- Les sols de Kabecha, un quartier de la commune de Kapemba dans la région de Lubumbashi, situé au sud-est de la République démocratique du Congo, demeurent contaminés par des métaux lourds, plusieurs années après la délocalisation de la société minière Chemical of Africa. Si les concentrations ont diminué par rapport à celles relevées en 2012, elles restent tout de même supérieures à plusieurs seuils environnementaux de référence.
- Dans les quartiers de Kabecha et Tshamilemba, des habitants continuent de vivre, de cultiver et d’utiliser certaines ressources à proximité de l’ancien site industriel. Des cultivateurs affirment recourir à des amendements pour maintenir la productivité de leurs parcelles.
- Les chercheurs estiment que cette contamination résiduelle demeure préoccupante sur les plans écologique et sanitaire. Ils recommandent notamment des mesures de remédiation durables, parmi lesquelles figure la phytoremédiation.
- Des experts en environnement minier plaident pour un suivi régulier de la qualité des sols, de l’eau et de l’air, ainsi que pour une meilleure sensibilisation des populations exposées et l’application des mesures prévues par la réglementation minière congolaise.
À Lubumbashi, une localité située au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), l’usine hydrométallurgique CHEMAF SA, spécialisée dans le traitement du cuivre et du cobalt, et implantée à proximité des quartiers résidentiels, a régulièrement été citée dans les études consacrées à la pollution industrielle.
Cependant, une étude, publiée récemment par des chercheurs de l’université de Lubumbashi et de l’université Nouveaux Horizons, s’est intéressée à l’évolution de la contamination des sols dans le quartier Kabecha, à Kampemba, une commune de la ville de Lubumbashi.
Selon les auteurs, les activités industrielles de CHEMAF-USOKE ont été progressivement transférées à Kalukuluku, dans la région de Lubumbashi, vers le complexe minier de l’Étoile appartenant à Shalina Resources (à hauteur de 95 %) et à la RDC (à hauteur de 5 %). Les chercheurs ont analysé les échantillons de sol prélevés en 2024, et constaté une diminution des concentrations de plusieurs métaux par rapport aux données de 2012. Mais ils alertent qu’elles demeurent supérieures aux normes de référence reconnues à l’international.
De son côté, la chronologie publiée sur le site de CHEMAF indique que l’usine a été mise hors service, démantelée en 2020.

Une pollution en baisse, mais des inquiétudes persistent sur la qualité des sols
Mongabay s’est rendue dans deux des quatre avenues du quartier Kabecha concernées par l’étude : Lualaba et Tulipier, au quartier Kabecha, où plusieurs ménages pratiquent encore l’agriculture domestique.
Sur l’avenue Lualaba, un potager attire l’attention. Arbustes, feuilles de manioc et légumes-feuilles poussent sur un terrain sec et poussiéreux. Certaines cultures présentent un feuillage jaunissant. Rémy Lusambo, rencontré sous un manguier assis sur un banquet, attribue cette faible productivité à l’absence d’amendements réguliers, mais aussi à la dégradation progressive du sol.
« Certains légumes ne donnent plus. La fertilité a fortement diminué. Nous devons régulièrement améliorer le sol pour obtenir des récoltes », explique-t-il.
A quelques centaines de mètres plus loin, sur l’avenue Tulipier, Alice Tshisabu et Lydie Cikanga décrivent une situation similaire. Toutes deux affirment recourir régulièrement aux engrais, au fumier ou à d’autres amendements pour maintenir la productivité de leurs potagers, sans toutefois connaître l’origine exacte de cette baisse de fertilité.

Une agriculture développée sur l’ancienne source d’eau de CHEMAF
À proximité de l’avenue Tulipier, un site, communément appelé « Kinsese », s’étend sur une vaste zone marécageuse aujourd’hui occupée par des activités maraîchères. Les cultivateurs rencontrés présentent cet espace comme l’ancienne source d’approvisionnement en eau utilisée par CHEMAF-USOKE.
De longues planches maraîchères plantées principalement de choux sont visibles. Certaines parcelles sont en préparation pour de nouvelles cultures. Le site comprend également des zones d’eau stagnante envahies par une végétation aquatique, avec par endroits une couche verdâtre à la surface.
À proximité immédiate des cultures, trois grands tas d’immondices sont observés. Deux sont en combustion. Une fumée blanchâtre s’y dégage avant de se disperser vers les cultures et les habitations voisines.
Mutangu Jean Patient, rencontré houe à la main dans son champ, explique : « Ces déchets sont utilisés comme amendement agricole. Nous les brûlons pour récupérer la cendre que nous mélangeons à la terre avant les semis. Le sol répond difficilement, ce qui nous oblige à compléter avec du fumier, du compost ou des engrais ».
André Mwanba, un autre cultivateur sur le site, observe d’importantes différences entre les parcelles.
« À certains endroits, les légumes réagissent bien après l’apport d’amendements. Ailleurs, ils restent jaunes même après traitement », explique-t-il.
Selon lui, cette situation pourrait être liée à une dégradation du sol, sans qu’aucune analyse ne permette pour l’instant de le confirmer. Il rappelle également que des creuseurs ont, par le passé, lavé des minerais dans cette zone avant CHEMAF. Ce qui, selon lui, expliquerait certaines difficultés actuelles du sol ».

Des fumées moins présentes, mais des traces encore visibles
Si les habitants estiment que les nuisances atmosphériques ont diminué depuis le départ de CHEMAF, plusieurs affirment que certaines traces demeurent visibles.
Rémy Lusambo se souvient des enquêtes environnementales menées lorsque l’entreprise était encore active. « Le service Environnement passait régulièrement dans le quartier pour recueillir nos observations. Depuis son départ, je n’ai plus vu ce type d’enquête ».
Il affirme également avoir été fortement exposé aux fumées industrielles. « Certains toits ont changé de couleur avec le temps. Les dépôts de fumée ont laissé des traces visibles sur plusieurs habitations ».
Un constat partagé par le cultivateur Mwanba : « La plupart des toitures sont devenues brunâtres. Ces traces sont encore visibles aujourd’hui ».
Mongabay s’est également rendue à Tshamilemba, à proximité de l’ancien complexe industriel de CHEMAF-USOKE, une zone située dans le quartier Tshamilemba, à Lubumbashi, qui ne figurait pas dans le périmètre d’échantillonnage de l’étude.
Dans une parcelle visitée, un puits recouvert d’une plaque métallique témoigne encore de l’utilisation passée des eaux souterraines. Michoux Odia, la propriétaire, dans sa maison, explique que cette eau n’est plus utilisée que pour certains usages domestiques.
« Nous ne la buvons plus. Nous l’utilisons principalement pour les toilettes. Nous évitons même de l’utiliser pour la cuisine ou la vaisselle. Quand les assiettes ne sont pas essuyées, il reste parfois des traces blanches, comme du calcaire. Pour nous, cela signifie que l’eau n’est plus bonne ».
Une autre habitante, ayant requis l’anonymat, décrit cependant une amélioration progressive. « L’eau était auparavant très polluée. Aujourd’hui, nous l’utilisons de nouveau pour certains usages domestiques comme la lessive – elle mousse à peine – et parfois pour la cuisine ».

Trois anciens bassins de rejets contiennent encore de l’eau
Sur l’ancien site industriel de CHEMAF-USOKE, trois anciens bassins de rejets alignés retiennent l’attention. Ils contiennent encore de l’eau après l’arrêt des activités, avec une coloration bleu-vert encore visible.
Selon les observations de Mongabay, certaines parcelles maraîchères se trouvent à quelques centaines de mètres de ces bassins.
La nature exacte de cette eau n’a pas pu être déterminée dans le cadre de cette enquête. Toutefois, la présence persistante de ces ouvrages soulève des questions, quant à leur gestion actuelle et au suivi environnemental de l’ancien site.
Dans un communiqué publié le 12 juin 2026, l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) a relayé une demande d’indemnisation de la famille d’un élève décédé par noyade le 11 mars 2025, dans l’un des bassins de rejets du site d’Usoke à Tshamilemba. Selon cette structure, l’accident est survenu alors que la victime se photographiait avec des amis à proximité des ouvrages.
Interrogé sur les risques potentiels, le professeur Jacques Kilela Mwanasomwe, spécialiste en restauration écologique des sites miniers et enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’université de Lubumbashi, appelle à la prudence.
« Si ces bassins contiennent encore des eaux issues des anciennes activités industrielles, elles pourraient présenter un risque environnemental », indique-t-il.
L’expert estime qu’il est indispensable d’étudier l’origine et la composition de cette eau avant toute conclusion. Il évoque également le risque de rupture d’une digue de retenue et rappelle le cas de Congo Dongfang Mining (CDM), dont le bassin de rejets a cédé en novembre 2025, provoquant d’importants dégâts environnementaux.

Des cultures sur l’ancien site industriel de Usoke
À proximité immédiate de ces trois bassins et de l’ancien complexe industriel, des parcelles maraîchères sont toujours exploitées. Choux et légumes-feuilles poussent sur un terrain sec, compact et peu végétalisé.
Pour les cultivateurs rencontrés, ces productions sont destinées à la consommation familiale, ainsi qu’aux marchés locaux. Tous évoquent cependant les difficultés liées à la faible fertilité des sols.
« Nous avons des difficultés. La terre sur laquelle nous cultivons est située à quelques mètres de l’ancienne industrie minière CHEMAF-Usoke. Pour nourrir le sol, nous sommes obligés d’aller chercher des déchets de poules. Sans amendement, c’est l’échec », explique dans son champ le cultivateur Ladi Mbaya.
Selon lui, les maraîchers doivent multiplier les apports de fumier, d’engrais et d’autres amendements pour obtenir des rendements satisfaisants.
Les observations des cultivateurs rejoignent celles du professeur Jacques Kilela Mwanasomwe. L’expert souligne que l’apport de matières organiques ou d’engrais peut améliorer la productivité des cultures sans empêcher totalement le transfert d’Éléments traces métalliques (ETM) vers les parties consommables des plantes.
Il recommande d’identifier clairement les zones impropres à l’agriculture et d’en limiter l’usage.

Des remblais miniers toujours exposés
Non loin des zones cultivées, d’importants remblais de terre et de matériaux miniers demeurent visibles. Ces buttes largement dénudées présentent par endroits une coloration blanchâtre et une végétation encore peu développée.
Pour Ladi Mbaya, ces remblais constituent une autre source d’inquiétude. « Pendant la saison sèche, au moindre souffle du vent, c’est terrible. Nous respirons ces poussières », affirme-t-il.
Selon le professeur Jacques Kilela de la Faculté de science agronomique l’université de Lubumbashi, ces remblais peuvent favoriser la dispersion de contaminants par le vent ou les eaux de ruissellement.
« Quand le vent souffle, les poussières peuvent être dispersées. Quand la pluie tombe, les matériaux peuvent être entraînés vers les écosystèmes aquatiques. La contamination peut ainsi se poursuivre », explique-t-il.
L’expert recommande la plantation d’espèces végétales adaptées, afin de stabiliser les remblais, de limiter la dispersion des contaminants et de contribuer à la restauration progressive du site.
Interrogé sur la responsabilité de la réhabilitation d’un site après la cessation des activités, le professeur Deogracias Ilunga Yolola Talwa, expert en gouvernance minière et environnementale, rappelle que le droit minier congolais repose sur le principe du pollueur-payeur.
Il attire également l’attention sur une disposition qu’il juge particulièrement importante, l’article 285 quinquies du Code minier révisé de 2018, qui stipule que « les actions en réparation des dommages causés par les activités minières sur l’homme et l’environnement sont imprescriptibles ».

La législation congolaise après la fermeture d’un site minier
Selon le professeur Ilunga Yolola Talwa, la fermeture d’un site minier ne met pas fin aux obligations environnementales de son exploitant. Le Code minier et le Règlement minier révisé de 2018 imposent aux entreprises de mettre en œuvre les mesures de fermeture, d’atténuation et de réhabilitation prévues dans leur Plan de gestion environnementale et sociale (PGES).
La législation congolaise prévoit également un mécanisme de suivi post-fermeture. Les articles 473 et 474 du Règlement minier rendent obligatoire la réalisation d’un audit environnemental de fermeture, ainsi que la transmission de ses conclusions aux autorités compétentes.
Co-auteur de l’étude menée à Kabecha, Nathan Kibwela, enseignant-chercheur à la Faculté polytechnique de l’université de Lubumbashi, rappelle qu’il est difficile de restaurer totalement un sol contaminé. « On ne peut que tenter de prévenir les événements de pollution sur les différents compartiments de l’environnement, notamment le sol, l’eau et l’air », explique-t-il.
Le chercheur insiste également sur la nécessité de sensibiliser les populations aux risques associés à une pollution persistante et appelle les autorités provinciales à renforcer le suivi de la qualité des sols, afin d’orienter d’éventuelles mesures de réhabilitation.

Contacté par Mongabay par téléphone, Christian Bwenda Katobo, coordinateur de l’ONG Protection des écorégions des miombo au Congo (PremiCongo), basée à Lubumbashi, indique que les dernières études réalisées par son organisation remontent à plus d’une décennie.
« Nos dernières recherches remontent vers 2010. La situation n’est plus la même aujourd’hui. Il faut de nouvelles investigations. Mais à l’époque, il y avait un sérieux problème lié à l’eau de puits de Tshamilemba », affirme-t-il.
Contactés pour en savoir plus au sujet du suivi environnemental post-industriel, CHEMAF et divers représentants de l’autorité publique du Haut-Katanga n’ont pas apporté de réponse à Mongabay.
Pour Jhonny Mutelo Nsompo, expert et chercheur en environnement minier et enseignant à l’université Nouveaux Horizons basée à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, au sud-est de la RDC, les résultats de ce type d’étude ne doivent pas rester confinés dans les revues scientifiques. « Une science qui n’apporte pas de solutions concrètes à la société perd une grande partie de sa raison d’être », dit-il.
Pour lui, ces enjeux doivent être pris au sérieux en raison de leurs implications sur la santé humaine, la préservation des écosystèmes et les générations futures.
Selon le professeur Deogracias Ilunga Yolola Talwa, les mesures de suivi ne se limitent pas à l’environnement. Elles incluent un suivi sanitaire des communautés riveraines, ainsi que, le cas échéant, des mécanismes d’indemnisation des populations affectées conformément aux dispositions du Code minier et du Règlement minier révisé de 2018.
Image de bannière : Vue d’un des trois anciens bassins de rejet encore remplis d’eau sur le site de l’ancienne usine Chemaf-Usoke, au camp Tshamilemba, à proximité des habitations. Image de Ruth Kutemba pour Mongabay.
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