- Onze communautés locales et peuples autochtones du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, ont reçu, en juin 2026, leurs titres de concessions forestières.
- Cette opération s’inscrit dans le cadre du développement de la foresterie communautaire en RDC.
- Les bénéficiaires devront désormais élaborer des Plans simples de gestion, afin d'organiser l'utilisation et la conservation de leurs forêts.
- La province du Nord-Kivu a enregistré des pertes de forêts primaires humides d’environ 320 000 hectares entre 2002 et 2025, selon les données de Global Forest Watch.
Un peu plus de 120 000 hectares (296 526 acres) de forêts ont été attribués en juin 2026, aux communautés locales et autochtones au Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il s’agit des communautés de Mbopi Bitatu, Nyansamba, Bakondjo/Kilambo, IKM Ntanku, Banantandu Kangachu Bachabi, Rurere et Mesa Basao, toutes situées dans le territoire de Walikale. À celles-ci s’ajoutent les communautés Banamuzambi Babhokpe Babhuhe et Babohio Banoli dans le territoire de Beni, ainsi que la communauté de Masombea-Biani en Territoire de Lubero.
Le chemin vers l’obtention de ces concessions forestières n’aurait pas été une sinécure, à en croire Blaise Kayembe Kajika, représentant de la concession forestière des communautés de Bakondjo-Kilambo dans le territoire de Walikale.
« C’est depuis 2024 que nous avons opté pour ce projet. Nous avons rencontré plusieurs difficultés, notamment la non-acceptation du projet par certaines communautés voisines. Aujourd’hui, nous voulons gérer notre forêt ensemble, protéger nos rivières et nos ressources, et développer des projets communautaires comme des écoles ou des logements », dit-il à Mongabay.
Les communautés locales et autochtones bénéficiaires de ces forêts ont été accompagnées dans cette opération par le Réseau pour la conservation et la réhabilitation des écosystèmes forestiers, connu sous l’appellation de Réseau CREF, une plateforme d’une trentaine d’Organisations non gouvernementales du secteur environnemental, œuvrant dans la province du Nord-Kivu.
Selon Floribert Masani, directeur technique de ce réseau d’ONG, les liens entre les communautés bénéficiaires et leurs forêts sont à la fois économiques, sociaux, culturels et écologiques. Il explique à Mongabay au téléphone : « Économiquement, les communautés y tirent les produits agricoles, de chasse, de pêche, de cueillette, etc. ; du point de vue social, de par la possession coutumière, ceci fonde la cohésion sociale à partir des liens claniques ; les liens écologiques sont établis à travers le prélèvement des ressources naturelles, dont les communautés dépendent. L’abondance ou la rareté des ressources naturelles impactant la survie des communautés », dit-il.

Pour les autorités provinciales, la foresterie communautaire constitue un outil de gestion durable des ressources naturelles, en associant directement les populations riveraines à la gouvernance forestière. C’est ce que souligne, à Mongabay, Alphonse Migheri, chef de bureau à la coordination provinciale de l’Environnement dans la province du Nord-Kivu.
« L’État s’inscrit à travers cette démarche dans la gestion durable des ressources naturelles en s’appuyant sur trois piliers : le pilier environnemental, le pilier économique et le pilier social. La foresterie communautaire doit être un moteur de lutte contre la pauvreté rurale et de promotion de la bonne gouvernance forestière ».
Masani explique en outre que l’accès aux ressources forestières était non réglementé avant la sécurisation juridique de ces concessions forestières au profit des communautés, et qu’il se faisait au prorata des droits de chaque membre d’une communauté. Désormais, avec la sécurisation, « toute exploitation des ressources doit se faire dans le respect des objectifs et règles de gestion mises en place par les communautés elles-mêmes », précise-t-il.
L’accès aux ressources forestières doit ainsi se faire à travers des plans simples de gestion élaborés par les communautés bénéficiaires, avec l’appui de l’administration forestière locale. Ce plan fixe les modalités d’exercice des droits d’usage forestiers, et prend en compte les occupations et les usages d’espaces par toutes les composantes de la communauté locale.
Lutter contre la déforestation
L’attribution de ces concessions forestières intervient alors que les forêts du Nord-Kivu continuent de subir d’importantes pressions liées notamment à l’agriculture, à l’exploitation du bois et à l’insécurité. D’après les données de Global Forest Watch, la province a perdu environ 320 000 hectares (790 737 acres) de forêts primaires humides entre 2002 et 2025. Cette perte représente près de 45 % de la diminution totale de son couvert arboré sur cette période, et correspond à environ 9 % de ses forêts primaires denses.
Pour lutter contre l’exploitation forestière illégale au sein des concessions forestières nouvellement attribuées aux communautés, l’administration provinciale indique qu’il est important d’élaborer des plans simples de gestion, et surtout de mettre en application les textes légaux et réglementaires du secteur forestier.
D’ailleurs, l’un des arrêtés signé le 1er juin 2026, par le Gouverneur du Nord-Kivu, Evariste Somo Kakule, attribuant 3904 hectares (9 646 acres) à la communauté de Banantandu Kangachu Bachabi, précise que celle-ci jouira de cette superficie, aussi longtemps qu’elle respecte les règles de gestion et d’exploitation prévues par la législation congolaise, en l’occurrence l’article 22 du Code forestier de 2002, ainsi que le décret n°14/018 du 2 août 2014 et l’arrêté n°025 du 9 février 2016, fixant respectivement les modalités d’attribution et de gestion des Concessions forestières des communautés locales (CFCL) en RDC.

Le Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre opposant depuis plusieurs mois les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aux groupes rebelles du M23, pour le contrôle des ressources naturelles. Dans ce contexte, des interrogations germent sur la protection réelle de ces CFCL susceptibles de servir de camp de base aux belligérants, et de faire l’objet de pillage systématique de ses ressources.
Interrogé sur les risques liés à la présence de groupes armés dans certaines concessions forestières, Migheri a expliqué que les questions sécuritaires relèvent d’autres services de l’État. « Chaque ministère a ses attributions, celui de l’Environnement et du développement durable ne gère ni la politique, ni la sécurité ».
Pour une meilleure protection de ces concessions forestières, les autorités provinciales recommandent tout de même de renforcer les moyens des services forestiers, de prévoir un financement public durable pour la foresterie communautaire, de réorganiser les administrations locales chargées du secteur et d’améliorer les conditions de sécurité dans les zones rurales.
Alors que plusieurs autres dossiers des CFCL sont encore en attente d’approbation au Nord-Kivu, la mise en œuvre de ces nouvelles concessions permettra d’évaluer la capacité des communautés à concilier conservation des forêts, développement local et gouvernance foncière dans une province confrontée à des défis environnementaux et sécuritaires majeurs.
Image de bannière : Patrouille conjointe MONUSCO et FARDC dans la forêt de Kahumiro au Nord-Kivu, en RDC. Image de MONUSCO/Force via Wikimédia Commons (CC BY-SA 2.0).
RDC : Des forêts artificielles pour éviter la destruction des forêts primaires au Nord-Kivu
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