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Au Cameroun, l’intensification de la production du cacao menace la biodiversité

Des producteurs dans un champ de cacao à Bankim au Cameroun. Image de Irénée Modeste Bidima.

  • Une étude révèle que l’intensification de la production du cacao menace la biodiversité au Cameroun.
  • Les auteurs soulignent que l’utilisation abusive des intrants chimiques et la destruction des écosystèmes naturels sont les principales causes de cette menace.

Une étude menée dans les plantations de cacaoyers au Centre et au Sud du Cameroun, révèle que l’intensification de la production menace la biodiversité. Le Professeur Kamdem Cyrille Bergaly, enseignant-chercheur à l’université de Yaoundé 2 au Cameroun, a expliqué à Mongabay au téléphone que l’utilisation abusive des intrants chimiques et la destruction des écosystèmes naturels sont les principales causes de cette menace sur la biodiversité.

« Les menaces sur la biodiversité sont de divers ordres : les mammifères, les reptiles et les oiseaux sont exposés par l’ingestion directe des fruits, des graines ou des aliments contaminés par les produits chimiques, mais aussi de manière indirecte en mangeant des insectes pollués par un insecticide. Les effets peuvent aller de l’intoxication aiguë à la mortalité, ou à des effets plus discrets : troubles neurologiques et immunitaires, croissance réduite ou perturbation de la reproduction », a expliqué le Pr Kamdem, co-auteur de l’étude publiée le mois dernier, dans la revue Discover Environment.

Il a aussi déploré une forte régression de la population d’oiseaux à cause de la réduction des habitats, des sites de nidification et des ressources alimentaires indisponibles dans les cacaoyères indexées.

Des producteurs dans un champ de cacao à Bankim au Cameroun. Image de Irénée Modeste Bidima.
Des producteurs dans un champ de cacao à Bankim au Cameroun. Image de Irénée Modeste Bidima.

Selon lui, l’usage abusif des herbicides a des effets négatifs sur la flore au contact avec les plantes, et de façon indirecte en modifiant le sol, les microorganismes et les interactions écologiques permettant à la végétation de se maintenir. « Ceci entraîne à court terme la disparition des plantes herbacées et arbustes associés au cacao », a-t-il souligné.

Alvine Léonie Ngo Minyem, cacaocultrice à Mbalmayo, un village situé à 50 kilomètres au Sud de Yaoundé, que Mongabay a contacté, regrette qu’elle ne puisse plus trouver des champignons comestibles dans ce type de cacaoyère. Quand bien même elle en trouve, ceux-ci sont impropres à la consommation. Elle pointe également du doigt la contamination des eaux et des organismes aquatiques. « Lorsque les intrants chimiques utilisés sont entraînés par les eaux de pluies vers les rivières, les ruisseaux ou les marécages, ils affectent et tuent les organismes aquatiques » a-t-elle souligné.

Une plantation de cacao au Cameroun. Image de Barada-nikto via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
Une plantation de cacao au Cameroun. Image de Barada-nikto via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).

Disparition des espèces animales dépendant des arbres spécifiques

Interrogée, Dr Hermine Mahot, chercheur dans des projets dédiés à la production du cacao à l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) de Nkolbisson à Yaoundé, partage les résultats de cette étude. « L’intensification engendre généralement la disparition des ennemis naturels, et favorise la résurgence des ravageurs majeurs comme les punaises du cacaoyer, plus attirés par les plantations de plein soleil ou des zones très ensoleillées des cacaoyères appelées « poches à mirides ». Il y a aussi la disparition des espèces animales qui dépendent parfois des arbres spécifiques », a-t-elle souligné.

Dr Gérard de la Paix Bayiha, consultant indépendant en économie des transitions agricoles, salue aussi l’étude tout en soulignant que les auteurs n’aient pas intégré la taille des parcelles dans leur analyse : « Les systèmes de production du cacao qui sont à la fois très productifs, tout en ayant une politique d’usage de terres et minimisant les dommages sur la biodiversité, sont essentiels », a-t-il confié à Mongabay.

Tétang Appolinaire, ingénieur agronome phytopathologiste en service à l’Ong SAILD à Yaoundé, est du même avis que les autres chercheurs, tout en proposant une solution : « Même s’il peut paraître difficile d’intensifier un système cacaoyer sans perturber l’écosystème, il est possible d’intensifier la production du cacao tout en préservant la biodiversité sur des parcelles agroécologiques ou agroforestières dans lesquelles la main d’œuvre manuelle est maîtrisée », a-t-il dit à Mongabay.

Image de bannière : Des producteurs dans un champ de cacao à Bankim au Cameroun. Image de Irénée Modeste Bidima.

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