- À Mintom, dans le Sud du Cameroun, les producteurs de cacao sont formés aux pratiques de durabilité qui leur permettent d’accroître et de doubler leur production.
- La densification et le rajeunissement sont préférés à la création de nouvelles plantations cacaoyères, qui s’accompagne très souvent de la déforestation.
- L’Organisation non gouvernementale Rainforest Alliance a certifié une coopérative de producteurs de cacao de la localité, en récompense de leur appropriation de ces bonnes pratiques de durabilité.
- La géolocalisation des parcelles et le renforcement de la traçabilité sont des défis à relever par les producteurs de Mintom, dans la perspective de l’entrée en vigueur du Règlement de l'Union européenne sur la déforestation.
MINTOM, Cameroun – En attendant le début des récoltes à partir de septembre, Armand Ze Minko, un producteur de cacao du village Zoebefam-Mintom, perdu en pleine forêt équatoriale dans le Sud du Cameroun, consacre ses journées à l’entretien de sa plantation de 7,5 hectares (18,5 acres). Agé de 48 ans, il s’adonne au désherbage et inspecte d’éventuels cas de maladie susceptibles de décimer ses fèves, arrivées presque à maturité.
Il se fait assister, en cette matinée de fin juillet 2026, par Tanguy Zame Mebiame, un expert local mandaté par la Société coopérative simplifiée des producteurs de cacao de Mintom (SCOOPS PROCAM), pour le suivi de sa plantation. Ils ont identifié une infection à pourriture brune sur quelques cabosses qu’ils s’attèlent à combattre par des biopesticides fabriquées localement à base de l’huile de neem et de dartrier (Senna alata).
Le recours aux biopesticides, préférés aux insecticides et pesticides chimiques, est l’une des nombreuses pratiques, enseignées aux cacaoculteurs du bassin de production de Mintom, par l’organisme de certification américain Rainforest Alliance, dans le cadre de ses projets Forest Allies et RIFoP (Renforcement et innovation en foresterie participative au bénéfice des communautés locales en périphérie des aires protégées du bassin du Congo).

Densifier et rajeunir pour préserver les forêts
Rainforest Alliance a formé les producteurs à la densification et au rajeunissement de leurs cacaoyères, alors que plus de 60 % de ces producteurs détiennent des plantations vieilles de plus de 40 ans, avec une très faible densité de cacaoyers, à en croire Cédric Happy, chef du bureau Rainforest Alliance à Mintom.
« L’opération de densification consiste à combler les vides dans les cacaoyères en y introduisant de nouveaux plants, et le rajeunissement consiste à abattre les vieux cacaoyers et à les remplacer », explique-t-il à Mongabay.
L’organisme de certification recommande aux producteurs d’introduire jusqu’à 1100 pieds de cacaoyers sur un hectare, afin d’augmenter leurs rendements. Le problème de faible densité dans les plantations sera ainsi résolu, et le remplacement des vieilles tiges se fera au fur et à mesure, dans le souci d’éviter la création de nouvelles plantations de cacaoyers en défrichant les forêts.
« Nous demandons aux producteurs de ne pas étendre leurs plantations et de se concentrer sur les plantations qu’ils exploitent depuis et qui sont assez vieillissantes », souligne Happy.
L’administration, en charge de l’agriculture dans l’arrondissement de Mintom, intervient également dans la chaine de production cacaoyère, en conseillant les producteurs sur les bonnes pratiques à adopter. Le délégué d’agriculture dans cet arrondissement, Ange Yves Ntollo, abonde dans le même sens : « En matière de durabilité du cacao, on leur tient le discours de ne pas abattre la forêt, de créer sur des jachères existantes, et de rajeunir les plantations vieillissantes au lieu d’aller en créer d’autres. Et surtout de densifier, car on a remarqué que les vieilles parcelles disposent de beaucoup de vides », a-t-il dit à Mongabay.

Amélioration des rendements
Les pratiques agricoles durables enseignées aux producteurs par Rainforest Alliance à Mintom, participent non seulement à la protection de l’environnement, mais aussi à une amélioration significative de leurs revenus.
Ze Minko, dont la plantation de cacaoyers est un héritage familial, se dit satisfait de l’amélioration de son rendement : « Avec l’arrivée du partenaire Rainforest Alliance, je parviens à récolter quatre sacs de cacao (d’environ 100 kilogrammes) sur un hectare, alors que je produisais, avant, à peine un sac sur un hectare », dit-il à Mongabay.
Les rendements cacaoyers sont nettement en hausse dans la localité de Mintom, souligne également Jean Louis Mva Ze, président de la SCOOPS PROCAM. « Au départ, nous étions à 180 kg par hectare, voire 200 tout au plus, avant que Rainforest Alliance n’arrive en 2018. Aujourd’hui, on avoisine les 400 kg à l’hectare, ce qui veut dire que le rendement est déjà appréciable. Mais, nous voulons viser au moins une tonne par hectare », dit le cacaoculteur à Mongabay.
Dans son rapport annuel 2025, Rainforest Alliance souligne qu’elle a contribué à la formation de plus de 500 producteurs aux pratiques agricoles durables dans le paysage du Dja, où se trouve également Mintom, et qui abrite la Réserve de faune du Dja, couvrant 526 000 hectares (1 299 774 acres) entre les régions du Sud et de l’Est du Cameroun. Un total de 95 017 kg de cacao a été commercialisé en 2025, générant un chiffre d’affaires de 238,5 millions francs CFA (418 898 USD), tandis que plus de 60 000 plants de cacaoyers ont été produits et distribués, et 200 hectares (494 acres) de parcelles cacaoyères densifiées au courant de la même année.

Certification et préparation au RDUE
Créée en 2018, la SCOOPS PROCAM compte en son sein 167 membres, formés aux pratiques agricoles durables, grâce au concept de « champs-écoles-paysans », qui consiste à regrouper les producteurs par secteur dans une plantation et à leur prodiguer des enseignements liés à la cacaoculture durable. La coopérative a été certifiée Rainforest Alliance en 2022, pour ses pratiques agricoles durables.
La certificat Rainforest Alliance exige un ensemble de normes auxquelles les producteurs doivent se conformer. Il s’agit de l’interdiction de détruire la forêt pour l’extension des plantations, car le cacao doit être cultivé selon les systèmes agroforestiers. À cela, s’ajoutent l’établissement des contrats de travail formels pour les ouvriers agricoles et l’interdiction stricte du travail des enfants dans les exploitations cacaoyères. Enfin, toutes les exploitations certifiées doivent être géolocalisées et croisées avec des cartes de risque personnalisées pour repérer les zones sensibles à la déforestation, etc.
La majorité de ces normes promues par Rainforest Alliance s’imbriquent avec celles du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE), interdisant la commercialisation des produits de base (cacao, café, bois, hévéa, etc.), issus de la déforestation après le 31 décembre 2020, et qui entrera en vigueur dès le 31 décembre 2026.
Happy a expliqué à Mongabay que Rainforest Alliance a développé, en prélude à l’entrée en vigueur du RDUE, une offre pour les plantations certifiées sous son label, axée autour de quatre exigences principales. Il s’agit de l’obligation pour les producteurs de collecter les polygones pour toutes les plantations supérieures ou égales à 4 hectares (10 acres), de collecter les coordonnées GPS de toutes les plantations, de mettre en place des stratégies pour lutter contre la fraude et la corruption auprès des membres de la coopérative, et d’être en règle avec l’administration fiscale locale.
Les cacaoculteurs de Mintom sont bien renseignés sur les exigences du RDUE, et leur certificat Rainforest Alliance leur sert de galop d’essai pour une meilleure préparation avant l’entrée en vigueur de la loi européenne.
Au demeurant, ils doivent encore relever d’importants défis dans le processus de conformité au règlement européen. Ces défis sont liés à la géolocalisation des parcelles, devant permettre de contrôler la traçabilité du cacao produit par les membres de la coopérative.
« Le Règlement de l’Union européenne est connu de tous nos membres. Nous avons été formés dessus. Nous aimerions que tous les champs de notre coopérative soient géolocalisés, dès janvier 2027. Ainsi, à partir de là, on pourra régler le problème de traçabilité. Néanmoins, nous avons déjà commencé à le faire, et plus de la moitié des membres ont déjà des polygones dans leurs champs », explique Mva Ze.
La coopérative que ce dernier dirige est aussi confrontée à l’épineuse gangrène des intermédiaires d’achats, connus localement sous l’appellation de « coxeurs ». Ceux-ci accèdent aux récoltes et siphonnent une partie de la production, alors que le négociant camerounais TELCAR Cocoa, ayant l’exclusivité d’achat des récoltes de la coopérative, préfinance les producteurs au début des campagnes cacaoyères.
Image de bannière : Des producteurs de cacao de la localité de Mintom, dans une pépinière offerte par l’ONG américaine Rainforest Alliance. Image de Cédric Happy, chef du bureau Rainforest Alliance avec son aimable autorisation.
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