- Les inondations ont des conséquences variées sur la faune et la flore dans le bassin du Congo.
- Le changement climatique affecte la survie et la chaîne alimentaire marine au niveau des zones périphériques du Lac Télé au Congo.
- Les communautés autochtones et locales du bassin du Congo ont une connaissance approfondie de leur environnement dans des zones, où des données scientifiques demeurent insuffisantes.
- Des solutions fondées sur la nature permettent de réduire le risque d’inondations, dans le bassin du Congo.
Une nouvelle étude menée dans la Réserve communautaire du Lac Télé, située au nord-est de la République du Congo, révèle que le changement climatique modifie profondément la biodiversité et les moyens de subsistance des communautés vivant au cœur du bassin du Congo.
Dans cette étude publiée en juin 2026, dans la revue Ecology & Society, les chercheurs soulignent notamment des changements dans les migrations de nombreuses espèces de mammifères, d’oiseaux et de poissons, ainsi qu’une diminution de la production de fruits sauvages, une raréfaction des chenilles comestibles, sans oublier la mortalité accrue des arbres suite à la modification des régimes d’inondation.
« Ces perturbations des écosystèmes causées par le changement climatique affectent des activités essentielles telles que l’agriculture, la pêche et la chasse, dont dépendent des milliers de familles dans la sous-région », souligne Milena Beekmann, doctorante à l’université de Rome « La Sapienza », en Italie et auteure principale de cette étude.

Menaces sur les ressources halieutiques
Au niveau des zones périphériques du Lac Télé, les poissons sont désignés comme étant les espèces les plus affectées par les effets du changement climatique.
Selon Beekmann, les poissons sont les plus touchées en raison des inondations extrêmes et de la modification des régimes hydrologiques qui perturbent leurs déplacements. Le chercheuse précise que les membres de la communauté locale rapportent avoir vu des poissons dans des plantations de cacao avoisinantes.
Cette étude inédite montre que les inondations entraînent souvent une perte dramatique de la biodiversité aquatique, là où des crues soudaines dans cette région augmentent parfois le débit des rivières et des lacs, rendant les conditions de vie insoutenables pour des ressources halieutiques, dont dépendent les populations locales. « Ces phénomènes d’inondations récurrentes contribuent également à la contamination des eaux, ce qui affecte gravement les écosystèmes aquatiques, dont notamment les poissons », explique Beekmann dans un entretien avec Mongabay.
Les auteurs de l’étude signalent également une baisse de la production de fruits chez plusieurs espèces forestières, en particulier Saba senegalensis, connue localement sous le nom de malombo. « Cette diminution est préoccupante, car les fruits sauvages constituent une ressource essentielle pour les populations locales, tant pour leur alimentation que pour leurs moyens de subsistance », souligne Beekman.
Selon elle, ces arbres fruitiers jouent un rôle écologique majeur en étant une source d’alimentation pour une grande diversité d’espèces animales, notamment des primates, des oiseaux et d’autres mammifères dépendant de ces ressources pour leur survie dans cette zone.

Migration et déplacements saisonniers
Les auteurs de l’étude indiquent que l’arrivée plus précoce des crues, leur durée prolongée et leur extension vers des zones auparavant épargnées modifient profondément les cycles écologiques de cette forêt inondable du bassin du Congo.
Chez les mammifères, les communautés vivant autour de la Réserve communautaire du Lac Télé, ont observé des changements dans les déplacements saisonniers des petits céphalophes bleus (Philantomba monticola) et des porcs-épics à queue en brosse (Atherurus africanus).
Habituellement, selon l’étude, ces espèces migrent vers des zones de refuges situées dans les hautes altitudes.
Mais avec des crues soudaines touchant régulièrement cette zone, certains animaux n’ont plus le temps de rejoindre les zones refuges, alors que la population locale en a signalé la mort de plusieurs individus, piégés par la montée des eaux.
Au cœur de la Réserve communautaire du lac Télé, les chercheurs affirment que les connaissances locales ont permis d’aller bien au-delà des données scientifiques disponibles. Du point de vue des auteurs de l’étude, ces observations illustrent dans quelle mesure les savoirs locaux constituent une source essentielle d’informations dans des zones, où des données scientifiques demeurent insuffisantes.
Dr Denis Jean Sonwa, directeur pour la Recherche, les données et impacts pour l’Afrique, à l’Institut des ressources mondiales (WRI, sigle en anglais), reconnaît que des millions de familles dépendent de petites exploitations agricoles pour leur subsistance, au niveau du bassin du Congo.
Selon lui, les pratiques d’agriculture de conservation, fondées sur une perturbation minimale du sol, une couverture végétale permanente et la diversification des cultures, peuvent renforcer la résilience des exploitations face aux épisodes des inondations récurrentes.
« Cette approche s’avère être une solution durable pour renforcer la résilience des exploitations, face aux aléas climatiques, dont des inondations », affirme-t-il dans une interview à Mongabay.
L’Institut des ressources mondiales souligne que le changement climatique accroît la fréquence et l’intensité des inondations dans le bassin du Congo. « Des solutions fondées sur la nature peuvent inverser cette tendance face à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes en Afrique centrale », souligne Dr Sonwa.
Image de bannière : Les communautés vivant autour de la Réserve communautaire du Lac Télé, ont observé des changements dans les déplacements saisonniers chez certains mammifères. Image de Milena Marie Beekmann.
Citation :
Beekmann, M., Rondinini, C., Moungouya-Moukassa, C.& Al. (2026). « We saw fish in the cocoa farm » : Local observations of the impacts of climate change on biodiversity and livelihoods in the Lac Télé Community Reserve, Congo Basin. Ecology and Society, 31(2), Article 31. https://doi.org/10.5751/ES-16934-310231
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