- Un récent rapport dénonce l’exacerbation du conflit homme-éléphant dans l’arrondissement de Kalfou, situé dans l’Extrême-Nord du Cameroun.
- Les pachydermes, provenant d’une réserve forestière locale, dévastent les champs, assiègent les points d’eau existants, et détruisent les maisons, à la recherche de ressources alimentaires.
- L’aire protégée de 6 400 hectares est en proie à la désertification, à la sécheresse, et subit une forte dégradation de sa végétation, avec l’assèchement de ses mares.
- L’administration locale des Forêts et de la faune indique que la réserve est au cœur d’un projet de restauration devant donner lieu à l’aménagement des bassins d’eau artificiels alimentés à l’énergie solaire, pour abreuver les éléphants.
« Les éléphants sont particulièrement attirés par nos champs. Ils apparaissent généralement à la fin de la saison des pluies, lorsque les cultures s’approchent de la maturité, et dévorent tout sur leur passage (…) Lorsqu’ils ne trouvent pas de champs, ils pénètrent dans les concessions, détruisent les hangars et consomment les réserves de mil, de haricots et autres denrées ». Ces propos sont d’Ibrahim, 46 ans, chef du quartier Kaola, l’une des localités de l’arrondissement de Kalfou, situé dans l’Extrême-Nord du Cameroun, une région qui subit durement les affres du conflit homme-éléphant.
Ce témoignage tiré du rapport de l’ONG Earth Cameroun, publié le 7 juillet 2026, et consulté par Mongabay, est révélateur de la psychose, que vivent les populations de cet arrondissement abritant par ailleurs une réserve forestière, avec plus de 400 éléphants, selon cette organisation à but non lucratif.
D’après Earth Cameroun, la réserve forestière de Kalfou, d’une superficie de 6 400 hectares (15 815 acres), connecte le Parc national de Kalamaloué, le Parc national de Waza, tous situés dans l’Extrême-Nord du Cameroun, et la Réserve de biosphère de Binder-Léré au Tchad, via le corridor camerounais de Ma Mbed Mbed, très contesté par les populations locales.
Outre les éléphants de savane, la réserve abrite également des espèces fauniques telles que les gazelles à front roux, les céphalophes couronnés, les céphalophes de Peters, les phacochères, les hyènes, les girafes, les primates, les canards armés et casqués, les sarcelles, etc.
Alain Djawa Walidjo, assistant technique chargé des missions d’enquêtes de terrain au sein de Earth Cameroun, explique à Mongabay au téléphone, que « ces éléphants n’ont pas de lieu de repos paisible ». « Il n’y a que la réserve de Kalfou qui offre cette alternative, parce que le Parc national de Waza est dégradé, et fait face aux attaques des terroristes de Boko Haram, qui y font des incursions tout le temps. Et du côté du Tchad, le braconnage les contraint à se rabattre vers le Cameroun », a-t-il précisé.

Changement climatique et insécurité alimentaire
En plus de l’insécurité dans la région, Walidjo ajoute que les pachydermes font face aux contraintes des effets du changement climatique, notamment la longue période de sécheresse dépassant parfois sept mois dans l’année, la désertification, la dégradation de la végétation, la déforestation, l’assèchement des mares d’eau naturelles au sein de la réserve. L’ensemble de ces aléas climatiques pousse les animaux à quitter leur milieu naturel pour les villages, à la recherche d’eau pour s’abreuver et de nourriture, non sans détruire les habitations.
« Il n’y a pas d’eau. Dès que la saison des pluies finit, quelques jours après, les mares d’eau naturelles tarissent parce qu’elles ne sont pas curées, et il n’existe pas de points d’eau artificiels pouvant répondre de façon alternative aux besoins en eau des animaux », dit-il.
Earth Cameroun, ayant effectué une mission de terrain en mars 2026 dans quinze villages autour de la réserve forestière de Kalfou, révèle que près de 80 % des points d’eau sont également asséchés ou pollués dans ces localités. Ce qui accentue la compétition entre la faune et les communautés. L’ONG souligne aussi dans son rapport que les champs (mil, maïs, sorgho, haricot, riz, arachide) sont systématiquement détruits par les pachydermes en divagation.
Dans un article mettant déjà en lumière le conflit homme-éléphant dans l’arrondissement de Kalfou, publié par Mongabay en février 2025, le maire adjoint de la localité, Oumarou Tamboutou, indiquait que les éléphants se baladent entre les villages de Kalfou entre le mois de septembre et juillet, soit pendant neuf mois, une période correspondant à la saison sèche, et qu’à cause de leur présence, les villageois sont obligés de récolter rapidement toutes leurs cultures de saison pluvieuse, au risque de voir les éléphants les dévaster. « Pour ce qui est des cultures de saison sèche et de contre-saison comme le sorgho, le manioc, les oignons, on ne peut plus les repiquer parce que les éléphants dévastent tout. Ils aiment les herbes fraiches. Dès que les cultures commencent à pousser, ils sortent de la réserve et viennent tout manger », a déclaré Tamboutou. Cette situation perdure sur le terrain, à en croire Walidjo.

Adoptée en 2024, la nouvelle loi forestière camerounaise autorise le paiement par l’État des indemnisations aux victimes de destruction des cultures par les animaux sauvages. Mais deux ans après son adoption par le parlement, elle n’est toujours pas appliquée à cause de l’absence de son décret d’application, ce texte supplémentaire devant être signé par le président de la République, avant son entrée en vigueur effective.
La restauration de la réserve forestière en vue
Les éléphants de savane (Loxodonta africana), classés en danger sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), se nourrissent essentiellement des espèces végétales. Ils consomment les herbes, les feuilles, les racines et les écorces des arbres et des arbustes, les jeunes pousses et les fruits, leurs principales ressources alimentaires. Une étude sur l’évaluation et la modélisation du couvert végétal, dans les parcs nationaux du W et de la Pendjari au nord du Bénin, publiée en avril 2025, dans la Revue internationale de Géomatique (RIG), a démontré que la disparition de la végétation ? dans l’habitat naturel des animaux, peut les contraindre à se sédentariser vers d’autres espaces plus prometteurs.
À Kalfou, la réserve forestière subit une très forte dégradation et fait l’objet de déboisement par des populations extrêmement pauvres, dépendant à environ 90 % du bois coupé dans la réserve comme source d’énergie, d’après l’administration locale des Forêts et de la faune.

Un projet de restauration des écosystèmes de la Réserve forestière de Kalfou est envisagé, à en croire le délégué départemental des Forêts et de la faune du Mayo-Danay, Emmanuel Iyah. Ledit projet devrait bénéficier du soutien financier connexe d’un projet routier dans la région, financé par la Banque africaine de développement (BAD).
« Il est prévu la création de deux mares artificielles et la réhabilitation d’une mare existante. Nous avons mis sur pied un système pour réhabiliter les mares d’eau dans la réserve, afin de limiter les déplacements des éléphants. En réalité, on devrait aboutir, à la fin de l’année 2026, à trois mares bien aménagées, alimentées à l’énergie solaire », a expliqué Emmanuel Iyah par téléphone à Mongabay.
Cet ingénieur des Eaux et forêts, décrit aussi une situation inquiétante dans la localité de Kalfou, liée à l’explosion démographique et caractérisée par les constructions anarchiques sur des couloirs de migration des éléphants, contribuant ainsi à exacerber le conflit. L’administration locale a opté pour des solutions ponctuelles, qui consistent à sensibiliser les populations, à organiser des patrouilles pour surveiller les mouvements des pachydermes, à les refouler vers leur habitat naturel, et, en cas d’urgence, à opérer des battues administratives.
Image de bannière : Un champ de maïs dévasté de moitié par les éléphants dans l’arrondissement de Kalfou. Image de l’ONG Earth Cameroun, fournie par Alain Djawa Walidjo, cadre de cette organisation, avec son aimable autorisation.
Citation :
Osseni, A.A., Dossou-Yovo, H.O., Hegbe, A.D., Khan, M.N., Sinsin, B. (2025). Assessing and Modeling the Vegetation Cover in the W and Pendjari National Parks and Their Peripheries from 1985 to 2030, Using Landsat Imagery and Climatic Data in Benin, West Africa. Revue Internationale de Géomatique, 34(1), 209–234. https://doi.org/10.32604/rig.2025.061448
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