- En l’espace d’un an, 12 défenseurs de l’environnement et du climat ont été tué en République démocratique du Congo.
- Dans son rapport rendu public aujourd’hui, l’ONG congolaise Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme, dénonce ces atteintes aux droits et aux libertés des défenseurs, des militants fonciers et climatiques.
- La protection des défenseurs de l’environnement allant de pair avec la préservation de la biodiversité, la responsabilité de tout le monde est engagée pour que cette situation cesse en RDC.
Entre juin 2025 et mars 2026, au moins 12 activistes des droits de l’environnement et des droits fonciers ont été tués en République démocratique du Congo (RDC).
L’ONG congolaise Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH) l’a fait savoir dans un rapport rendu public à Beni au Nord-Kivu en RDC, ce 22 juin 2026.
Le bilan total fait état de 31 cas d’atteintes aux droits et aux libertés des défenseurs, aux militants fonciers et climatiques, dont six assassinats ou meurtres et 12 défenseurs tués, deux cas d’enlèvement et trois cas de menace de mort.
ACEDH évoque un tableau « ténébreux » et « frisant une gravité et une dangerosité » de la situation, que vivent les défenseurs de l’environnement et du climat en RDC.
La plupart de ces assassinats se sont déroulés dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et dans l’ancienne grande province du Katanga, souligne le rapport.
D’autres cas de violence contre les activistes écologistes et fonciers ont été également signalés dans les provinces du Haut-Uélé, du Maniema, de la Tshopo, de Kinshasa et de l’Equateur.
Pour de nombreux observateurs, les régions de Tshopo et du Haut-Uélé sont stratégiques pour la régulation du climat, suite à de nombreux projets forestiers et miniers qui s’y déroulent.
« La plupart des cas signalés étaient des situations de mort atroces. Ce sont les armes de guerre qui ont été utilisées pour mettre fin à la vie de ces défenseurs. Certains ont été tués pendant l’exercice de leur mission, c’est-à-dire la mission de sauver les vies sauvages, de défendre l’environnement et les droits fonciers de leurs communautés », souligne Olivier Ndoole Bahemuke, secrétaire exécutif de ACEDH.

Durant cette période, 23 défenseurs fonciers et écologiques ont été trainés devant les instances judicaires civiles et militaires, notamment les tribunaux et les services de renseignement et de sécurité.
Ndoole Bahemuke souligne que la RDC est l’une des destinations les plus dangereuses pour les défenseurs et militants climatiques, ce qui contraste avec les slogans des autorités politiques.
Selon lui, il n’est pas compréhensible qu’un pays sensé renforcer la résilience de la planète contre les chocs climatiques puisse lui-même « choquer » les militants climatiques et fonciers.
« Nous, comme défenseurs de l’environnement, avons encore une très longue trajectoire et une longue traversée dans le désert. Malgré que notre pays soit vanté au niveau international comme un pays solution en matière de questions climatiques, s’engager pour défendre l’environnement en RDC est parmi les engagements les plus risquant que quelqu’un puisse prendre », dit-il.

Mettre fin à l’impunité contre les défenseurs de l’environnement
Dans le rapport que Mongabay a consulté, ACEDH fustige aussi la tendance visant à « consolider » une politique pénale de criminalisation de l’action des défenseurs climatiques et fonciers, au lieu d’une politique judicaire « d’impunité » contre les violations des droits et des libertés des défenseurs de l’environnement et fonciers.
Josué Aruna de la société civile environnementale en RDC attire l’attention de la communauté tant nationale qu’internationale sur le fait que la RDC est devenue un « abattoir tranquille » des défenseurs environnementaux.
« C’est décevant de voir qu’on s’attaque aux défenseurs environnementaux pendant que le pays est en train d’évoluer vers les ambitions planétaires de la stabilité climatique. Avec toutes les menaces qu’il y a dans le bassin du Congo, la guerre, les volontaires qui se battent pour cette vision sont des victimes des violences et des barbaries humaines », dit Aruna dans un entretien avec Mongabay, appelant à la responsabilité de tout le monde pour que cette situation cesse.
Les groupes armés, les services de sécurité, les autorités administratives locales, les réseaux liés a l’exploitation minière et forestière, les acteurs impliqués dans l’accaparement foncier et certains acteurs judiciaires sont les principaux auteurs des violences contre les activistes écologistes et fonciers en RDC, selon le rapport.
ACEDH note que l’impunité, les intérêts économiques liés aux ressources naturelles, les conflits fonciers, l’inefficacité et le contenu compromettant de la loi numéro 027/23 relative à la protection et la responsabilité du défenseur des droits de l’homme en RDC, ainsi que la corruption et le trafic d’influence, figurent parmi les facteurs expliquant la persistance de cette situation.
Hubert Masomeko, avocat vert et chercheur au Centre de recherche sur la démocratie et le développement en Afrique, basé à Goma en RDC, rappelle que commettre des meurtres contre les défenseurs de l’environnement en RDC, constitue une atteinte grave aux droits humains et à la gouvernance environnementale.
« Des comportements pareils doivent être suffisamment réprimés par le système judiciaire congolais pour donner un message à tout autre potentiel criminel écologique, qui s’évertuerait à porter atteinte à l’environnement », ajoute-t-il, précisant que la protection des défenseurs de l’environnement va de pair avec la préservation de la biodiversité.
« Dans un pays où l’accès aux ressources naturelles constitue un élément déclencheur des tensions sociales, la protection des défenseurs de l’environnement demeure une nécessité », conclut Masomeko.
Image de bannière : Une mobilisation des défenseurs de l’environnement aux côtés des peuples autochtones et communautés locales. Image fournie par Olivier Ndoole Bahemuke, secrétaire exécutif de ACEDH.
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