- Équarrisseurs naturels ou encore oiseaux écologiques, les vautours charognards rendent de nombreux services à l’environnement, car ils se nourrissent presque exclusivement de cadavres d'animaux qui ne pourraient disparaître sans eux.
- Menacés d’extinction du fait du braconnage à des fins médico-mystiques et de commerce de leurs parties ou de leurs organes, ils bénéficient depuis quelques années des actions de conservation de la part de l’ONG SOS Savanes.
- Cette organisation se bat pour sauver les dernières populations dans les localités du Nord du pays à travers des initiatives de conservation. Ces initiatives vont de la restauration des aires de nidification à l’érection d’une volière, ainsi qu’à la sécurisation des aires d’alimentation et à la mise en place des comités locaux de surveillance.
Les vautours charognards (Necrosyrtes monachus) connaissent un déclin rapide au Bénin, ces dernières années. Selon l’inventaire réalisé par l’Ong SOS Savanes en 2022, sur les 16 enquêtées, seulement 143 individus de vautour charognard ont été dénombrés dans 13 communes du nord du pays, à savoir Tanguiéta, Matéri, Cobly, Ouassa-Péhonco, Nikki, Banikoara, Ségbana, Boukoumbé, Kérou, Kouandé, N’dali, Tchaourou, et Toucountouna. Les communes de Ouassa-Péhonco, de Tchaourou et de Toucountouna représentant près de la moitié du nombre total d’individus inventoriés, soit 71 vautours. L’organisation précise que cette espèce de rapace est éteinte dans certaines régions du pays (sud et centre) et a également disparu dans certaines villes du nord, comme Kandi, Parakou, Djougou, Malanville et Karimama.
En réalité, beaucoup ignorent comme Rosine Téna Sinwongou, jeune élève en classe de 2nde à quoi ressemble un vautour charognard. Si certains Béninois comme Baudelaire Simkpon et Lys Ledestin Kada, deux jeunes résidant à Parakou, la plus grande métropole du nord du pays, en ont entendu parler sans en avoir jamais vu également, d’autres, par contre, comme Alima Gado, jeune élève en classe de 4ème à Bembèrèkè Centre, à 524 kilomètres au nord de Cotonou, la capitale économique du Bénin, ont vu une fois le vautour charognard et déplorent sa disparition.
Mais beaucoup ignorent toujours l’importance de cette espèce d’oiseau, désormais rare à travers tout le pays. « Ça n’a pas beaucoup d’importance, selon moi. Parce que quelques-uns s’en servent pour faire du mal aux autres…Et d’ailleurs, c’est un animal qu’on ne mange pas », confie dame Zaliatou Ahmadou, sexagénaire résidant à Bembèrèkè-centre.
Celle-ci justifie leur disparition par la raréfaction de la viande dans les abattoirs, endroits souvent fréquentés par les vautours charognards. Quant au vieil Alassane Adamou, l’insecticide utilisé dans les champs de coton serait à l’origine de leur disparition, arguant également que les vautours n’ont aucune importance.
Les vautours charognards jouent un rôle écologique fondamental. Ce sont les « agents naturels d’assainissement » de la nature, de l’environnement. En consommant les carcasses d’animaux morts, ils limitent la propagation de maladies et contribuent à maintenir l’équilibre sanitaire des écosystèmes », souligne Issa Awali Anwarou, coordonnateur du projet au niveau de la Réserve de biosphère transfrontalière WAP (RBT-WAP).
Directeur exécutif de l’ONG SOS Savanes, une organisation béninoise engagée dans la conservation de la biodiversité, la restauration des écosystèmes et l’amélioration des conditions de vie des communautés locales, Farid Amadou Bahleman confie que les vautours sont souvent méconnus et parfois mal perçus, alors qu’ils rendent un service écologique exceptionnel. « Les vautours se nourrissent presque exclusivement de carcasses d’animaux morts. Grâce à leur système digestif extrêmement puissant, ils sont capables de détruire des bactéries et des virus responsables de maladies graves. En consommant rapidement ces carcasses, ils empêchent leur décomposition prolongée dans la nature et réduisent ainsi les risques de propagation de maladies pouvant affecter la faune, le bétail et même les populations humaines… ».

Selon lui, au Bénin, où de nombreuses communautés vivent de l’élevage, « les vautours rendent aussi un service indirect aux éleveurs en contribuant à l’assainissement des espaces pastoraux ». « Leur disparition pourrait entraîner une accumulation de carcasses dans l’environnement, avec des conséquences sanitaires, environnementales et économiques importantes », a-t-il indiqué, précisant que les vautours sont de véritables « éboueurs de la nature ».
Président des Hauts conseils des chasseurs du Bénin, El Hadji Arouna témoigne qu’on pouvait dénombrer « jusqu’à plus de 300 vautours charognards (Yébékou en langue Dendi) » à Parakou. « Ils sont inoffensifs, ils n’ont pas peur des hommes. Mais maintenant, on ne les voit plus. La raison de leur disparition est due à l’élargissement de la ville… Des gens venaient de plusieurs pays, comme le Nigeria, pour les chercher, car ils avaient découvert quelques secrets sur cet oiseau. Les gens le recherchent », a-t-il dit avant de présenter le vautour comme un oiseau porte-malheur.
En effet, les populations des vautours charognards se retrouvent en danger critique d’extinction au Bénin, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), du fait du braconnage à des fins médico-mystiques et de commerce de leurs parties/organes, de la perte de leurs sites de nidification par la déforestation.
A cela s’ajoute la mauvaise connaissance de l’écologie et de l’éthologie de ces animaux rendus vulnérables aussi par la ponte d’un seul œuf par saison de reproduction.
Pour Amadou Bahleman, l’une des principales causes de la disparition de l’espèce reste la destruction de leurs habitats, ainsi que les empoisonnements accidentels ou volontaires.
Selon les données de l’organisation Sahara Conservation, les populations de vautours en Afrique ont chuté de plus de 80 % en l’espace de 30 ans, tandis que dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, en dehors des aires protégées, leurs déclins atteignent même plus de 97 %.

Lueur d’espoir malgré la persistance de la menace…
Alors que l’extermination définitive des vautours charognards est un risque évident au Bénin l’épicentre du trafic de cette espèce protégée placée sur la Liste rouge de l’UICN, des interventions urgentes et ciblées permettent progressivement de changer la donne. A travers un programme global de conservation des dernières populations de l’espèce, l’ONG SOS Savanes essaye d’en améliorer les connaissances scientifiques, de protéger les sites de nidification et d’alimentation, de restaurer les habitats dégradés, de réduire les menaces liées aux empoisonnements et au commerce illégal, de renforcer les capacités des acteurs locaux et de promouvoir une meilleure prise en compte de la conservation des vautours dans les politiques publiques.
« Un accent particulier est également mis sur la sensibilisation des communautés, notamment les chasseurs, les guérisseurs traditionnels, les éleveurs, les élus locaux, les agents des Eaux et forêts, afin qu’ils deviennent des acteurs de la protection de ces espèces » explique Amadou Bahleman.
« Nos actions de sensibilisation ont déjà touché directement plus de 2000 personnes. Grâce à notre stratégie de communication, nous estimons que plus de 15 000 riverains ont été sensibilisés sur l’importance écologique des vautours et sur la nécessité de les protéger. Cette évolution est encourageante, car nous observons un changement progressif des perceptions et une meilleure collaboration des populations avec les acteurs de la conservation », souligne Amadou Bahleman, insistant sur la nécessité de poursuivre les efforts à long terme.

A travers la restauration des aires de nidification, les actions permettent de protéger et de reconstituer les sites, où les vautours construisent leurs nids. Il a été donc procédé au reboisement des sites de nidification avec des essences locales telles que le baobab (Adansonia digitata), le caïlcédrat (Khaya senegalensis), le rônier (Borassus aethiopum) et d’autres espèces favorables à la nidification. Les travaux d’entretien permettent aujourd’hui d’assurer un bon taux de survie des plants, selon Amadou Bahleman.
La restauration des systèmes agroforestiers a été également identifiée comme une priorité dans le but d’améliorer les conditions de vie des communautés tout en réduisant les pressions exercées sur les habitats des vautours. L’option de la Régénération naturelle assistée (RNA), qui consiste à reforester les terres sans planter d’arbres, permet de restaurer les paysages, de conserver les grands arbres utilisés par les vautours pour se percher et nicher, mais aussi d’améliorer la fertilité des sols, la disponibilité du bois et les revenus des ménages.
« À ce jour, 320 ménages ont été formés et accompagnés, permettant la restauration de 1 920 hectares de systèmes agroforestiers dans six communes du nord du Bénin, soit un résultat supérieur à l’objectif initial fixé à 1 500 hectares », précise Amadou Bahleman.
Dans l’optique de garantir aux vautours une nourriture accessible, saine et exempte de substances toxiques, il a été procédé à la sécurisation des aires d’alimentation, notamment l’aménagement de deux sites pilotes au niveau des abattoirs de Kérou et de Boukoumbé au nord-ouest du pays, en collaboration avec les responsables des abattoirs, les services vétérinaires et les autorités locales. Les déchets animaux y sont désormais déposés dans des espaces sécurisés, ce qui réduit les risques d’empoisonnement et améliore les conditions d’hygiène des abattoirs. « Les premières observations réalisées après l’installation de ces sites sont très encourageantes, avec cinq observations de vautours totalisant six individus, démontrant que ces aires sont effectivement utilisées par l’espèce. Les bouchers partenaires ont également été valorisés pour leur contribution à cette initiative, renforçant ainsi leur engagement dans la conservation », souligne Amadou Bahleman.

Volière pour les vautours : l’innovation majeure…
La création d’une volière pour les vautours reste l’une des actions fortes mise en œuvre dans le cadre de la conservation de leurs dernières populations au Bénin. Ladite volière de 4 500 m³ érigée à Tanguiéta se veut un centre spécialisé de prise en charge des vautours blessés, malades, empoisonnés ou saisis lors d’opérations de lutte contre le trafic. Un centre qui faisait défaut jusqu’ici au Bénin.
À en croire Amadou Bahleman, cette infrastructure permettra d’assurer les premiers soins, la réhabilitation des oiseaux avant leur remise en liberté, mais également de conduire des travaux de recherche scientifique, de former les professionnels de la conservation et de sensibiliser le grand public. À terme, elle constituera une référence nationale pour la conservation des rapaces menacés, ajoute-t-il, convaincu de l’impact de l’infrastructure pour la conservation de l’espèce.
À toutes ces initiatives, s’ajoute la mise en place des comités locaux de surveillance dans certains villages des communes de Boukoumbé et de Toucountouna au nord-ouest du pays. « Les comités locaux constituent l’un des piliers de notre approche de conservation communautaire. À ce jour, 11 comités locaux de suivi et de surveillance ont été créés. Ils regroupent 93 membres, dont des représentants des communautés. Ces comités travaillent en étroite collaboration avec les animateurs de terrain de l’ONG SOS Savane. Ils assurent la surveillance régulière des sites de nidification, signalent toutes menaces (abattage d’arbres, destruction de nids, capture ou empoisonnement de vautours), sensibilisent les populations et participent au suivi écologique de l’espèce », explique Amadou Bahleman.
Celui-ci précise, par ailleurs, que 91 femmes et hommes ont bénéficié d’un appui, dans le cadre du Programme, pour développer des activités génératrices de revenus, notamment la transformation du soja en fromage, la fabrication du savon, la production du « soumbala » ou moutarde à partir du néré et la transformation du lait de vache en fromage, et 25 ménages ont été accompagnés dans l’installation de 1725 m2 de jardins de case.

Pour contraindre les chasseurs ou encore des guérisseurs traditionnels de ne plus s’en prendre aux vautours charognards, il a laissé entendre que l’approche idéale est de dialoguer avec eux, de renforcer leurs connaissances sur le rôle écologique des vautours, de leur présenter les textes de loi qui protègent ces espèces et de rechercher ensemble des alternatives durables, en évitant de les stigmatiser.
Il a ajouté que l’implication des agents des Eaux et forêts est indispensable pour assurer la pérennité des actions. « Des avancées significatives ont déjà été enregistrées…Nous observons des signes encourageants », dit-il.
En dehors du changement des comportements qui s’observe et qui est crucial, 92 vautours charognards, dont 79 adultes et 13 subadultes, ainsi que 17 nids, dont six contenaient un œuf en couvaison, ont été observés récemment grâce au suivi scientifique réalisé sur les sites de nidification. « Les activités de restauration ont permis le reboisement de 7,5 hectares de sites de nidification, la restauration de 1 920 hectares de systèmes agroforestiers grâce à la Régénération naturelle assistée, ainsi que l’installation de 13 hectares de plantations communautaires…Les taux de survie des plantations atteignent environ 75 % pour les sites de nidification et 90 % pour les plantations communautaires, ce qui est très satisfaisant », précise-t-il.
Toutefois, malgré ces motifs d’espoir, l’organisation insiste sur le fait que la situation des vautours au Bénin demeure très préoccupante. Elle recommande des efforts de renforcement de la sensibilisation, de protection durable des derniers sites de nidification, de renforcement de la lutte contre le trafic et les prélèvements illégaux. Elle préconise surtout de développer davantage la recherche scientifique et le suivi écologique sans oublier la mise en place d’un centre national de soins et de réhabilitation des vautours et autres rapaces menacés.

Image de bannière : Les vautours reviennent. Image de Farid BAHLEMAN avec son aimable autorisation.
FEEDBACK : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.