- Dans le territoire de Muanda, au sud-ouest de la République démocratique du Congo, des habitants du village de Kitombe dénoncent une exploitation pétrolière qui ne leur profite pas.
- Au cours d’une manifestation contre ses activités, la société Perenco dit avoir embauché des membres de la communauté dénonçant les pollutions nocives dans la région.
- Mais l’entreprise explique faire des efforts pour réduire le torchage responsable des pollutions et défend ses projets au profit des communautés, y compris à Kitombe.
L’exploitation pétrolière continue de susciter des mécontentements, voire des tensions dans le territoire de Muanda, au Kongo Central, une province du sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Les 6 et 7 mai 2026, les habitants du village de Kitombe, situé à environ 7 kilomètres de Muanda, ont manifesté pour dénoncer les pollutions répétées de l’environnement occasionnées par l’entreprise pétrolière Perenco, et disent ne pas tirer profit de l’extraction du pétrole dans la région.
Les manifestants ont barré des voies empruntées par les véhicules de Perenco, à proximité de la rivière Ruinga, à Kitombe, dans le territoire de Muanda, accusant la société franco-britannique de dégrader leurs conditions de vie sans qu’ils ne bénéficient des retombées économiques depuis 25 ans d’exploitation pétrolière.
Les manifestants accusent également cette entreprise pétrolière de ne pas respecter les accords conclus avec leur communauté dans le cadre des cahiers de charges, une exigence de la loi pétrolière congolaise aux exploitants, en faveur des projets de développement. « C’est cette situation qui pousse aujourd’hui la population à se révolter », a expliqué à Mongabay, en Lingala, Patrick Choba (un pseudonyme pour raison de sécurité), un habitant de Kitombe.
« Contrairement à ce qui se raconte parfois, nous ne faisons pas du vandalisme. La population a simplement barricadé certaines routes pour exprimer son mécontentement et attirer l’attention des responsables. Nous avons demandé la descente du directeur général [de Perenco] dans le village, afin qu’il puisse écouter directement les préoccupations de la communauté. Nous n’avons aucun problème avec les autorités locales ; au contraire, nous souhaitons qu’elles soient représentées comme témoins des échanges. Nous ne sommes pas des rebelles face aux exploitants pétroliers ; nous revendiquons simplement nos droits légitimes », a indiqué Choba.

L’expression d’un ras-le-bol sur fond de pollution
Pour le secrétaire exécutif du Cadre d’acteurs et d’actions pour le développement durable (CAADD), une ONG locale, Alphonse Khonde, la manifestation de Kitombe traduit un ras-le-bol des habitants que l’entreprise n’utilise pas comme main d’œuvre, et qui subissent pourtant la pollution causée par ses activités. « Les cinq décennies de l’exploitation du pétrole [dans la province], c’est une période de triste expérience. L’exploitation du pétrole a apporté beaucoup plus de malheur que de bonheur. C’est une mauvaise expérience que la RDC a connue à ce jour. L’exploitation du pétrole a plus enrichi les investisseurs que les communautés locales », a dit Khonde au téléphone à Mongabay.
Au cours des événements, début mai 2026, les manifestants ont revendiqué un quota à réserver aux habitants de Kitombe lors des recrutements dans l’industrie pétrolière locale. Ils estiment que l’exploitation du pétrole détruit leurs plantations, notamment à travers le torchage, c’est-à-dire la mise à feu du gaz lié au pétrole brut extrait pour éviter sa libération à l’état brut dans la nature, qui serait encore plus nocive pour le climat.
« Autrefois, nous vivions correctement grâce à nos activités locales et aux ressources naturelles. Mais aujourd’hui, nous faisons face à une rareté des poissons dans les eaux, tandis que les sols sont devenus fortement pollués. Plusieurs arbres fruitiers, comme les orangers, les citronniers ou encore les anacardiers, disparaissent progressivement du village. Même les palmiers commencent à dépérir, alors que la population dépend largement de ces ressources pour sa survie et ses activités quotidiennes. (…) Les tubercules pourrissent dans le sol et celles qui arrivent à maturité cuisent difficilement. Les abeilles, qui participent à la fécondation des plantes, deviennent rares à cause du torchage du gaz », souligne Khonde.
Ce dernier précise que face aux multiples dénonciations des habitants, l’entreprise a changé de technologie de torchage en adoptant une nouvelle méthode qui provoquerait encore plus de dégâts que l’ancienne. « Les communautés ressentent désormais des vibrations liées à cette nouvelle technologie. Des maisons se fissurent progressivement et les populations réclament l’arrêt de cette pratique ».

Perenco rejette les accusations
À propos des accusations de pollution de l’air, Perenco-Rep assure dans une lettre, à Mongabay, qu’elle a déjà éteint définitivement 220 torchères, –sans toutefois indiquer le nombre de celles qui restent allumées– depuis 2021, dans la région de Kinkazi et de Kitombe. Cette décision, selon cette entreprise, s’inscrit dans le cadre de son projet de réduction significative des émissions de gaz à effet de serre. En plus, l’entreprise dit avoir engagé des discussions avec l’État congolais sur la valorisation du gaz, dans l’espoir de limiter ou de supprimer ces émissions.
Perenco assure en outre que 80 % de son personnel affecté aux activités terrestres proviennent des communautés locales, c’est-à-dire des employés recrutés dans le Kongo Central, spécialement dans le territoire de Muanda, où l’entreprise opère depuis 25 ans. « Nous employons actuellement 15 salariés originaires du village de Kitombe, ce qui fait de Kitombe l’un des villages les plus représentés au sein de nos activités à terre », dit l’entreprise dans sa lettre à Mongabay.
S’agissant des manifestations des 6 et 7 mai 2026, Perenco estime qu’elles sont « le fait d’une petite minorité sous influence », et que les préoccupations exprimées par les habitants « ne reflètent pas la réalité du terrain ».
Pour cette entreprise, les habitants bénéficient des retombées économiques directes et indirectes de ses opérations, et elle mène divers projets, notamment en termes de desserte électrique, y compris à Kitombe. « Ces projets incluent notamment le développement des infrastructures, le forage et la maintenance de près de 400 puits d’eau dans la région, l’aménagement et l’entretien des routes, ainsi que le raccordement en eau et en électricité de la base militaire de Banana et de plusieurs villages », précise la société.

Des maladies aussi s’accentuent
Selon une étude, publiée en décembre 2025, dans la revue Springer Nature Link, les métaux potentiellement toxiques tels que le zinc, le plomb, le chrome et le cuivre sont présents à des concentrations élevées dans les sédiments, parfois au-dessus des seuils internationaux considérés comme susceptibles d’affecter les organismes aquatiques. L’industrie pétrolière, outre d’autres facteurs tels que l’agriculture ou les activités estuaires et maritimes, joueraient en faveur de cette contamination. Toutefois, tempère la même étude, la matière organique et le carbonate de calcium (CaCO₃) présents dans les sédiments retiennent de nombreux métaux, limitant leur dispersion.
Une autre étude, publiée en avril 2025, par des chercheurs congolais dans la revue Territoires, Environnement et Développement, signale aussi des pollutions aux impacts sur les activités agricoles dans la même région. En septembre 2025, des ONG congolaises accusaient également Perenco d’empêcher les paysans d’accéder à leurs champs en militarisant la surveillance de ses champs pétroliers.
Sur le plan sanitaire, indique Khonde, des habitants constatent anormalement certaines affections. « Plusieurs enfants présentent des problèmes oculaires, surtout dans les villages proches des installations pétrolières. Certaines personnes vomissent même du sang et d’autres souffrent de maladies que l’on n’arrive pas à identifier clairement », dit-il.
Face à ces accusations, Pascal Mirindi, coordonnateur de la campagne Notre Terre Sans Pétrole, menée par une coalition d’organisations congolaises et internationales contre l’expansion pétrolière et gazière en RDC, indique que Perenco recourt à des pratiques censées créer des divisions entre membres de la communauté, afin d’éviter le dialogue. « Au lieu de répondre aux revendications, Perenco tente de manipuler l’opinion en distribuant de l’argent à certaines personnes pour semer la division. Même quand les communautés se sont organisées afin de mieux lutter et de clarifier leurs revendications, rien n’a changé positivement, jusqu’à présent. Les discussions engagées n’ont produit aucun résultat concret ni réparation », souligne Mirindi.
Perenco explique toutefois, à propos du dialogue, qu’elle est en contact permanent avec ses voisins à travers le Comité de concertation pour le développement de Muanda (COCODEM) mis en place en 2022. Un cadre par lequel « les préoccupations légitimes des communautés locales sont collectées, afin d’y apporter des réponses adaptées ».
Image de bannière : Mobilisation des habitants du village de Kitombe (Territoire de Muanda, Kongo-Central en RDC), lors des manifestations du 6 et du 7 mai 2026, contre la société pétrolière Perenco. Image fournie par Alphonse Khonde, secrétaire exécutif du Cadre d’acteurs et d’actions pour le développement durable (CAADD).
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