- Une étude révèle que l’utilisation des technologies GPS dans la conservation permet d’atténuer les conflits entre les hommes et les lions.
- L'utilisation combinée de colliers GPS et des pièges photographiques a abouti à de nouvelles connaissances pertinentes pour la gestion des lions dans ces aires protégées, ainsi que sur la biodiversité carnivore existante dans ce paysage.
Une étude publiée en juillet dernier, dans la revue Natural Resources, par une équipe internationale de chercheurs sur les parcs nationaux de Waza et de Bouba Ndjida, indique que l’utilisation des technologies GPS réduit les conflits hommes-lions.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs de l’université de Dschang et de l’université de Garoua Wildlife Collège au Cameroun, du Centre pour la coexistence entre l’homme et les carnivores, du Centre pour la conservation collaborative aux Etats-Unis, de African Parks et de Gambella National Park, en Ethiopie, ont équipé des lions de colliers GPS, et déployé des pièges photographiques dans ces sites, pour documenter l’utilisation et l’occupation de l’habitat du lion, ainsi que pour évaluer la diversité de la faune des carnivores. Des gardes lions, pour la plupart des jeunes riverains, maîtrisant bien les comportements des lions, des léopards, ont été déployés comme relais sur le terrain. Ces jeunes, formés et équipés de smartphones, donnent l’alerte quand les lions s’approchent des villages.
Dr Alexis Serge Kamgang, un des auteurs de cette étude que Mongabay a joint au téléphone, a expliqué que « grâce au monitoring à plein temps du déplacement des lions et au système d’alerte mis en place à travers les gardes-lions, les communautés sont informées à temps réel sur les déplacements de ces prédateurs. Ces mesures d’anticipation permettent de réduire les conflits hommes lions ».

Le conservateur du Parc national de Bouba Ndjida, Gilbert Oum Ndjick, a souligné au téléphone à Mongabay que « les données collectées permettent d’orienter les actions de sensibilisation des pasteurs, par exemple la mise en enclos fermé de leur bétail, la nuit, pour prévenir ces conflits ».
« Nous maîtrisons aujourd’hui les zones de forte fréquentation ou de forte présence des lions. Et dans le cadre du suivi écologique et de la lutte contre le braconnage, les efforts de patrouilles sont de plus orientés vers ces zones là pour plus d’efficacité », a souligné Dr Kamgang.
L’autre progrès enregistré est la redécouverte d’espèces qu’on croyait disparues. Les pièges photographiques ont permis la redécouverte de l’hyène rayée (Hyaena hyaena), dont la présence dans le parc était incertaine depuis longtemps. « C’est une grande satisfaction scientifique. Le suivi photographique a recensé trois grands carnivores et neuf petits carnivores, donnant pour la première fois un inventaire assez complet des carnivores encore présents dans le parc », a dit Oum Ndjick.
Des mesures pour sauver, protéger et assurer une meilleure gestion des lions
Interrogé, le Professeur Serge Bobo Kadiri, enseignant-chercheur à l’université de Dschang et féru de la conservation, salue les résultats de ces travaux. « Avec cette étude, on a pu avoir une meilleure idée de la population des lions qui reste au Cameroun, avec à la clé des mesures pour sauver, protéger et assurer leur meilleure gestion. Le fait de savoir où les lions se déplacent, et pourquoi ils vont à ces endroits permet d’interagir avec les communautés, et de limiter les conflits, de donner des conseils aux éleveurs, afin qu’ils préservent mieux leur troupeau », a-t-il dit.
Les technologies ont montré qu’il y a encore une population viable de lions dans le paysage du Nord. Mais cette population est menacée à cause de la fragmentation de l’habitat, à cause du braconnage et à cause du trafic illégal. « Nous voulons aussi développer des outils d’éducation et de sensibilisation en direction des jeunes pour qu’ils grandissent en tant qu’ambassadeurs de l’environnement, afin de réduire la pression sur les ressources de ces aires protégées », a déclaré Dr Kamgang.
Image de bannière : Un groupe de lions dans le Parc national de Bouba Ndjida, au Cameroun. Image de Paul Funston / WCS (Wildlife Conservation Society).
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