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Au Cameroun, les agricultrices misent sur des briques à graines pour conserver leurs semences paysannes

  • Les femmes de la commune rurale d’Esse, dans le centre-sud du Cameroun, sont formées à la conservation de leurs semences paysannes, grâce aux briques à graines, une technique agroécologique rustique.
  • Selon l’ONG camerounaise Réseau pour les acteurs du développement durable, les briques à graines protègent les semences paysannes des ravageurs et favorisent leur résilience au climat.
  • Les spécialistes expliquent que ce type de pratique agroécologique paysanne contribue à l’autonomie paysanne, mais aussi à la lutte contre le réchauffement de la planète.

Une fois par mois, les femmes de la commune rurale d’Esse, dans la région du Centre, au Cameroun, s’exercent à l’adoption des pratiques agricoles durables, sous l’impulsion du Réseau des acteurs du développement Durable (RADD), une ONG camerounaise basée à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

Cette matinée de mi-septembre 2026, elles se sont retrouvées à la Case communautaire des semences paysannes de la localité, inaugurée en 2023, pour le conditionnement et la préservation du patrimoine semencier de la commune, afin de fabriquer des briques à graines, devant servir à conserver leurs semences paysannes.

Le processus consiste à préparer une pâte à terre pétrie à la main, à emballer la semence dans un emballage en plastique imperméable afin de la protéger contre l’humidité, à enrober la semence emballée avec la pâte à terre pour former une brique solide, et à la stocker à l’ombre à l’abri des intempéries. Chaque brique contient une seule variété de semences.

Des briques à graines fabriquées par les agricultrices de la Case communautaires des semences paysannes d’Esse, dans la région du Centre au Cameroun. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.

Cette technique traditionnelle de conservation des semences paysannes était ignorée par les agricultrices d’Esse, l’ayant découverte avec la mise en place de la banque de semences locales, où on retrouve majoritairement des semences de céréales, de légumineuses et de tubercules, etc.

À Esse, plus de 80 % de la population vit essentiellement de l’agriculture, avec le manioc et l’arachide comme cultures principales. Par le passé, les femmes de cette commune avaient recours aux greniers traditionnels et aux matières plastiques pour conserver leurs semences, qui étaient exposées aux risques de détérioration et à des pertes.

« Beaucoup de choses ont changé avec les formations du RADD. On nous recommande de bien sécher la semence, de choisir la bonne semence, de faire le tri en enlevant tout ce qui est pourri, de conserver les semences par variété, alors qu’avant, on mélangeait toutes les semences. Maintenant, on les conserve de manière séparée », dit à Mongabay, Jeanne Ngono, conseillère à la Case communautaire des semences d’Esse. Les graines conservées dans les briques seront ensuite retirées au bout d’une année, afin d’évaluer leur taux de germination.

Les paysannes de la commune d’Esse lors d’une session de formation de fabrication des briques à graines sous la direction de l’ONG RADD au Cameroun. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.

Résilience aux effets du changement climatique

L’ONG RADD indique que l’idée de la mise en place des banques de semences résulte de l’érosion des semences paysannes au fil des années et de la perte de la biodiversité végétale. L’une des causes étant liée à des pratiques de conservation inappropriées, en l’occurrence le recours aux bouteilles en matière plastique.

Arnold Clément Bidima, responsable de l’aménagement et de la construction des cases communautaires des semences paysannes de cette organisation paysanne, explique à Mongabay, que l’efficacité de la brique à graines réside dans sa capacité à protéger les semences des insectes ravageurs, mais aussi des conditions climatiques défavorables.

« La semence paysanne a une faculté de résistance incroyable aux effets du changement climatique. On peut, par exemple, mettre une graine d’arachide en terre, elle y reste pendant un mois de saison sèche, mais dès que les pluies sont de retour, elle germe. Dans le contexte du changement climatique, c’est la semence paysanne qui est recommandée », dit-il.

Les briques à graines sont une composante du projet « cases communautaires des semences paysannes », conduit par l’ONG RADD au Cameroun, et également mis en œuvre dans le village Mvog-Zé, à 12 kilomètres d’Esse, et à Fotouni, un village situé à l’ouest du pays. Le but est de permettre aux agricultrices de recourir à des semences aussi longtemps qu’elles le souhaitent, sans avoir à opter pour des semences améliorées jugées moins résistantes aux effets du changement climatique par les agro-écologistes.

Des variétés de semences paysannes conditionnées dans la Case communautaire des semences paysannes d’Esse au Centre du Cameroun. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.

Les agricultrices d’Esse, à l’image des autres paysans du monde entier engagés dans la pratique de l’agroécologie et dans la promotion des pratiques agricoles durables, contribuent activement à la lutte contre le réchauffement de la planète.

L’organisation internationale GRAIN, soutenant la lutte des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité à travers le monde, salue l’initiative camerounaise des briques à graines. Selon Ange-David Baïmey, coordonnateur des programmes de cette ONG en Afrique, cette pratique contribue à la souveraineté alimentaire et à une autonomie des paysannes camerounaises.

« Ce type de pratique agroécologique paysanne fait avancer l’agriculture et les communautés, qui sont en lutte pour pouvoir préserver leurs semences paysannes des attaques des semences hydrides et génétiquement modifiées », a-t-il dit à Mongabay au téléphone.

Des briques à graines stockées à l’intérieur de la Case communautaires des semences paysannes d’Esse. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.

En 2015, en prélude à la COP21 sur le climat à Paris, l’ONG GRAIN et le mouvement altermondialiste international « La Vía Campesina » (la Vie paysanne en français) avaient mené une campagne contre les systèmes agro-industriels responsables des émissions de gaz à effet de serre, soutenant que les paysans et paysannes, ainsi que les petits producteurs, sont de principaux contributeurs à l’atténuation des effets du changement climatique, à travers l’adoption des techniques agroécologiques et des comportements responsables, dans le cadre de leurs activités.

« Les pratiques agroécologiques, les pratiques de conservation des semences contribuent non seulement à la souveraineté alimentaire et à une autonomie paysanne, mais aussi au refroidissement de la planète ». « Les petits paysans aident à refroidir la planète, parce qu’ils utilisent moins de produits chimiques et moins de pesticides, dont la fabrication requiert l’émission des gaz à effet de serre », explique Baïmey.

Image de bannière : Des variétés de semences paysannes conditionnées dans la Case communautaire des semences paysannes d’Esse au Centre du Cameroun. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.

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