanamaro.
Deux employés du PBZT, à la retraite depuis quelques années, ont en effet assisté Karimi tout au long de son investigation sur le terrain sans qu’ils soient cités comme co-auteurs telle que stipule la tradition de la recherche. Leurs noms apparaissent seulement dans les remerciements.
« S’ils ont pu participer à la recherche, c’est qu’ils ont eu l’autorisation du PBZT. S’ils sont cités comme co-auteurs, cela a sûrement un impact positif sur le rayonnement international du parc. Mais il n’en est rien. Certains chercheurs ignorent la règle de l’art et ne font qu’exploiter nos ressources à leur profit, sous prétexte que nous n’avons pas d’infrastructures adéquates », a ajouté la responsable.

Pour se défendre, Dr Karimi dit : « Le personnel du PBZT m’a assisté durant toutes les expéditions sur le terrain. De nombreuses expéditions ont été nécessaires avant la publication de l’étude. J’ai contacté, quelques années plus tôt, l’équipe du parc pour savoir si les personnes impliquées étaient intéressées par une collaboration sur le manuscrit. Malheureusement, elles sont maintenant à la retraite ».
« Je suis navrée qu’aucun chercheur malgache n’ait participé au processus de publication. Avant notre première expédition de terrain, nous avions contacté plusieurs chercheurs en vue d’une collaboration. Nous n’avons reçu aucune réponse malgré les nombreuses tentatives », a-t-elle ajouté.
« Au début de ce travail, j’étais étudiante en thèse et, plus récemment, j’ai contacté d’autres chercheurs en vue de collaborer sur le travail de taxonomie présenté dans le manuscrit. Mais là encore, je n’ai reçu aucune réponse. Il reste encore des questions et des travaux de taxonomie à approfondir. Mon objectif est de recontacter plusieurs chercheurs malgaches, afin de collaborer à ces travaux ».
En réponse, Dr Razanamaro a dit : « Au temps où elle était étudiante en thèse, nous parlions déjà de baobabs. Dès que j’ai fini ma thèse en 2016, je lui ai dit que la collaboration m’intéressait. Mais elle y aurait été peu disposée ».
« La remarque [de Dr Karimi] sur la coédition est valable. Les chercheurs sont tellement occupés par leur tâche qu’ils ne disposent pas suffisamment de temps pour écrire des articles, si bien que peu de réponses sont obtenues par la solliciteuse. Parfois aussi, la collaboration elle-même, sur des bases peu rassurantes, pose des problèmes », a indiqué Dr Onjalalaina.
Neuf espèces de baobabs désormais
Désormais, le monde compte neuf espèces de baobabs : sept à Madagascar, une en Afrique continentale et une autre en Australie du Nord. Une étude, publiée le 19 mai 2024, par la revue scientifique Nature, suggère les origines malgaches des baobabs hors du pays.
Les avis divergent à ce propos. Mais une chose fait l’unanimité : il y a encore beaucoup à découvrir sur l’île. Seulement, l’attitude de certains chercheurs venus des nations riches, profitant peut-être de la situation de faiblesse du pays, rappelle les façons de faire d’une autre époque.
La règle en matière de recherche est la même, quelle que soit la nationalité du chercheur. Les autorités compétentes doivent être strictes à ce sujet. La préservation du patrimoine génétique relève d’un domaine stratégique au même titre que la défense nationale.
Image de bannière : L’image montre un baobab (genre Adansonia), vraisemblablement une espèce endémique de Madagascar comme le Adansonia rubrostipa ou le Adansonia za, caractérisé par son tronc massif en forme de bouteille et ses branches dénudées. Image de Rivonala Razafison, prise dans la commune d’Ankilimaliniky, Toliara II, dans la matinée du 23 août 2026.
Citations :
Karimi, N., Grover, C.E., Wendel, J.F. and Baum, D.A. (2026), Phylogenomic analysis of Madagascar’s baobabs reveals admixed populations and supports resurrection of a previously described species. Taxon, 75: e70176. https://doi.org/10.1002/tax.70176
Wan, JN., Wang, SW., Leitch, A.R. et al. The rise of baobab trees in Madagascar. Nature 629, 1091–1099 (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-024-07447-4 bb
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