- Des activités minières attribuées à deux sociétés se sont développées, depuis fin 2025, à proximité du Parc national de la Maiko, suscitant des inquiétudes environnementales et sécuritaires concernant leurs impacts potentiels sur la biodiversité.
- Face à ces inquiétudes, le ministre congolais des Mines a suspendu, à titre conservatoire, les activités de ces deux sociétés, invoquant notamment l'exploitation sous le couvert d’un Permis de recherche, et la présence d'individus armés dans les périmètres concernés.
- Des images satellites consultées par Mongabay montrent des infrastructures et des perturbations du couvert forestier en lien avec des activités minières à grande échelle.
- Selon des experts du secteur, cette affaire montre des failles dans la gouvernance minière et environnementale. Les chevauchements entre le Code minier et la législation sur la conservation de la nature fragilisent la protection des aires protégées, en République démocratique du Congo.
Depuis le début de l’année 2026, les vrombissements de groupes électrogènes, de poclains et de dragues résonnent à longueur de journées autour de la rivière Oso, au bord du Parc national de la Maiko.
Selon les cartes des permis miniers, il devrait y avoir uniquement de la recherche pour des minéraux critiques près de cette zone protégée, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Cependant, d’après des sources locales et des images satellites vues par Mongabay, une opération industrielle est en cours. Ces bruits inhabituels, provenant de la forêt, témoignent de la présence des exploitants miniers, intensément à l’œuvre, depuis quelques mois.
« Leur processus a commencé vers la fin de l’année 2025, mais c’est en 2026 que nous avons constaté avec amertume la présence de leurs machines… », affirme un habitant des lieux ayant requis l’anonymat.
Selon les défenseurs de l’environnement et experts du secteur minier, ces actions relancent les inquiétudes sur l’attribution des permis près des aires protégées et la gouvernance minière.
« À l’approche des activités minières, les personnes armées chargées de sécuriser les opérations minières créent un climat de tension », disent les écogardes du parc contraints à se mettre en alerte permanente. La société civile locale affirme avoir observé une intensification des activités minières et expriment ses inquiétudes, quant aux conséquences néfastes sur la biodiversité aux abords de ce parc, qui protège les espèces endémiques, telles que les gorilles de l’est, les okapis, les chimpanzés et les éléphants de forêt.

A la base de cette situation, selon la société civile et un éco-garde, des compagnies appartenant à des exploitants chinois.
Un communiqué du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, en date du 2 juin 2026, cite nommément les compagnies Stone Mining SARLU et Xin Hong Kuan Ye SARL. Le ministre reproche à ces deux sociétés « l’utilisation abusive des Permis de recherche octroyés aux entreprises susmentionnées, qui s’adonnent aux activités d’exploitation minière, en violation des dispositions légalement établies ». Le communiqué souligne aussi l’intrusion d’individus armés dans le périmètre couvert par le permis susmentionné. Selon un écogarde sous couvert d’anonymat, ces individus sont du groupe armé « Force divine Simba » du général autoproclamé Mando, opérant dans la région.
La nature, la quantité, la valeur et la destination des minéraux demeurent inconnues. Une rue connecte la mine à la route nationale 3.
D’après la communication gouvernementale, le ministre a pris la décision de suspendre les activités, en raison de la violation du Code minier et de la loi sur la conservation de la nature.
Une équipe de travail, composée de divers ministères, va examiner la situation sur le terrain et proposer des mesures appropriées. Mongabay n’a pas été informé de la date de cette enquête. De sources dignes de foi, les compagnies respectent l’ordre de suspension.
Des failles juridiques interpellent la gouvernance minière et environnementale
Pour Samson Rukira, défenseur de l’environnement, affilié à l’association Synergie des jeunes pour le développement et les droits humains (SDDH), les impacts des activités minières dans les périphéries des aires protégées peuvent engendrer des conséquences tout aussi dommageables sur les écosystèmes que sur la biodiversité.
« Il y a, entre autres, une pollution atmosphérique de la terre, un problème de sécurisation des espèces protégées, un risque de disparition de la biocénose fragile et des biotopes, une destruction des forêts qui pousse certains animaux à fuir pour s’éloigner du danger», explique-t-il.
Il ajoute que la présence des groupes armés dans une aire ou autour d’elle constitue une menace pour sa biodiversité.

« Cela facilite les trafics prohibés, les braconnages, alimente l’insécurité dans la communauté et dans les aires protégées… C’est un grand problème, parce que les ressources minières sont considérées aussi comme des sources de financement des groupes armés en RDC ».
Ces événements suscitent des interrogations sur la procédure d’attribution des titres miniers en RDC.
Les défenseurs de l’environnement dénoncent le chevauchement des dispositions législatives relatives et une faible coordination entre les services de tutelle. L’article 55 du Code minier de la RDC prévoit que « la demande du Permis de recherche ne peut faire l’objet d’instructions technique et environnementale ». Selon des experts, cette disposition permet à certaines sociétés d’entamer leurs activités sur le terrain, avant qu’une analyse de leurs impacts potentiels sur l’environnement ne soit réalisée.
Par contre, la loi sur la conservation de la nature dispose que toute activité incompatible avec les objectifs de conservation est interdite dans les aires protégées, et précise que, sous réserve des dérogations prévues, tout droit accordé dans les limites des aires protégées et de leurs zones tampons est nul.
Les images satellites consultées, par Mongabay, montrent des infrastructures et des perturbations du couvert forestier en lien avec des activités minières à grande échelle, à environ 1,7 km du périmètre du Parc de la Maiko.

Un autre défi est l’absence de démarcation du Parc national de la Maiko. Bien que la loi prévoit l’existence d’une zone tampon, celle-ci n’a jamais été matérialisée sur le terrain depuis la création du parc. Le directeur du Parc de la Maiko, Matthieu Mirambo, a annoncé, en avril dernier, que le processus de démarcation participative des limites du parc et de sa zone tampon devrait être lancé dans les jours à venir, grâce à un partenariat de cogestion conclu en 2025, entre l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et l’organisation Fauna & Flora. Projet non encore matérialisé sur le terrain.
Des experts du secteur indiquent également que la procédure d’octroi des permis, pour l’exploitation industrielle et semi-industrielle, signale une faille structurelle, d’autant plus qu’elle est essentiellement conduite depuis les institutions nationales, sans véritable implication des communautés locales, contrairement à l’exploitation artisanale allant de la base vers les autorités nationales.
« C’est là où nous avons souvent dit qu’il y a une faiblesse du Code minier. Pour obtenir le Permis de recherche ou le Permis d’exploitation, on ne passe pas par la base. Tous ceux qui sont venus exploiter les minerais ici ont commencé au niveau national. C’est après avoir obtenu leurs documents, Permis de recherche ou d’exploitation, qu’ils reviennent ici [à la base]. C’est un vice de procédure, et c’est comme ça que ça pose souvent de problème… », explique Bhambu Pajolu Calvin, expert du secteur minier et chef de division provinciale des Mines en Ituri.
La démarche de Mongabay auprès des propriétaires des sociétés concernées, afin d’avoir leur point de vue, est restée sans suite.
Image de banière: Activités minières près du Parc national de la Maiko. Image fournie par un écogarde du Parc national de la Maiko.
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