- Le 16 juin, le Marine Conservation Institute a décerné le label Blue Park (« parc bleu ») à six aires marines protégées, dont trois à Madagascar, une au Sénégal, une au Chili et une au Canada.
- Les aires marines lauréates de l’édition 2026 ont été récompensées lors de la conférence Our Ocean à Mombasa, au Kenya, pour leur gestion « durable, équitable et efficace » de la biodiversité marine.
- En adoptant le Cadre mondial Kunming-Montréal pour la biodiversité, les pays se sont engagés à protéger 30 % des terres, des eaux douces et des zones marines de la planète d’ici à 2030. Les experts rappellent toutefois que cette protection doit être concrète et efficace, plutôt que purement symbolique.
- L’une des caractéristiques communes à ces aires marines protégées est l’adoption d’un modèle de cogestion avec les peuples autochtones et les communautés locales.
MOMBASA – Tout au long de la conférence Our Ocean qui s’est tenue récemment à Mombasa, au Kenya, les échanges ont convergé vers un même message : la préservation des océans passe par des aires marines protégées (AMP) bien gérées.
Créé par le Marine Conservation Institute, une organisation basée aux États-Unis, le label Blue Park est attribué aux AMP qui tiennent leurs promesses en matière de conservation. Cette année, six d’entre elles ont été distinguées : l’aire marine protégée du Banc-des-Américains au Canada, l’aire marine protégée de Rapa Nui au Chili, l’aire du patrimoine autochtone et communautaire (APAC) de Kawawana au Sénégal, ainsi que les parcs nationaux de Nosy Hara, de Sahamalaza-îles Radama et de Nosy Tanihely (ou Tanikely) à Madagascar.
Plus de 6 000 représentants de gouvernements, d’organisations non gouvernementales, du secteur privé et d’autres institutions se sont retrouvés à Mombasa, du 16 au 18 juin, pour échanger sur la conservation des océans.

En adoptant le Cadre mondial Kunming-Montréal pour la biodiversité en 2022, les parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique se sont engagées à protéger 30 % des terres, des eaux douces et des zones marines de la planète d’ici à 2030, un objectif connu sous le nom de « 30×30 ».
« Les AMP récompensées cette année illustrent de manière concrète ce qu’implique l’objectif 30×30 », a déclaré Lance Morgan, président du Marine Conservation Institute, lors de l’annonce des distinctions à Mombasa, le 16 juin. « Ces six AMP montrent qu’il est possible d’assurer une protection efficace des océans dans des espaces marins très différents et sous des modèles de gouvernance variés, quels que soient les contextes culturels, géographiques et politiques », a-t-il poursuivi.
Les six sites primés couvrent une diversité de modèles de gouvernance et de superficies, allant de plus de 700 000 kilomètres carrés (environ 270 000 miles carrés) pour Rapa Nui à moins de 5 km² (1,9 m2) pour Nosy Tanihely.
Nosy Tanihely est un minuscule îlot de l’archipel de Nosy Be, au large de la côte nord-ouest de Madagascar. Selon sa directrice, Landisoa Randimbison, la singularité de ce petit parc réside dans son fonctionnement entièrement autofinancé. Ses revenus proviennent des droits d’entrée acquittés par les visiteurs, ce qui en fait la seule aire protégée de Madagascar à bénéficier d’une telle autonomie financière.

Nosy Tanihely ne compte aucune habitation permanente ni infrastructure d’hébergement touristique. Le parc est administré conjointement par Madagascar National Parks (MNP), un organisme parapublic chargé de la gestion de la majorité des aires protégées de Madagascar, et une association représentant les acteurs de Nosy Be, la plus grande île de l’archipel. Parmi eux figurent des pêcheurs et des professionnels du tourisme dont les activités sont susceptibles d’avoir un impact sur l’écosystème marin de Nosy Tanihely.
Située sur les terres et eaux ancestrales des Premières Nations micmaques, l’aire marine protégée du Banc-des-Américains est cogérée par le gouvernement fédéral du Canada, le gouvernement provincial du Québec et les communautés micmaques. Ces dernières, qui ont contribué à la création de l’AMP en 2019, continuent de participer à sa gestion.
La mise en place de l’aire marine protégée de Rapa Nui a, quant à elle, été beaucoup plus controversée. Cette vaste AMP couvre l’ensemble de la zone économique exclusive de Rapa Nui (également connue sous le nom d’île de Pâques) ainsi que les îles Motu Motiro Hiva, des territoires chiliens situés dans le sud de l’océan Pacifique. Aujourd’hui, l’AMP est gérée conjointement par les communautés autochtones des îles et le gouvernement chilien. Mongabay a déjà fait état, par le passé, de problèmes de gestion antérieurs à l’implication des groupes autochtones.
Lors de la cérémonie de remise des labels Blue Park, le sentiment de fierté et d’appartenance des membres de la délégation de Rapa Nui était palpable. « Cette zone n’a pas seulement pour objectif de protéger les espèces, les écosystèmes ou les processus écologiques. Elle vise aussi à préserver notre culture et notre manière de vivre en harmonie avec l’océan », a déclaré Ludovic Burns Tuki, coordinateur du Conseil de la mer de Rapa Nui, en recevant sa distinction.

La gestion de l’aire marine protégée de Kawawana, au Sénégal, est également placée sous la responsabilité des communautés locales. Situé le long du fleuve Casamance, ce site protège des écosystèmes côtiers et estuariens riches et diversifiés, notamment des mangroves, des chenaux de marée et des vasières. L’AMP de Kawawana a été créée en 2008 à l’initiative d’une association de pêcheurs de la commune rurale de Mangagoulack. Elle a été officiellement reconnue par le gouvernement en 2010 en tant qu’APAC, un dispositif qui intègre la gouvernance coutumière et les pratiques traditionnelles dans son système de gestion.
Le Parc national de Nosy Hara, à Madagascar, constitue un autre exemple où la coexistence entre conservation et activités humaines joue un rôle clé. Selon le Marine Conservation Institute, il abrite le plus grand site de ponte de tortues marines du pays. S’étendant sur plus de 1 000 km² (près de 400 mi2), l’AMP comprend une zone centrale interdite à la pêche de 310 km² (120 mi2). Dans la zone d’utilisation durable des ressources marines, les pêcheurs poursuivent leurs activités traditionnelles de subsistance. Le parc est cogéré par l’agence publique MNP et les habitants associés au comité de cogestion. Les communautés participent également aux patrouilles, au suivi écologique et aux actions de sensibilisation.
Créé en 2007, le Parc national de Sahamalaza-îles Radama est une autre AMP cogérée par le MNP et les communautés locales. Il abrite l’ensemble des espèces de mangroves recensées à ce jour à Madagascar, des centaines d’espèces de poissons et de coraux, ainsi que des mégafaunes marines, comme le requin-baleine (Rhincodon typus) et le dugong (Dugong dugon). Ce sanctuaire marin s’inscrit dans une réserve de biosphère plus vaste, dont la zone terrestre abrite huit espèces de lémuriens. L’Association européenne pour l’étude et la conservation des lémuriens (AEECL), qui a contribué à la création du parc, continue de mener des actions de conservation communautaire et de sensibilisation dans la région. Le site bénéficie en outre d’un financement partiel de la FAPBM (Fondation pour les aires protégées et la biodiversité de Madagascar), un fonds privé qui soutient la conservation grâce aux revenus générés par des placements sur les marchés internationaux.
« Le financement reste un défi majeur. La désignation d’aires protégées ne constitue que la première étape. Une gestion efficace exige un investissement à long terme dans les institutions, la science, le suivi, le contrôle et la participation des communautés », a déclaré Fatou Ndoye, secrétaire exécutive de la Convention d’Abidjan au Programme des Nations Unies pour l’environnement, lors de la cérémonie de remise des distinctions. Cette convention est un traité régional qui encadre la gestion des ressources marines et côtières de la Mauritanie à la côte atlantique de l’Afrique du Sud. Les labels Blue Park, lancés en 2017 sous le nom de Global Ocean Refuge Awards, sont décernés chaque année. Aujourd’hui, 40 AMP arborent le label, couvrant au total 4,2 millions de km² (1,6 mi2) de zones marines dans 30 pays et territoires autochtones.

Le label est décerné aux AMP qui assurent une gestion « durable, équitable et efficace » de la biodiversité marine.
Cette reconnaissance ne se limite pas à un événement ponctuel. Les parcs qui parviennent à maintenir les exigences du label au fil des années sont également récompensés. Ainsi, cette année, deux autres sites africains, la réserve spéciale de l’atoll d’Aldabra aux Seychelles et le parc marin et la réserve de Kisite-Mpunguti au Kenya, ont été distingués pour avoir maintenu leur niveau de protection.
Lors de la conférence Our Ocean, des experts intervenant dans différentes tables rondes ont insisté sur l’urgence de mettre en place des mesures de protection qui s’inscrivent dans la durée.
« Le succès ne se mesurera pas au nombre de kilomètres carrés inscrits sur une carte », a déclaré Ndoye. « Il se mesurera plutôt à l’efficacité de la gestion de ces aires, à l’adéquation de leur financement, à leur connectivité écologique ainsi qu’aux avantages concrets qu’elles apportent à la biodiversité et aux communautés côtières », a-t-elle ajouté.
Image de bannière : Nosy Tanihely. Image reproduite avec l’aimable autorisation de l’Association du Parc national de Tanihely.
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