- La saison des pluies en Afrique de l’Ouest et au Sahel est influencée par plusieurs zones océaniques, qui sont les sources de prédictibilité du climat.
- La présence d’un épisode El Niño fort ne signifie pas automatiquement une saison des pluies déficitaire sur l’ensemble du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
- Le changement climatique influence les ressources en eau, les écosystèmes et les systèmes agropastoraux.
Selon les informations hydrométéorologiques du Centre AGRHYMET publiées fin mai dernier, la saison des pluies de 2026 en Afrique de l’Ouest et au Sahel s’annonce contrastée, avec des risques de sécheresse dans certaines zones et des précipitations excédentaires dans d’autres.
Les analyses, dressées par ce centre de recherche basé au Niger, indiquent que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel devraient faire face à une forte variabilité spatio-temporelle des précipitations, qui pourrait se traduire par une alternance entre des pauses pluviométriques prolongées et des épisodes de pluies intenses.
Selon Dr Seydou Tinni Halidou, expert météorologue et responsable de la Division veille régionale hydrométéorologique et climatique au Centre AGRHYMET, la saison des pluies dans la région est influencée par plusieurs bassins océaniques, qui constituent les principales sources de prédictibilité du climat.
D’après ses explications, les connaissances scientifiques actuelles montrent que l’évolution des saisons résulte de l’interaction de plusieurs facteurs climatiques pouvant parfois agir dans des directions opposées. Ainsi, la présence d’un épisode El Niño fort ne signifie pas automatiquement une saison déficitaire sur l’ensemble du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.

Pour le chercheur, cette variabilité représente un risque majeur pour l’agriculture, l’élevage, les ressources en eau ainsi que la gestion des catastrophes. Les prévisions montrent notamment que le Sahel occidental pourrait connaître un risque accru de déficits pluviométriques, de séquences sèches prolongées et de sécheresse agricole. À l’inverse, le Sahel central et oriental, ainsi que plusieurs pays du Golfe de Guinée, pourraient enregistrer des précipitations proches de la normale à saturation, avec, toutefois, un risque élevé d’inondations localisées.
Les conséquences attendues varient selon les zones. Dans le Sahel occidental, les déficits de pluie pourraient entraîner une baisse des rendements agricoles, des difficultés d’installation des cultures, une réduction des pâturages et des points d’eau, ainsi qu’une pression accrue sur les ressources pastorales.
Dans le Sahel central et oriental, les prévisions pluviométriques sont globalement favorables à la production agro-pastorale. Elles pourraient favoriser une bonne installation des cultures, améliorer la disponibilité des pâturages et contribuer à la recharge des ressources en eau. Cependant, les fortes pluies, les ruissellements et les inondations pourraient provoquer des pertes de cultures, la destruction d’infrastructures rurales, la dégradation des terres agricoles, des pertes de bétail et des perturbations des circuits de commercialisation.
Dans les pays du Golfe de Guinée, les épisodes de fortes pluies et les inondations localisées pourraient également causer des dégâts sur les cultures, les infrastructures de stockage et de transport, tout en perturbant les activités économiques et les marchés agricoles.

Anticiper la gestion des ressources pastorales et des points d’eau
Face à ces défis, Dr Seydou Tinni Halidou appelle les décideurs à agir de manière proactive. Il recommande le renforcement des systèmes de veille, d’alerte précoce et de diffusion des informations climatiques, afin de permettre aux populations et aux producteurs de prendre des décisions adaptées.
Il préconise également la sécurisation des zones à risque d’inondation, la promotion de pratiques agricoles résilientes au climat, le renforcement des dispositifs de gestion des catastrophes, ainsi qu’un suivi régulier de la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour anticiper d’éventuelles crises.
Pour les agriculteurs notamment, il conseille de mettre en œuvre des techniques de conservation des eaux et des sols, afin de mieux faire face aux séquences sèches éventuelles. Mieux, dans les zones exposées aux risques d’inondation, il est également recommandé d’éviter les bas-fonds fortement vulnérables et de renforcer les dispositifs de drainage, lorsque cela est possible.
Quant aux éleveurs, le chercheur demande d’anticiper la gestion des ressources pastorales et des points d’eau, de planifier les mouvements du bétail en fonction de l’évolution de la saison, et surtout de renforcer le suivi sanitaire des troupeaux, notamment dans les zones susceptibles d’être affectées par des inondations ou une forte humidité.
Image de bannière : Lit de rivière asséché dans la commune de Youri, moins qu’1 km au nord du village de Léléhi Koynounga et à quelques kilomètres au sud-est de la capitale Niamey (département de Kollo, région de Tillabery). Image de Vincent van Zeijst via Wikimedia Commons.
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