- Selon un chercheur, les écosystèmes forestiers du bassin du Congo pourraient désormais atteindre les limites de leur capacité.
- Dr Olivier Jean Léonce Manzi, chercheur en Ecophysiologie à l’université de Leeds, au Royaume-Uni, souligne l’urgence pour les acteurs de la conservation en Afrique centrale de mieux comprendre dans quelle mesure les différentes espèces d’arbres du bassin du Congo peuvent résister aux effets du changement climatique.
- Le chercheur insiste notamment sur la nécessité de mesurer les seuils de résistance au réchauffement climatique de ces écosystèmes forestiers du bassin du Congo.
Longtemps résilients face aux effets du changement climatique, les écosystèmes forestiers du bassin du Congo, qui couvrent] environ 3,7 millions de km², ce qui en fait le deuxième plus vaste poumon vert de la planète, pourraient désormais atteindre les limites de leur capacité de résistance, alerte un chercheur, spécialisé dans le fonctionnement des forêts tropicales.
Dr Olivier Jean Léonce Manzi, chercheur en Ecophysiologie à l’université de Leeds, au Royaume-Uni, souligne l’urgence pour les acteurs de la conservation en Afrique centrale de mieux comprendre dans quelle mesure les différentes espèces d’arbres du bassin du Congo peuvent résister aux effets du changement climatique.
Dans un entretien accordé à Mongabay, le chercheur insiste notamment sur la nécessité de mesurer les seuils de résistance au réchauffement climatique, ainsi que leurs effets sur la croissance, la régénération et la mortalité de chaque essence d’arbre du bassin du Congo.

Mongabay : Que révèlent vos premières observations sur les changements déjà observés dans les écosystèmes du bassin du Congo, sous l’effet du changement climatique ?
Olivier Jean Léonce Manzi : L’un des principaux enseignements de nos recherches est que les effets du changement climatique ne sont pas toujours visibles immédiatement. Une forêt peut sembler verte et en bonne santé, alors que des changements importants sont déjà en train de se produire sous la canopée.
Ce phénomène écologique, appelé « thermophilisation », se traduit par une évolution progressive de la composition des forêts. Aujourd’hui, certaines espèces d’arbres, mieux adaptées à des températures plus élevées, parviennent à s’adapter et deviennent progressivement plus présentes, tandis que les espèces moins tolérantes à la chaleur peuvent régresser. Menés en Ouganda, au Rwanda, dans l’est de la RDC et en Tanzanie, des suivis à long terme ont mis en évidence cette tendance, notamment dans le paysage transfrontalier des Virunga. Ce changement se fait dans les deux sens : certaines espèces adaptées à des températures plus fraîches régressent ou disparaissent progressivement, tandis que des espèces plus tolérantes à la chaleur se régénèrent davantage et deviennent plus abondantes.

Mongabay : Au regard de vos observations initiales, quelles leçons pourrait-on tirer pour une meilleure conservation des forêts du bassin du Congo ?
Olivier Jean Léonce Manzi : La conservation des forêts ne doit pas seulement consister à vérifier si elles n’ont pas été détruites ou déboisées. Une forêt peut paraître intacte et rester verte, tout en connaissant des changements importants dans les espèces qui se régénèrent, grandissent ou disparaissent.
Mes recherches visent justement à mieux comprendre ces transformations. Nous évaluons la capacité des différentes espèces d’arbres à supporter la chaleur et la sécheresse, puis nous confrontons ces résultats aux données recueillies sur le long terme concernant leur croissance, leur régénération et leur mortalité.
Pour les gestionnaires des aires protégées, ces données pourraient servir de véritable outil d’alerte précoce. Elles permettraient d’identifier les espèces et les forêts les plus vulnérables avant que les signes de dégradation, comme la mortalité massive des arbres ou la perte de biomasse, ne deviennent visibles, afin d’agir plus rapidement et de manière préventive.
L’objectif est de passer d’une gestion qui réagit aux dégâts, une fois qu’ils sont visibles, à une gestion préventive, capable d’anticiper les vulnérabilités des forêts et de renforcer leur résilience avant que les pertes importantes ne surviennent. Au niveau du bassin du Congo, ces informations s’avèrent essentielles pour orienter la restauration des forêts dégradées.
Mongabay : Quelles connaissances font encore défaut sur le bassin du Congo en raison du manque de données ?
Olivier Jean Léonce Manzi : Les forêts du bassin du Congo ont déjà montré une forte résilience. Certaines espèces tolérantes à la sécheresse deviennent plus nombreuses. Les arbres capables de supporter des températures plus élevées gagnent du terrain. Certes, les données manquent encore. Pour de nombreuses espèces dominantes du bassin du Congo, nous ignorons leur seuil de résistance face au stress climatique.
Sans ces réponses, il est difficile de mesurer leurs marges de sécurité face à la chaleur et au manque d’eau. Cette incertitude se retrouve aussi dans les modèles climatiques. Beaucoup s’appuient encore sur des données issues de l’Amazonie ou de l’Asie. Or, les forêts du bassin du Congo ne fonctionnent pas forcément comme d’autres forêts tropicales. Mieux les connaître est donc essentiel pour anticiper leur avenir face au changement climatique.

Mongabay : Comment les communautés locales et autochtones peuvent-elles contribuer à mieux surveiller et protéger les forêts du bassin du Congo ?
Olivier Jean Léonce Manzi : Les communautés locales et autochtones devraient être au cœur du suivi des forêts tropicales du bassin du Congo. Elles vivent au quotidien dans ces forêts, et peuvent observer des changements que les chercheurs ne peuvent pas toujours détecter lors des missions ponctuelles.
Ces observations peuvent être associées aux données scientifiques recueillies par les chercheurs. Le croisement des connaissances locales et des méthodes scientifiques permettrait ainsi de mieux comprendre l’évolution des forêts.
Ces communautés ne doivent pas seulement participer à la collecte des données. Elles devraient aussi contribuer à définir les questions de recherche, à analyser les changements observés et à prendre part aux décisions concernant la gestion. Cet exercice nécessite de croiser les observations scientifiques avec les connaissances et l’expérience des populations locales, afin de garantir une gestion durable de ces forêts tropicales.
Image de bannière : Dr Olivier Jean Léonce Manzi observant différentes espèces d’arbres. Image fournie par Dr Olivier Jean Léonce Manzi avec son aimable autorisation.
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