- Au sud du Bénin, la commune de Ouidah est reconnue pour ses actions de préservation des mangroves, espèces protégées par la règlementation nationale et internationale.
- Mais depuis quelques semaines, ces palétuviers subissent d’importantes destructions.
- Dépassés par ces dégâts, des défenseurs de l’environnement craignent la disparition progressive de cet écosystème vital.
Dans l’arrondissement de Houakpè-Daho dans la commune de Ouidah, une ville historique située à une quarantaine de kilomètres de Cotonou, la capitale économique du Bénin, les efforts de conservation des mangroves sont foulés aux pieds par des inconnus. Les mangroves subissent d’importantes destructions à plusieurs endroits. Une patrouille fluviale, sur la lagune de Houakpè-Daho, a permis de faire le constat alarmant dans les villages de Sèyigbé, Azizakouè et Toligbé. Les villages Kouvènanfidé, Mêko, Dégouè et Aïdo, dans l’arrondissement de Djègbadji, affichent leur lot de destructions le long de la lagune de Ouidah. « J’étais abattu face aux dégâts des coupes de palétuviers », dit Adolphe Lissassi, chef du village de Sèyigbé. « Je suis triste de constater la pression sur les mangroves », dit André Ayiwanou, pêcheur et saliculteur à Houakpè-Daho centre.
Dans ces différents villages, plusieurs poches de mangroves ont été détruites. Pendant la visite des sites, les chants des oiseaux, ponctués par les sauts de poissons, venaient des mangroves offrant une atmosphère rafraîchissante. Des oiseaux nageurs plongent, et certains piscivores planent sur l’eau à la recherche de poissons. Par endroits sur la lagune, les branches des palétuviers servent de dispositif « d’acadja », pour piéger les poissons. « Depuis quelques semaines, nous avons constaté que la coupe des mangroves a pris de l’ampleur », a dit Nicolas Alomasso, pêcheur rencontré par Mongabay à Kouvènanfidé.
On retient de ces propos qu’Il y a une importante végétation de mangroves dans l’arrondissement de Djègbadji. « Les mangroves constituent une richesse, mais certaines personnes ne le savent pas et vont les couper pour en faire leur « acadja » » [un dispositif de pêche constitué d’un amas de branchages ou de pieux plantés dans l’eau, destiné à attirer et à concentrer les poissons, afin de faciliter leur capture]. Les lagunes étant dépourvues de ressources halieutiques à certains endroits, certaines personnes détruisent les mangroves à la recherche de poissons », a expliqué Hippolyte Somessi, pêcheur rencontré à Djègbadji.
Pour éviter ces pratiques dans la zone de Ouidah, les organisations non gouvernementales, appuyées des autorités locales, interviennent pour sensibiliser et mener des activités de surveillance permettant de prévenir les coupes, les installations « d’acadja » destructrices de ces écosystèmes. « Malgré la sensibilisation, il y a des individus qui ne veulent pas abandonner les mauvaises pratiques de coupes des palétuviers, pour le bois de chauffe », souligne Josias Madogotcha, environnementaliste, chargé du suivi-évaluation et de la conservation des espèces menacées, à l’ONG Action Plus, basée à Ouidah.
A l’en croire, les populations doivent comprendre que ce n’est plus le nombre de personnes, qui profitaient des palétuviers il y a quelques décennies, qui les utilisent en 2026. Les pratiques doivent changer pour ne pas épuiser la réserve.

L’utilité des mangroves pour la diversité biologique
Dans tous les villages visités, les acteurs s’accordent à reconnaître l’utilité des mangroves pour les communautés riveraines et pour le maintien de la diversité biologique. « Les oiseaux, les crocodiles, les varans et autres espèces fauniques se réfugient dans les mangroves pour survivre. Détruire cette végétation protégée, c’est porter atteinte à la vie de ces animaux qui peuvent disparaitre », a confié Alomasso.
Selon Lissassi, non seulement les mangroves participent à la reproduction et au développement des poissons, elles constituent aussi un refuge pour les singes. « Cette végétation contribue à retenir certains agents pathogènes susceptibles d’affecter les populations riveraines », a dit Ayiwanou.
Pour Madogotcha, « les mangroves sont des écosystèmes fragiles présents dans les zones côtières. Elles jouent un rôle très important en matière d’atténuation. Elles ont une forte capacité de stockage de carbone et protègent les populations côtières contre les aléas climatiques ».
Il a aussi expliqué que les mangroves servent d’éponge, parce qu’elles permettent de débarrasser les eaux de ruissellement des déchets grossiers avant qu’elles n’atteignent les lagunes côtières. « Au regard de ces avantages, elles doivent être préservées. Mais sa préservation connaît une forte régression ; et si cela continue, elles disparaîtront », dit-il.

La sensibilisation répressive
Des organisations non gouvernementales ont pris à bras le corps la gestion durable de ces écosystèmes. « Malgré les efforts fournis, force est de constater que le message peine à passer à certains endroits. On observe la coupe massive des palétuviers pour des besoins de bois énergie et l’installation de « acadja » qui sont pourtant des pratiques interdites », a indiqué Madogotcha.
Selon lui, les acteurs de conservation doivent resserrer leur rang face à la recrudescence de ces pratiques. Pour y arriver, il estime qu’il faut appliquer la règlementation, notamment la loi n° 2018-10 du 2 juillet 2018 portant protection, aménagement et mise en valeur de la zone du littoral, dont l’article 12 dispose, entre autres, que tous les espaces de mangroves bordant les plans et cours d’eau sont déclarés espaces sensibles protégés.
Le site Ramsar 1017 couvre, entre autres, la lagune côtière comprenant notamment les zones côtières de Djègbadji à Ouidah. La destruction des mangroves de Ouidah intervient dans un espace couvert par ce site Ramsar. La convention de Ramsar sur les zones humides de 1971 engage les États signataires à promouvoir la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides.
« Il faut commencer par appliquer la loi à ceux qui persistent malgré les mises en garde, pour dissuader les autres qui détruisent ces écosystèmes. Tant qu’on ne sévit pas, des milliards vont être engloutis dans la conservation des mangroves avec assez d’énergie sans résultat », dit Madogotcha.

Du plomb dans l’aile de la répression
Dans tous les villages visités par Mongabay, les acteurs suggèrent la répression pour mettre fin aux actes sabotant la préservation des mangroves dans la commune de Ouidah. Mais certaines personnes impliquées par le passé dans la répression ne sont pas de cet avis.
Lors d’une patrouille fluviale à laquelle Mongabay a participé, l’équipe a surpris un pêcheur de la trentaine environ, faisant la pêche prohibée à l’aide « d’acadja », mis en place avec des branches de palétuviers. Dès qu’il a aperçu l’équipe de loin, son binôme a disparu dans les mangroves avec la pirogue contenant le stock de poissons. Ce pêcheur, surpris après 2,5 kilomètres de navigation sur la lagune, n’a pas voulu révéler son identité. Il a reconnu qu’il est interdit de piéger les poissons en se servant des branches de palétuviers pour installer « acadja ».
« Cette interdiction est rentrée en vigueur en 2017. J’ai fait cette lutte pendant longtemps. Mais quand les suspects sont arrêtés et conduits devant les agents assermentés, ils sont relâchés et reviennent quelques semaines après dans la lagune commettre les mêmes forfaits ». Et de conclure : « C’est une lutte vaine. J’ai repris aussi la pêche comme les autres ».

Image de bannière : Les destructions subies par les mangroves ces derniers jours dans l’arrondissement de Djègbadji dans la commune de Ouidah au Bénin. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.
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