- Des lingots de cuivre et l’hydroxyde de cobalt atteignent la côte Atlantique angolaise depuis Kolwezi, via le Corridor de Lobito suivant l’accord de partenariat signé en décembre 2025 entre la RDC et les États-Unis.
- L’annonce a été faite le 9 février 2026, par Trafigura, acteur majeur du consortium international Lobito Atlantic Railways chargé d’exploiter le corridor pendant 30 ans.
- En République démocratique du Congo, en revanche, cette nouvelle qui réjouit les miniers inspire la peur aux personnes installées le long des rails.
- Selon les estimations de Global Witness, jusqu’à 6 500 personnes pourraient perdre leurs logements installés près de la voie ferrée.
À la sortie d’un bourbier séché depuis avril et qui produit une épaisse poussière au passage des camions chargés de minerais, à environ 200 mètres de la Route nationale 39, un train s’est immobilisé sur un quai, où tout est grisaille, vétuste. La gare de Luilu, une petite infrastructure de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), est stratégique sur le Corridor de Lobito. Elle se situe à l’entrée de la cité de Luilu faisant partie de la ville de Kolwezi, capitale du Lualaba.
« C’est notre jour de chance, le train est là ! », s’exclame tout enthousiaste Marco – un pseudonyme, une source de Mongabay ayant préféré garder l’anonymat.
La cité de Luilu est un important pôle minier du Lualaba. Elle regroupe de grandes compagnies de cobalt et de cuivre telles que Kamoto Copper Compagny (KCC), filiale de l’anglo-suisse Glencore, et SICOMINES détenue par un consortium chinois. La petite gare permet ainsi le chargement rapide et discret des minerais vers la côte Atlantique. Une dizaine de vigiles veillent, nuit et jour, sur les cargaisons de minerais en attente d’exportation.

Ce matin du 5 avril 2026, la petite gare est en effervescence. Des manutentionnaires déchargent les marchandises arrivées de Lobito. De la bière et d’autres produits agro-alimentaires sont directement chargés dans des camions jouxtant des wagons.
« Le train est arrivé la nuit, entre minuit et deux heures du matin », explique un conducteur de camion positionné le long du rail, chargé de cuivre en attente de déchargement dans des wagons.
« C’est officieux que le train circule sur cette voie [qui attend sa réhabilitation, ndlr], explique le même chauffeur. Il y a eu récemment un accident mortel. On n’en parle pas, parce que la voie n’est pas officiellement ouverte aux trafics commerciaux », indique la même personne ayant abrégé la conversation, signalant la présence des agents de renseignement sur le lieu.

Un corridor longtemps abandonné
Long de 1 700 kilomètres, aujourd’hui censé faciliter l’intégration régionale d’après la présidence de la RDC, qui vante ses avantages, le corridor de Lobito est resté longtemps abandonné. Et pour cause, les rebellions que l’Angola et la RDC, anciennement appelée Zaïre, ont soutenues l’un contre l’autre.
Durant ces années d’abandon, des arbres ont poussé sur la voie ferrée. Pendant le même temps, à Kolwezi ou encore à Fungurume vers le sud-est du même corridor, plusieurs habitations ont été construites le long du chemin de fer. Au quartier Bel-Air à Kolwezi, par exemple, des occupants comme Moïse Mbaya, y vivent depuis 20 ans.
« Nous sommes venus ici près du rail parce qu’il y avait un problème : à cet endroit, les criminels commençaient à tuer les gens. […] Pour que le banditisme cesse, on nous a dit d’aller construire là, et en construisant, le banditisme a pris fin », explique Mbaya. Cet habitant du quartier Bel-Air, établi en contre-bas du tunnel à la sortie de la gare centrale de Kolwezi, sur la voie Lobito, fait partie des premiers occupants. Les responsables de la SNCC n’ont pas répondu aux sollicitations de Mongabay.
Les habitations à problèmes longent la voie ferrée, érigées sur l’espace de sécurité réservé entre le rail et l’Avenue du rail bordant le centre-ville, à la limite avec le quartier Kasulo, au nord-ouest de la gare centrale de Kolwezi. Leur nombre reste inconnu sur l’ensemble du corridor en RDC. Mais d’après une estimation de l’ONG britannique Global Witness, à Kolwezi, entre 3 500 et 6 500 personnes pourraient être chassées des habitations construites le long du chemin de fer.

Depuis la reprise du trafic ferroviaire sur le corridor de Lobito, les habitants du quartier Bel-Air vivent dans la peur d’une expulsion sans la garantie d’une indemnisation. Or, explique Mbaya à Mongabay, les habitants du quartier, comme lui, ont investi leurs économies dans la construction des logements dont certains sont en matériaux définitifs. Des bâtiments à étages ont même été érigés en face du quartier général de la SNCC, sur l’une des voies principales de la ville.
Pour Mbaya, les raisons du maintien de la servitude de 25 mètres de part et d’autre des rails ne se justifient plus depuis que le train électrique, dont on redoutait des étincelles susceptibles de créer des incendies, a été remplacé par le diesel. « Des gens ont volé les caténaires et, depuis, le train électrique ne circule plus. Nous sommes à 5 mètres du rail [et tout se passe bien] », souligne-t-il, défendant une cohabitation sans problèmes avec la présence des rails.
« Nous n’avons enregistré aucun accident ici », indique Mbaya. Or, précise-t-il, des agents de la SNCC ont annoncé en 2025 qu’ils agrandiront l’espace de sécurité autour des rails jusqu’à 245 m de part et d’autre.

Indemniser les occupants, ou repenser la circulation sur le réseau
Ce mode d’occupation des espaces ferroviaires est également signalé à Dilolo, une cité congolaise frontalière de l’Angola, sur la même voie ferrée. « La distance de sécurité autour du rail n’est pas respectée. Il y a des maisons qu’il faudra déplacer. Il y a également plusieurs villages qui se sont rapprochés de la voie ferrée », explique à Mongabay Simplice Mwamba, porte-parole du Cadre de concertation de la société civile de Dilolo.
Cette situation est également confirmée par Romy Mabonzi, président de l’association Sauvons le rail basée à Lubumbashi. Selon lui, il y a plus de localités massées le long de la voie ferrée que des routes sur le même corridor. Ce dernier indique, en outre, que les politiques semblent plus focaliser l’attention sur le transport immédiat des minerais, plutôt que de « penser les autres aspects inséparables du même projet tels que la formation du personnel, l’environnement ou la sécurisation des contrées le long du rail ».
En attendant le démarrage des travaux de réhabilitation de la voie ferrée, dont la date n’est toujours pas connue à ce jour, alors que le train relie désormais régulièrement Lobito à Kolwezi, l’angoisse gagne les occupants installés à proximité des rails. Si John Kombe, habitant du quartier Bel-Air, considère que l’État congolais a toléré l’occupation de l’espace ferroviaire, toute délocalisation devra donner lieu à des indemnisations.
« Le problème est que nous avons déjà engagé des dépenses pour construire. Puisque nous avons déjà bâti, qu’on nous rembourse d’abord nos dépenses, et, là, nous leur laisserons le rail libre », dit Kombe.
« On ne déplace pas quelqu’un qui a souffert pour construire et qui a tout réalisé pendant que toi, la société, tu le regardais faire, pour ensuite lui dire qu’il n’a rien. Ce n’est pas une façon de déplacer les gens », explique, pour sa part, David Kabuyaya, un habitant du même quartier.

Plus incisif, Kabuyaya anticipe l’idée du déguerpissement, tenant un argument selon lui considérable : « Ce train qui passe à Lubumbashi, là-bas à Kamalondo, pourquoi n’a-t-on pas délogé les gens ? Parce que là-bas, c’est à 5 mètres. […] Jamais, on n’a chassé les gens de Lubumbashi. Qu’on commence d’abord par là-bas, ou qu’ils aillent à Kinshasa chasser tout le monde [le long des rails]. Ce n’est pas seulement à Kolwezi, c’est partout ailleurs », dit Kabuyaya.
Pour ces habitants, l’État congolais peut aussi les laisser occuper leurs espaces et ralentir par exemple la vitesse du train en agglomérations. Pour l’expert du rail, Mabonzi, si le train ralentira naturellement en agglomérations ou sur des rails défectueux, la loi sur la police du rail interdit toute proximité au-delà du périmètre de sécurité de 25 m.
Pour l’instant dans l’expectative sur fond d’angoisse, ces riverains des rails attendent de voir ce qui sera de leur sort.
Image de bannière : Un marché sur le rail au quartier Musompo à Kolwezi. Image de Didier Makal pour Mongabay.
Comment l’Accord RDC–États-Unis facilite l’accès américain aux minerais congolais
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