- Une note d’analyse, émanant du Programme alimentaire mondial, alerte sur les risques d’une faim aigüe dans 45 pays, à cause du phénomène climatique El Niño.
- L’Afrique, déjà confrontée à de longues périodes de sécheresse, en subira doublement les répercussions.
- Les inondations et les sécheresses sévères peuvent rapidement faire basculer des communautés entières d’une situation précaire vers une crise humanitaire.
- L’organisme onusien a mis en place des plans d’action anticipée qui devraient permettre de soutenir au moins 8 millions de personnes dans 22 pays dans le monde.
En Zambie, le dernier phénomène climatique El Niño, observé entre 2015 et 2016, a touché 84 des 116 districts du pays, avec des répercussions sur la production nationale de céréales, qui avait alors chuté d’environ 53 %, selon l’ONG française « Action contre la faim ».
« Nous nous attendons à une situation similaire cette année, en particulier dans les provinces de l’Ouest, du Sud et de l’Est. Une enquête SMART, menée dans la province de l’Ouest, a révélé que 48 % de la population souffrait de famine », a expliqué Mary Khozi, directrice de cette organisation non lucrative en Zambie, par courriel à Mongabay.
Khozi souligne que le secteur de l’élevage est durement touché, car les animaux souffrent lorsque les rivières s’assèchent, et les éleveurs sont souvent contraints de les vendre à bas prix juste pour joindre les deux bouts, ce qui a des répercussions sur leurs prochains revenus.
En ce qui concerne l’eau, elle explique aussi que l’assèchement des rivières et la baisse du niveau des nappes phréatiques ont obligé « Action contre la faim » à utiliser les fonds disponibles, pour forer de nouveaux puits, afin d’assurer l’approvisionnement en eau des communautés pour l’irrigation des cultures, l’élevage, la consommation, la cuisine et l’hygiène de base dans le pays.
La situation redoutée en Zambie devrait toucher au moins 24 millions de personnes sur le continent africain, selon une note d’analyse du Programme alimentaire mondial (PAM), publiée le 5 août 2026, qui alerte sur le risque accru d’insécurité alimentaire dans 45 pays dans le monde.
Le PAM précise que les impacts de El Nino sur la sécurité alimentaire devraient être plus importants, dans au moins 16 pays de l’Afrique de l’est et australe, situés au sud de l’Équateur. En effet, ces pays connaissent des déficits pluviométriques avec des répercussions sur les cultures principales, notamment le maïs en Afrique australe particulièrement, où environ 12 millions de personnes seront affectées. Cependant, dans les pays de la corne de l’Afrique et du Sahel, il pourrait y avoir une perturbation de la mousson et de la saison pluvieuse.
« Le phénomène El Nino de cette année est particulièrement sévère. Les météorologues s’attendent à un épisode très fort d’ici à la fin de l’année. La sévérité du phénomène est telle que depuis 1950, on n’a pas vu de El Nino de cette ampleur, et les impacts vont être difficiles à prévoir », a dit Jean Martin Bauer, directeur du Food Security Analysis au PAM, dans un échange téléphonique avec Mongabay.

200 millions USD pour financer des plans d’actions anticipées
Le PAM précise que le phénomène climatique El Niño devrait atteindre son pic entre septembre et décembre 2026, et que ses effets devraient se prolonger tout au long de l’année 2027 dans certaines régions du monde, en raison de leur impact sur les cycles de récolte à venir. Ceci alors que les sécheresses, les inondations et les températures extrêmes mettent déjà les communautés en situation de risque.
Le PAM annonce qu’il a mis en place des plans d’actions anticipées avec ses partenaires, et qu’il soutient également les gouvernements dans leur préparation, en aidant les communautés à réduire leur exposition aux risques. Une opération de levée de fonds a été lancée, visant à mobiliser 200 millions USD pour soutenir au moins 8 millions de personnes vulnérables dans 22 pays dans le monde, dans le souci d’anticiper sur les risques potentiels que les populations pourraient endurer de ce phénomène climatique.
« Ce que nous préconisons au niveau du Programme alimentaire mondial, c’est l’atténuation des risques. On sait que quand on investit 1 dollar dans la prévention, on évite 3 dollars d’impacts négatifs. Il faut que les personnes vulnérables reçoivent une assistance le plus tôt possible, avant que le phénomène se déclenche », souligne Bauer.
Il ajoute qu’il s’agira aussi de mettre à la disposition des populations les plus vulnérables des informations sur la météo, de faire en sorte que les personnes qui voudront cultiver en 2026-2027 disposent d’informations adéquates et dispose d’une protection en matière de moyens de production et d’informations sur les marchés, car il est possible qu’à échelle régionale, les prix augmentent suite aux impacts de El Nino sur la production agricole.
Dans des pays comme le Soudan du Sud, le Tchad, la Mauritanie, l’Ouganda, le Guatemala et le Salvador, le PAM a déjà activé des plans d’actions anticipées, mobilisant plus de 14 millions USD pour venir en aide à près d’un demi-million de personnes. Cette réponse comprend notamment le renforcement de mécanismes de financement anticipé, comme l’assurance contre les risques de catastrophe, les facilités de crédit et les paiements numériques, afin de rendre davantage de ressources financières disponibles.

En Zambie, « Action contre la faim » collabore avec d’autres ONG et le gouvernement, pour mettre en place une réponse coordonnée, afin de prévenir la saison 2026-2027 de l’épisode El Niño. Cette collaboration devrait déboucher sur l’élaboration d’un document stratégique, a fait savoir Khozi.
En termes d’actions menées sur le terrain pour renforcer la résilience des communautés aux phénomènes extrêmes, l’ONG dit qu’elle encourage les communautés vulnérables à la culture de variétés résistantes à la sécheresse, comme le niébé et le sorgho, en particulier dans la province occidentale, afin de favoriser l’abandon du maïs, une culture « gourmande en eau ».
« Nous menons également un projet de santé et de nutrition qui comporte trois volets : le renforcement des soins de santé primaires et la constitution de stocks d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) destinés aux cas de malnutrition aiguë sévère ; des actions dans le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) telles que la construction de latrines et d’installations sanitaires ; des transferts monétaires destinés aux ménages dont les enfants sortent d’un traitement contre la malnutrition aiguë sévère », souligne Khozi.
Image de bannière : Une Sierra-Léonaise et son enfant suivent un militaire britannique qui transporte de la nourriture vers leur village. Image de Cpl Jamie Peters RLC via Wikimédia Commons.
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