- L’absence de pépinières pour des espèces indigènes compromet les efforts de restauration des paysages dégradés du Grand Virunga.
- Cette zone protégée, la plus riche en biodiversité d’Afrique centrale, abrite un tiers des gorilles de montagne menacés d’extinction.
- La zone de conservation des Virunga comprend plusieurs types d'écosystèmes distincts et uniques.
- Les populations vivant à proximité des aires protégées du Grand Virunga peuvent tirer profit des efforts de restauration.
Selon une experte de renommée internationale en conservation, la création d’un environnement favorisant la germination et l’essor des arbres indigènes au niveau des paysages du Grand Virunga, une zone sensible de conservation partagée entre l’Ouganda, la République démocratique du Congo et le Rwanda, s’avère plus que jamais nécessaire. Dans une interview exclusive, professeur Beth Kaplin, chercheuse associée principale pour Dian Fossey Gorilla Fund, une organisation caritative pour la protection des gorilles de montagne en voie de disparition, basée à Atlanta aux Etats-Unis, également spécialisée en écologie tropicale, en systèmes d’information sur la biodiversité, en zones protégées, dans plusieurs universités au Rwanda et aux Etats-Unis, déplore l’absence de pépinières pour fournir des semences indigènes au niveau de cette zone protégée qui est la plus riche en biodiversité d’Afrique.

Mongabay : Quels sont les principaux défis auxquels font face les acteurs de la restauration des paysages du Grand Virunga ?
Beth Kaplin : La disponibilité des semences indigènes reste essentielle pour pérenniser les efforts en cours de restauration dans cette zone. Or, le manque de pépinières qui fournissent des semences indigènes demeure un problème criard, notamment au niveau des paysages du Grand Virunga. On se contente de ce qu’il existe de nombreux projets de restauration faisant recours à un ensemble d’essences d’arbres sélectionnées, mais qui ne tiennent pas compte du type d’écosystème concerné pour permettre la régénération de ces paysages dégradés.
Un autre défi réside dans le fait que de nombreux projets de restauration utilisent un ensemble d’essences d’arbres sélectionnées, sans tenir compte du type d’écosystème au sein duquel se situe le site de restauration. Le « Global Biodiversity Standard » (GBS), qui est la seule norme internationale à reconnaître et à encourager la protection, la restauration et le développement de la biodiversité, garantit que les espèces d’arbres à planter doivent avoir fait partie du même écosystème dans un passé récent, avant leur dégradation.
Mongabay : Quels sont les avantages de cette norme internationale ?
Beth Kaplin : Cela permet d’éviter la plantation d’espèces qui n’ont jamais été présentes à cet endroit. Si l’objectif du projet de restauration est de restaurer un écosystème, il est essentiel de bien comprendre de quel écosystème il s’agit, et quelles sont les espèces qui le caractérisent. Un autre défi consiste à définir des indicateurs de réussite pour les projets de restauration. L’heure d’agir est venue, car cela n’a pas été le cas pendant longtemps, ce qui a toujours compromis les efforts de restauration du paysage du Grand Virunga.
Mongabay : Que doivent faire les acteurs de la conservation pour éviter de faire dérailler les progrès de la restauration des paysages du Grand Virunga en cours ?
Beth Kaplin : Tout succès aux efforts de restauration est généralement mesuré par le nombre d’arbres plantés ou la superficie cultivée. Or, rien n’indique qu’un écosystème ait été restauré. La zone de conservation des Virunga est une région unique comprenant plusieurs types d’écosystèmes distincts, notamment la forêt de bambous, la forêt tropicale de montagne, la végétation afro-alpine, etc., et un grand nombre d’espèces végétales endémiques, le tout dans un contexte de très forte densité de population et de fortes pressions liées à l’utilisation des terres. Une grande importance doit être accordée à la restauration de ces paysages.

Mongabay : Comment ces initiatives de restauration peuvent-elles soutenir les efforts en cours dans le respect de ces spécificités locales ?
Beth Kaplin : La restauration d’habitats peut se concentrer sur la restauration d’écosystèmes transformés en terres agricoles. En restaurant ces écosystèmes, avec leurs essences d’arbres associées, nous pouvons commencer à rétablir la diversité des types de végétation, notamment à basse altitude, par exemple dans le Parc national des Volcans. Cette transformation en terres agricoles est relativement récente, et plusieurs projets ont démontré que ces sites peuvent être restaurés avec de la végétation indigène.
Par exemple, les sites expérimentaux dans le campus Ellen DeGeneres du Dian Fossey Gorilla Fund à Kinigi, au Nord du Rwanda, illustrent les différentes phases de croissance, pour les arbres indigènes, par une régénération naturelle. Certaines de ces plantes servent de nourriture pour les gorilles. Cela illustre dans quelle mesure une initiative de restauration prenant en compte à la fois la sélection des espèces à planter, composantes de l’écosystème naturel avant la perturbation, et la conception de la plantation, peut jeter les bases d’une régénération naturelle qui mènera à la restauration des habitats des gorilles.
Mongabay : Quelle est la meilleure approche pour impliquer les communautés locales dans ces efforts de restauration ?
Beth Kaplin : Les populations vivant à proximité des aires protégées du Grand Virunga peuvent bénéficier des efforts de restauration de multiples manières. L’essentiel est de créer un véritable espace de participation. Cette approche reste complexe, mais les résultats sont généralement plus palpables à long terme. Ces efforts apportent des bénéfices concrets à la fois pour les populations et pour la nature.
Parmi les domaines spécifiques, où les communautés pourraient être encouragées à participer aux projets de restauration des paysages du Grand Virunga, on peut citer la conception et la gestion des zones tampons, la collecte de semences et les pépinières, la gestion des espèces envahissantes et les activités de plantation d’arbres, ainsi que le suivi des sites de restauration. De nombreux outils intéressants, dont certains font appel à des technologies de pointe, peuvent désormais être utilisés par les communautés pour suivre les progrès de la restauration dans cette zone.
Image de bannière : Le Grand Virunga à cheval entre le Rwanda, l’Ouganda et l’est de la République démocratique du Congo (RDC) couvre une superficie d’environ 7 800 Kilomètre carrés soit environ 950 000 terrains de football. Image de Aimable Twahirwa.
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