- La société civile de Fungurume, en République démocratique du Congo, alerte sur l’insécurité, que vivent plusieurs habitants à la suite des civils tués par des balles perdues et d’autres blessées.
- Selon un communiqué consulté par Mongabay, des soldats commis à la garde de l’entreprise minière Tenke Fungurume Mining tirent à balles réelles sur des exploitants artisanaux.
- Récemment, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, a ordonné le retrait immédiat des militaires des mines.
- Contactée par Mongabay, l’entreprise dit ne pas recourir aux moyens létaux dans le rang de ses employés et se dit ouverte aux enquêtes indépendantes.
Le 28 juin 2026, vers 21 heures, Abdallah (non autrement identifié) est dans sa chambre d’hôtel au quartier Dipeta dans la cité de Fungurume, dans la province du Lualaba, en République démocratique du Congo (RDC). Un projectile traverse la toiture et tombe à une dizaine de centimètres de son lit. Quelques jours avant ce drame, une balle a traversé la chambre d’une autre personne pendant que la famille dormait.
À Fungurume, cité située à mi-chemin entre les villes de Kolwezi et de Likasi, sur la Nationale 39 dans le sud-est de la RDC, les balles sifflent assez couramment, selon le Cadre de concertation de la société civile (CCSC) de Fungurume, la faitière des associations locales.
Ces incidents se déroulent à proximité des installations de Tenke Fungurume Mining (TFM), filiale de la China Molybdenum Corporation (CMOC), l’une des plus importantes compagnies extractrices de cuivre et de cobalt dans la région.
Deux semaines avant l’incident de la RN39 Horace, un jeune d’une vingtaine d’années, comme indiqué dans le rapport, n’a pas eu la chance d’Abdallah, indique le rapport du 29 juin 2026 du CCSC. Le pauvre jeune homme a été fauché par une balle perdue, le 14 juin 2026. Comme ce dernier, deux autres habitants de Fungurume, prénommés Fanny et Mboso, ont également été tués par des balles perdues en 2025, indique la même source. La société civile précise, en outre, que « la liste reste longue » à ce propos.
Des balles perdues aux heures de grand trafic et chez ceux qui dorment
Les balles faucheuses seraient tirées depuis la concession de TFM limitrophe des quartiers Dipeta, Lukeka et Mwela Mpande de Fungurume, selon le communiqué du CCSC. Au soir du 3 mars 2026, à 17 heures locales, une autre balle a touché une passagère à bord d’un taxi-moto sur la RN39, d’après le communiqué du CCSC.
« Ça fait des années que la concession TFM est inondée de militaires dans l’objectif de sécuriser celle-ci contre toute incursion, tout vol et tout vandalisme et ce, après la plainte de la société sur le phénomène « attaque des creuseurs artisanaux clandestins », non seulement au sein de sa concession, mais sur son patrimoine aussi », indique le même rapport.
En tout, depuis décembre 2025, date à laquelle la société civile locale situe l’augmentation de ces incidents, au moins 14 personnes ont été victimes des balles perdues depuis TFM.

Dans une réponse écrite aux sollicitations de Mongabay, TFM dit avoir pris connaissance de ces accusations. Elle se dit ouverte à une enquête indépendante. Elle précise cependant que ses services de sécurité, y compris ceux des tiers œuvrant à son compte, ne sont pas armés et sont tenues au strict respect des droits humains. « À ce stade, les éléments dont dispose TFM indiquent que les lieux, où ces incidents se sont produits, ne se situent pas dans les bandes où se trouvent les zones opérationnelles de TFM », indique cette entreprise.
Toutefois, elle reconnaît la présence de la Police des mines sur son site qui, est armée, selon une source contactée par Mongabay. Pour TFM, comme d’autres entités œuvrant pour sa sécurité, la Police des mines est tenue de se conformer au respect des droits de l’homme, sur le site de l’entreprise.
Cette entreprise explique en plus que sa concession comporte des résidences et des infrastructures publiques sécurisées par des forces de sécurité publiques armées et que des incidents pourraient y avoir lieu, mais qui n’impliquent pas sa responsabilité.
Un prix international et un conflit irrésolu avec des artisanaux piégeant des riverains
Dans sa dénonciation, la société civile de Fungurume explique que même des écoles sont touchées par les projectiles. Le communiqué cite l’école The Best College, où a atterri, le 21 juin 2026, une balle perdue ayant endommagé du matériel informatique dans l’école. Une autre balle serait tombée pendant les heures de cours dans la classe de 8e (2e année secondaire), à l’Institut Lupeto, juste à côté d’un professeur, selon la même source.
Les incidents documentés autour de TFM ne constituent pas un cas isolé, souligne Mike Lameki, coordonnateur national d’Espoir ONGDH, une structure œuvrant dans les droits humains et les ressources naturelles, basée à Kolwezi. Selon Lameki, la présence des soldats armés reste observable dans plusieurs provinces congolaises, malgré les instructions répétées des autorités congolaises pour leur retrait.
Pour Lameki, les accusations portées contre Tenke Fungurume Mining contrastent avec la réputation de l’entreprise jouissant de la certification internationale The Cooper Mark, obtenue en juin 2024. « Si TFM veut donner tout son sens à sa certification Copper Mark, elle doit démontrer, dans ses pratiques quotidiennes, que les engagements internationaux se traduisent réellement par une meilleure protection des communautés et le respect des normes », souligne Lameki.
« Il appartient exclusivement aux autorités compétentes de procéder, en toute indépendance et conformément à la loi, aux investigations nécessaires, afin de garantir les droits et les intérêts légitimes de l’ensemble des parties concernées », explique pour sa part TFM. Pour elle, on ne peut à ce niveau préjuger de la nature des événements, sans enquête sur l’incident et ses causes.

Félix Tshisekedi ordonne d’évacuer les soldats des mines
Le 10 juillet 2026, à l’issue de la réunion du Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi a ordonné le retrait sans délai des soldats illégalement présents dans les sites miniers à travers le pays. Cette instruction fait suite à plusieurs rapports d’ONG et alertes des communautés locales sur des incidents sécuritaires, parfois mortels, impliquant des militaires ou des policiers. C’est le cas, par exemple, le 15 novembre 2025, près de Kolwezi, où une fusillade attribuée aux militaires, au service d’un ressortissant chinois, a provoqué un mouvement de panique ayant coûté la vie à 50 personnes parmi les exploitants artisanaux de cuivre et de cobalt.
Plusieurs médias congolais ont annoncé, depuis le 20 juillet, soit une semaine après l’ordre du président Tshisekedi, le retrait des militaires des sites miniers. Dans une réponse à un journaliste local, depuis la ville de Kolwezi, le commandant de la 22e Région militaire couvrant le Katanga, le général Eddy Kapend, a confirmé que les retraits ont commencé.
Pour le défenseur des droits humains, Timothée Mbuya, coordonnateur de l’ONG Justicia basée à Lubumbashi, des responsabilités doivent être établies sur les violations des droits humains imputés aux soldats et aux entreprises, qui les emploient. Pour lui, l’État congolais doit pouvoir identifier les différents acteurs, dont les intérêts convergent vers les sites miniers, où sont déployés des militaires.
Sans une ferme volonté d’en finir avec cette pratique, au niveau politique, la pratique reprendra rapidement. « Depuis près de sept ans, les décisions interdisant la présence des militaires sur les sites miniers existent. Le véritable problème n’est plus l’absence de mesures, mais leur non-application », souligne Mbuya. Il ajoute : « Retirer les militaires des sites miniers ne doit pas être une simple déclaration politique. Tant que les décisions ne seront pas effectivement appliquées sur le terrain, les violations continueront ».
Les 4 et 5 mars 2026, autour de la société Boss Mining, à Kakanda, dans le Lualaba, deux personnes ont péri, fusillées par des militaires, suite à des tensions avec les exploitants artisanaux. Selon le média congolais Mines.cd, le mobile de ces violences est l’implication de quelques militaires dans le pillage depuis la concession de Boss Mining, filiale du groupe Kazakh Eurasian Ressource Group.
Image de bannière : Entrée de la concession de TFM à Fungurume en RDC. Image de Didier Makal.
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