- Dans les villes comme Lubumbashi ou à Kolwezi en RDC, les termitières sont détruites pour la fabrication des briques, une nouvelle activité lucrative.
- Selon le professeur Basile Bazikare, de la Faculté d’agronomie de l’université de Lubumbashi, les termites sont acteurs essentiels de la fertilisation et de la restauration des sols.
- Basile Bazikare souligne que leur disparition constituerait une perte de biodiversité importante.
A Lubumbashi ou à Kolwezi, capitales des provinces congolaises du Haut-Katanga et du Lualaba en pleine expansion d’espaces, l’habitat est largement fait de briques en terre cuite. Matériaux de construction, ces briques sont obtenues en rasant les termitières, riches en argiles, présentes dans les régions au sol parfois assez sablonneux.
Autour des villes de la région du Katanga, les termitières disparaissent de plus en plus, la fabrication des briques étant devenue tout un juteux business. Cette fabrication contribue pourtant au déboisement, parce que ces briques sont cuites au bois ou au charbon de bois. Outre la fabrication des briques, d’autres activités telles que l’agriculture, les mines et le tracé desles voies de circulation perturbent les écosystèmes des termites.
Dans les écosystèmes du miombo du Katanga, précisément dans la forêt claire de savane s’étendant du Katanga au sud-est de la RDC à l’Afrique australe, les termites sont de véritables ingénieurs naturels de la fertilité des sols. Ils décomposent et recyclent la matière organique, ramènent en surface des matériaux provenant des profondeurs, redistribuent des nutriments. Et grâce aux galeries qu’ils creusent, ils favorisent la circulation de l’air et de l’eau dans le sol.
Pourtant, ces acteurs essentiels de la fertilisation et de la restauration des sols sont menacés par la destruction de leur habitat forestier et de leurs termitières. Pour le professeur Basile Bazikare de la Faculté d’agronomie de l’université de Lubumbashi, leur disparition constituerait une perte de biodiversité importante. Surtout, elle priverait les sols du miombo des fonctions indispensables à leur fertilité et au fonctionnement de l’écosystème. Préserver ces « ingénieurs » suppose une protection des forêts, mais aussi une meilleure planification de l’agriculture et l’utilisation des terres.
Mongabay : Le Katanga compte beaucoup de termites et de termitières, particulièrement dans le sud. Les termites sont-ils aujourd’hui menacés dans cette région à la fois minière et agricole ?
Basile Bazikare : Oui. Les termites, qui jouent un rôle important dans l’équilibre des écosystèmes forestiers, sont réellement menacés, pour une raison simple : leur propre habitat est menacé. Leur habitat, c’est la forêt.
Si vous détruisez la forêt, ces termites ne peuvent pas subsister. De l’autre côté, les termites sont aussi détruits, parce que pour produire notamment des briques, on détruit les grosses termitières, qui sont pourtant des structures biogéniques importantes pour le fonctionnement des écosystèmes du miombo.
Oui, les termites sont en danger, tout simplement parce que leur habitat est fortement menacé.
Mongabay : Quel rôle jouent précisément les termites dans la fertilité des sols du miombo ?
Basile Bazikare : Les termites jouent un rôle proéminent dans les écosystèmes du miombo. Pour le comprendre, je vais d’abord mentionner un premier processus : celui de la restitution naturelle.
Lorsque vous trouvez une forêt naturelle non perturbée, elle est en équilibre. Il y a des plantes qui poussent sur le sol, qui meurent et qui sont décomposées. Tout ce qui vient des plantes est à nouveau restitué. C’est aussi le cas des animaux qui vivent dans cet écosystème. C’est de la restitution naturelle qui passe par le processus de décomposition. Et, dans les écosystèmes du miombo, les plus grands décomposeurs sont les termites.
Par leur activité de décomposition, ils vont restituer une grande partie des éléments nutritifs qui avaient été exportés par les plantes et qui reviennent au sol pour maintenir l’équilibre. Par cette activité, les termites jouent d’abord un rôle de déblayeur. S’ils n’étaient pas là, tout ce qui tombe au sol ne serait pas décomposé et déblayé. La forêt se retrouverait alors encombrée et, lorsqu’une forêt est encombrée, les plantes ne poussent plus correctement. Les éléments qui avaient été exportés ne seraient pas, non plus, restitués au sol.
Par ce rôle très important de décomposeur et de recycleur des nutriments, notamment le carbone, l’azote, le phosphore et d’autres éléments, les termites recyclent donc ces éléments de la plante vers le sol et, plus tard, du sol vers la plante.

Mongabay : Leur rôle ne se limite donc pas à la décomposition de la matière organique ?
Basile Bazikare : Non. Un deuxième processus important à mentionner est celui de la bioturbation.
Les termites construisent leurs structures biogéniques à la surface avec des matériaux qu’ils vont chercher en profondeur. Ce sont notamment des particules fines qu’ils ramènent vers la surface. Or, les sols tropicaux sont réputés être des sols fortement altérés et acides. À la surface, vous avez des argiles qui ont atteint un stade d’altération avancé. Pour ne pas être trop technique, cela signifie qu’elles sont notamment riches en kaolinite et en oxydes de fer et d’aluminium.
Ces argiles n’ont pas les propriétés de fertilité les plus intéressantes. Les argiles plus jeunes possèdent notamment des propriétés de charge qui permettent au sol de fixer les nutriments nécessaires. Les nutriments consommés par les plantes sont des ions dissous dans la solution du sol. Le sol est incapable de fixer ces nutriments s’il n’a pas suffisamment de charges.
Or, comme je viens de le mentionner, nos sols sont fortement altérés et acides, et manquent souvent d’argiles intéressantes. Les termites vont en profondeur, ramènent des matériaux vers la surface et utilisent notamment ces argiles pour construire leurs structures biogéniques. Avec l’érosion, ces éléments ramenés à la surface sont ensuite redistribués.
Mongabay : On constate au Katanga, par exemple, que les paysans aiment cultiver autour des termitières. Les termitières deviennent-elles alors des sortes de réservoirs de fertilité ?
Basile Bazikare : Oui. Dans la région, nous pouvons avoir facilement cinq termitières à l’hectare. Ce sont de grosses structures biogéniques qui peuvent atteindre jusqu’à 1 000 mètres cubes.
La plupart des termites qui construisent ces grosses structures sont xylophages en ce sens qu’ils consomment du bois. Ils ramènent donc du bois très riche notamment en calcium, en magnésium et en potassium. D’un côté, ils ramènent ces éléments organiques par leur consommation et, de l’autre, ils ramènent des éléments inorganiques pour construire leurs structures biogéniques.
Ils vont ainsi mettre en place de véritables îlots de fertilité dans un environnement ferralitique où les sols sont pauvres. Cette fertilité est ensuite redistribuée à la surface par l’érosion. C’est un rôle majeur qu’ils jouent dans le maintien de l’équilibre de la fertilité du sol.
Ils interviennent donc à la fois par la décomposition et par la bioturbation, c’est-à-dire par le fait d’aller chercher des matériaux et des nutriments en profondeur et de les ramener vers la surface.
Mongabay : Vous avez aussi évoqué leurs galeries. En quoi sont-elles importantes pour les sols et la végétation ?
Basile Bazikare : Les termites jouent également sur la porosité du sol. Ils font des galeries parce qu’ils ne sont pas héliophiles : ils détestent la lumière et préfèrent circuler dans des galeries sombres.
Ces galeries vont permettre la circulation de deux fluides importants pour maintenir l’équilibre de la végétation à la surface : l’air et l’eau. Grâce aux termites, le sol maintient donc un certain niveau de porosité, qui permet la circulation de ces deux fluides importants.
Et il faut mesurer l’importance de leur activité. Ici, les termites peuvent décomposer à eux seuls sept tonnes de matière organique par an et par hectare.
Vous les enlevez de ces écosystèmes, vous tuez ces écosystèmes. Si vous les retirez, l’écosystème va dépérir, parce que vous n’aurez plus les fonctions que je viens de mentionner.

Mongabay : Pourtant, la forêt de miombo, leur habitat et leurs termitières sont perturbés par différentes activités humaines. Peut-on encore préserver ces termites ?
Basile Bazikare : Oui, nous pouvons les préserver si nous utilisons nos ressources de manière efficiente. Si nous commençons notamment par préserver l’habitat naturel de la plupart des animaux, et donc des termites, que sont nos forêts, nous aurons déjà bien fait.
Nous ne sommes pas obligés, pour des raisons matérielles ou alimentaires, de détruire tout ce qui est autour de nous. Nous pouvons utiliser efficacement nos ressources, parmi lesquelles nos forêts et nos sols.
Les politiques de protection des écosystèmes doivent donc trouver un équilibre : d’un côté, ne pas nuire à la bonne utilisation des ressources qui sont nécessaires à la survie des populations et, de l’autre, faire en sorte que nous maintenions autour de nous, dans notre région, des écosystèmes fonctionnels, sans tout détruire.
Mongabay : Cela implique-t-il aussi de repenser la manière dont les terres agricoles sont organisées et exploitées ?
Basile Bazikare : Bien entendu. On ne va pas transformer tous les écosystèmes naturels en agrosystèmes. L’État doit avoir une bonne cartographie et pouvoir dire : pour tel bassin agricole, voilà l’agrosystème qui doit alimenter les populations de telle zone ; voilà l’agrosystème que nous allons essayer de maintenir.
Même dans un agrosystème, il peut y avoir des habitats naturels. Pourquoi ne pas développer davantage l’agroforesterie ? Pourquoi ne pas travailler le sol avec des systèmes de labour conséquents ?
Il y a donc moyen de gérer nos agrosystèmes pour ne pas trop les affecter, mais également de ne pas transformer tous les écosystèmes naturels en agrosystèmes ou en autre chose.
Image de bannière : Une unité de fabrication de briques et une voiture venue livrer des sacs de charbon de bois pour alimenter le four à briques. La fabrication des briques et les makala (charbon de bois) comptent parmi les menaces contre les termitières. Image de Didier Makal.
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