- La COP17 s’est achevée sans accord sur un protocole juridiquement contraignant permettant aux pays de s’attaquer à la dégradation des sols et à la sécheresse.
- Sans accord contraignant, les initiatives nationales et régionales se poursuivront pour contribuer à restaurer les terres dégradées en Afrique.
- La Grande Muraille Verte reste un chantier majeur pour restaurer les terres dégradées du Sahel.
- Une enveloppe de 1,3 milliard USD mobilisés pour restaurer les terres et renforcer la résilience, face à la sécheresse dans 23 pays.
À l’issue de deux semaines de négociations en Mongolie, la 17ᵉ session de la Conférence des Parties (COP17) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est achevée le 28 août 2026, sans accord sur un protocole juridiquement contraignant permettant aux pays de s’attaquer à la dégradation des sols et à la sécheresse.
Pour l’Afrique, où la dégradation des terres, la désertification et les épisodes de sécheresse menacent les moyens de subsistance de millions de personnes, ce report constitue une occasion manquée, selon plusieurs experts, issus de différents groupes de réflexion sur le changement climatique, ayant pris part à cette importante rencontre.
Selon Haseeb Bakhtary, expert des systèmes alimentaires, de l’agriculture et de l’utilisation des terres à Climate Focus, un groupe de réflexion basé à Amsterdam aux Pays-Bas, et spécialisé dans les politiques climatiques et le développement durable, l’absence d’accord ne doit toutefois pas occulter certains progrès réalisés à la COP17.
« La majorité des pays reconnaissent l’importance des terres et des systèmes alimentaires agricoles pour répondre aux crises multiples liées au climat, à la perte de biodiversité et à l’insécurité alimentaire », souligne-t-il dans une interview à Mongabay.
D’après les récentes données de la Banque africaine de développement (BAD), publiées le mois dernier, jusqu’à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées, ce qui affecte plus de 3,2 milliards de personnes. En Afrique, la BAD estime que le changement climatique, la déforestation, le surpâturage et l’exploitation non durable des ressources figurent parmi les phénomènes, qui érodent la productivité des systèmes agricoles et pastoraux.
La COP17 devait permettre aux pays de renforcer leur réponse collective face à l’aggravation des sécheresses, notamment à travers la mise en place d’un cadre juridiquement contraignant et de mécanismes de financement obligatoires.
Face à l’opposition de quelques gouvernements, dont les États-Unis, la décision sur un éventuel protocole ou cadre mondial sur la sécheresse a été renvoyée à la COP18, dans deux ans.
Pour les pays africains particulièrement vulnérables à la dégradation des terres et aux sécheresses récurrentes, ce report intervient alors que les pressions sur les terres agricoles, les pâturages et les ressources en eau s’intensifient.

1,3 milliard USD promis pour restaurer les terres dégradées
En Afrique, les experts affirment que la désertification ne se manifeste pas seulement à travers l’avancée du désert, mais elle comprend également la dégradation progressive des sols, la perte de la végétation, l’épuisement des terres agricoles et la détérioration des écosystèmes soutenant les populations rurales.
L’un des principaux résultats annoncés en marge de la COP17 est la mobilisation de 1,3 milliard USD, de nouveaux financements et des financements en cours de mobilisation pour la restauration des terres et le renforcement de la résilience face à la sécheresse.
Ces investissements doivent notamment soutenir des initiatives dans 23 pays, dont le Rangelands Flagship Initiative, visant à renforcer la restauration et la résilience des terres pastorales.
Pour l’Afrique, où les parcours et les pâturages jouent un rôle essentiel dans les économies rurales, Bakhtary affirme que ces investissements pourraient contribuer à restaurer des terres dégradées et à renforcer la résilience des communautés pastorales.
Selon João Campari, responsable mondial de l’alimentation et de l’agriculture pour le Fonds mondial pour la nature (WWF), la COP17 a néanmoins permis d’insuffler une nouvelle dynamique en faveur de la restauration et de la gestion durable des pâturages et des prairies.
« L’agriculture doit cesser d’être perçue comme un problème et devenir une véritable partie de la solution, notamment en protégeant les écosystèmes naturels », affirme-t-il dans une interview accordée en ligne à Mongabay, tout en soulignant l’importance d’une mise en œuvre effective des engagements sur le terrain et d’un soutien accru aux communautés locales.
Cette question est particulièrement importante en Afrique, où les communautés locales sont souvent en première ligne face à la dégradation des terres et aux changements du régime des pluies.
Pour les pays africains confrontés simultanément à la sécheresse, à la dégradation des terres et à la perte de biodiversité, une meilleure coordination pourrait permettre d’éviter la fragmentation des politiques et de mieux utiliser les financements disponibles.

L’enjeu dépasse la COP
Du point de vue des responsables de WWF, l’absence d’accord contraignant sur la sécheresse constitue une déception, même si cela ne signifie pas forcément l’arrêt des initiatives nationales et régionales.
Christine Colvin, responsable mondiale des Politiques de l’eau douce pour WWF, estime que malgré l’absence d’un accord, les gouvernements, les organisations de la société civile et les institutions financières peuvent continuer à renforcer la préparation aux sécheresses.
« Avec de nombreux pays confrontés à des catastrophes liées à la sécheresse, les acteurs individuels et régionaux vont poursuivre leurs efforts pour renforcer la préparation et la résilience », souligne-t-elle dans une interview à Mongabay.
Les efforts de restauration de la Grande Muraille Verte, à travers le Sahel, constituent l’une des initiatives les plus ambitieuses du continent africain pour reverdir les terres dégradées, renforcer la résilience climatique et améliorer les moyens de subsistance des communautés.
Pour financer pleinement les ambitions de la Grande Muraille Verte, au moins 33 milliards USD seraient nécessaires d’ici à 2030, selon la BAD, alors que les engagements financiers annoncés à ce jour dépassent 19 milliards USD.
Image de bannière : La BAD estime que jusqu’à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées. Des investissements sont déjà mobilisés et en cours de mobilisation pour la restauration des terres et le renforcement de la résilience face à la sécheresse en Afrique. Image de Leela Channer via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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