- L’industrie minière pollue, à grande échelle, autour des centres d’extraction et des voies de transport dans le Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo.
- Deux ONG révèlent la dégradation de la qualité des sols, des eaux et de l’air, à plusieurs endroits, dans quatre études scientifiques qu’elles ont commandées.
- Selon ces rapports, selon les domaines, les niveaux de pollution doublent ou décuplent par endroits et présentent parfois des dangers mortels pour la santé humaine.
- Le ministre provincial de l’Environnement du Lualaba dit ne pas être au courant des études, et n’a pas voulu les commenter.
À Pierre Muteba II, une petite localité située à environ 200 mètres des installations de la Compagnie minière de Musonoïe (COMMUS), dont la mine à ciel ouvert s’est aussi rapprochée de la limite sud-ouest du centre de la ville coloniale, les habitants mènent une vie en apparence normale. Celle-ci est pourtant l’une des zones les plus exposées aux pollutions minières de la province du Lualaba, très riche en cuivre et en cobalt, située au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). L’eau sortant de ce puits (trois au total dont la profondeur varie entre 6 et 60 mètres) est claire. Mais, d’après quatre récentes études, elle cache une acidité critique, à savoir un pH de 4,6 à 5,1.
« Le pH étant exprimé sur une échelle logarithmique, une différence de 2 unités indique une eau 100 fois plus acide que la valeur recommandée. Nous constatons que l’acidité des eaux souterraines augmente à mesure que les puits se rapprochent du bassin de stockage des résidus, et que leur profondeur diminue », indique l’étude réalisée par Source International, un groupe établi en Italie, spécialisé dans les recherches sur les pollutions.
Et ce n’est pas tout. Puisque les scientifiques de Source International identifient des métaux lourds toxiques dans l’eau de ces puits, consommée pourtant par les habitants de Pierre Muteba II. « Ce site présentait la conductivité la plus élevée et les concentrations les plus importantes d’aluminium, d’arsenic, de baryum, de bore, de cobalt, de manganèse, d’uranium et de zinc », indique l’autre étude de la même série, menée par Arthur Kaniki, professeur à la Faculté des sciences, et responsable du Laboratoire environnemental de l’université de Lubumbashi, en RDC.
« Notre étude alerte sur une pollution à grande échelle dans les zones d’exploitation du cuivre et du cobalt en RDC, particulièrement au Lualaba », explique, pour sa part, Jean-Lwamba, directeur du Programme des droits humains de l’Observatoire africain des ressources naturelles (Afrewatch). Cette ONG congolaise est, avec la britannique Rights & Accountability in Development (RAID), basée au Royaume-Uni, commanditaire des quatre recherches scientifiques sur la pollution dans l’industrie du cobalt et du cuivre de la RDC, publiées le 4 juin 2026.
Au dernier trimestre 2025, les chercheurs ont examiné l’eau, les sédiments, l’air et les sols, dans les environs des sociétés productrices de cuivre et de cobalt Tenke Fungume mining (TFM) détenue par le groupe chinois CMOC (China Molybdenum Compagny), la Compagnie minière de Musonoïe (COMMUS) détenue par le groupe chinois Zijin Mining et Mutanda Mining (Mumi) détenue par l’anglo-suisse Glencore. Toutes les quatre rapportent des niveaux de pollution élevés, mettant en danger la santé des populations.

Des minerais toxiques à des doses très élevées
L’un des puits d’eau concerné par l’étude de Source International (DP1), par exemple, a présenté une concentration d’aluminium dans la nappe phréatique de 780 µg/L, soit 3 à 15 fois supérieure à toute limite normative ; 1100 µg/L de manganèse, « dépassant également de 3 à 20 fois les normes disponibles (50 à 400 µg/L) et près de 14 fois la recommandation de l’OMS de 80 µg/L ».
Si les effets de l’aluminium sur la santé sont moins bien établis, expliquent les auteurs, « le manganèse a des effets toxiques sur le système nerveux central, en particulier chez les nourrissons ».
À Fungurume, par ailleurs, l’étude de Kaniki a évalué le pic de sulfates à 1490 mg/L dans la rivière Kelangile traversant la concession de TFM à Fungurume autour de son usine dite 30K. Les concentrations de cuivre et de manganèse, en revanche, y dépassent 10 fois les niveaux de référence mondiaux, indique la même étude de Kaniki.
L’usine 30K de TFM a également été citée dans une autre étude publiée en mars 2026, comme l’un des facteurs de pollutions à Fungurume, notamment au quartier Mano Mapya, où des saignements de nez et des affections respiratoires ont été recensés.
Dans les environs de COMMUS, dont la mine à ciel ouvert fait désormais limite avec l’ancienne ville coloniale à Kolwezi, se situe l’école Galaxy, fréquentée par 1700 écoliers. Les auteurs de l’étude « Mining impacts on air quality in the Copper-Cobalt Belt, Democratic Republic of Congo », l’une des quatre études d’Afrewatch et de RAID, avaient installé dans la cour de récréation de cette école, l’une de leurs principales stations de surveillance de la poussière et de la qualité de l’air.
Dans ses conclusions, cette étude note des concentrations journalières de poussières fines inhalables de 44 µg/m³ (2,9 fois, soit +193 %) au-dessus de la norme OMS pour le PM2.5, et 2,3 fois la norme (105 µg/m³, soit +133 %) en ce qui concerne le PM10. L’air y est pollué et porte en plus des traces de cuivre et de cobalt, indique l’étude.
« Kolwezi est une ville qui est sous la pression des activités minières. Son grand problème [est que], quand vous prenez les entreprises telles que COMMUS, Metalkol, KCC, etc., la plupart des mines sont pratiquement dans les agglomérations, dans les zones qui sont habitées », explique Kaniki.
Des rivières, un lac et des sols également surexposés
En outre, les analyses, portant sur des sédiments des rivières, des eaux de surface des rivières Musonoïe, Liulu, Dilala et du lac Kando, indiquent également des pollutions à des degrés variés. Autour du lac Kando situé en aval des usines de MUMI, par exemple, les chercheurs ont mesuré une « extrême » pollution des sols, mais localisée à Moloka 1 et Kinsenda. Selon l’étude de Kaniki, elle pourrait résulter des résidus miniers et de la dispersion de poussières métallifères, du fait de la proximité immédiate de l’usine.
Dans tous les cas, ces pollutions résultent de la faiblesse de l’administration environnementale du ressort des mines, amplifiée par une demande croissante de cobalt et de cuivre, des métaux très recherchés dans l’industrie de la transition énergétique, explique Lwamba. Or, reconnait ce dernier, des rapports, des alertes des médias et des dénonciations des victimes, faisant état de pollutions et de violations des droits humains dans l’industrie de cuivre et de cobalt, ne sont généralement suivis que de peu d’améliorations.
« Nous voulons mener les plaidoyers au niveau des maisons mères, de tous les acteurs qui financent ces entreprises, mais aussi au niveau des acheteurs, des constructeurs automobiles. […] Il y a besoin de rendre contraignante la responsabilité des entreprises au niveau international », explique Lwamba.
Dans une interview qu’il a accordée à Mongabay, mi-juin 2026, le professeur Kaniki explique que la législation congolaise n’interdit pas en soi tout rejet dans le milieu naturel, mais impose des seuils aux effluents : 100 mg/L de matières en suspension, 0,5 mg/L de cuivre. Le problème, selon lui, ce sont les contrôles qui demeurent moins fréquents, y compris par les entreprises elles-mêmes. Cela concerne également le respect de la protection des minerais durant leur transport à l’exportation : bien moins couverts assez souvent, explique l’universitaire.
Au niveau de l’État, suggère Kaniki, les contrôles devraient être renforcés et, comme le prévoit la loi à ce jour, de manière concertée entre différents services environnementaux. En plus, « le système d’analyse des effluents, qui sont déversés, ne devrait pas être un contrôle spontané, sporadique. Il faudrait mettre en place des systèmes automatiques, avec un système, même d’alerte, en cas de dépassement. […] La législation doit être renforcée », souligne le professeur Kaniki.
Pour Lwamba, ces nouvelles études scientifiques vont servir lors des plaidoyers au niveau international, pour sensibiliser sur l’empreinte sociale de la transition énergétique dans l’arc cuprifère, où sont également produits près de 70 % du cobalt mondial.

Les victimes sont malades et sans indemnisation
Pour Lwamba, « il y a aujourd’hui un problème de santé publique persistante, qui nécessite une prise en charge médicale urgente ».
Fin novembre 2025, avait lieu, à Kolwezi, un atelier ayant réuni des représentants des sociétés minières, des acteurs de la société civile, des chercheurs et des professionnels de la santé, pour dégager la liste des maladies reconnues comme imputables aux activités minières, en dehors des maladies professionnelles reconnues par le Code du travail. Encore, faudrait-il que cette liste soit dûment validée par les parties concernées, et que la législation en tienne compte, indique avec prudence Kaniki.
« Quand je regarde les études menées par nos collègues de la santé publique, il y a une tendance qui se dessine clairement pour montrer qu’il y a certaines maladies qui sont attribuables aux activités minières », explique-t-il. Et de préciser : « À partir du moment où ces maladies sont identifiées comme telles, il faudrait mettre à jour la législation congolaise pour qu’elles soient reconnues comme telles. (…) Il faudrait absolument que les victimes puissent être prises en charge, puissent être indemnisées. On ne peut pas les laisser comme ça ».
Contacté au téléphone par Mongabay, le ministre de l’Environnement du Lualaba, Nicodème Wamana, a indiqué ne pas être au courant de la publication de ces rapports et n’a pas souhaité faire de commentaire. Il a suggéré de prendre contact avec le coordonnateur provincial de l’Environnement qu’il dit avoir mis en contact avec les chercheurs. Mais ce dernier n’a pas réagi jusqu’à la publication de cet article.
Pour le professeur Kaniki, l’État et les industriels peuvent minimiser l’impact de cette exploitation en veillant que les études environnementales soient bien menées, que les audits environnementaux soient bien respectés, et que les inspections environnementales soient dûment réalisées.
Image de bannière : Mine à ciel ouvert à Kisanfu en RDC. Image de Didier Makal.
Citations :
Source International (2026). Mining impacts on aquatic environments in the Copper-Cobalt Belt, Democratic Republic of Congo: Assessment of water and sediment quality in Lualaba’s frontline communities. October 2025 sampling campaign. URL: https://raid-uk.org/wp-content/uploads/2026/06/June-2026_Report-on-air-quality_Source-International.pdf
Source International. (2026). Mining impacts on air quality in the Copper-Cobalt Belt, Democratic Republic of Congo: First assessment of particulate matter and inhalable heavy metals in Lualaba’s frontline communities. October 2025 sampling campaign, Juin 2026. URL : https://raid-uk.org/wp-content/uploads/2026/06/June-2026_Report-on-water-sediment-quality_Source-International.pdf
Kaniki, A. (2026). Évaluation de la qualité des eaux et des sols dans les communautés impactées par les entreprises minières TFM, COMMUS et MUMI. Rapport réalisé à la demande de Afrewatch et RAID, Université de Lubumbashi/Laboratoire d’Analyses Environnementales, juin 2026. URL : https://raid-uk.org/wp-content/uploads/2026/06/Prof-Kaniki-Rapport-JUIN-2026-1.pdf
Banza, C. (2025). Évaluation des risques environnementaux et sanitaires associés à la pollution des cours et plans d’eau dans le Grand Katanga en République Démocratique du Congo, Recherche scientifique menée avec l’appui financier de l’ONG RAID et Afrewatch, Université de Lubumbashi. URL : https://raid-uk.org/wp-content/uploads/2026/01/prof-banza-rapport-environnemental-decembre-2025.pdf
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